Poèmes de ce thème
Noël
Francis Jammes
CHANT Ii
Comme ils rentraient pour prendre ensemble le repas
De la nuit de Noél, un vieux pauvre était la.
Tl se tenait au seuil sous les froides étoiles
Et portait un bâton et un bissac de toile.
D’où venait-il avec ces constellations ?
Il arrivait d’oi part toute création.
Cette heure solennelle imprimait à son étre
Le sceau de Dieu. — Venez manger, lui dit le maitre.
Il entra et le chien se coucha à ses pieds.
Assis sur l’escabeau dans un coin il soupait.
Sa cuillère semblait faire à chaque bouchée
Le signe de la Croix, sous sa face penchée.
Tout prés de lui, chaste sœur des filles des cieux,
La flamme déroulait dans l’ombre ses cheveux.
Ce pauvre cheminait par toute la contrée
Et sa misére aux enfants même était sacrée.
Le maitre du logis tenait pour un honneur
D’héberger cette nuit un prince du Seigneur.
Aussi bien celui-ci savait qu’a cette porte
Il n’était pas besoin que la poussée fit forte.
Cest pourquoi il était venu s’inviter la.
Longtemps muet, tous souhaitaient qu’il leur parlât.
Ayant laissé un peu de pain dans l’écuelle,
Il donna à manger 4a la bête fidèle.
Les anges du foyer se signérent voyant
Une auméne tomber des mains d’un mendiant.
ON eee) Be 0) ee Les et ee hele) ee) Me ère! Methe "ee. erte Je 8 o: te ô
De la nuit de Noél, un vieux pauvre était la.
Tl se tenait au seuil sous les froides étoiles
Et portait un bâton et un bissac de toile.
D’où venait-il avec ces constellations ?
Il arrivait d’oi part toute création.
Cette heure solennelle imprimait à son étre
Le sceau de Dieu. — Venez manger, lui dit le maitre.
Il entra et le chien se coucha à ses pieds.
Assis sur l’escabeau dans un coin il soupait.
Sa cuillère semblait faire à chaque bouchée
Le signe de la Croix, sous sa face penchée.
Tout prés de lui, chaste sœur des filles des cieux,
La flamme déroulait dans l’ombre ses cheveux.
Ce pauvre cheminait par toute la contrée
Et sa misére aux enfants même était sacrée.
Le maitre du logis tenait pour un honneur
D’héberger cette nuit un prince du Seigneur.
Aussi bien celui-ci savait qu’a cette porte
Il n’était pas besoin que la poussée fit forte.
Cest pourquoi il était venu s’inviter la.
Longtemps muet, tous souhaitaient qu’il leur parlât.
Ayant laissé un peu de pain dans l’écuelle,
Il donna à manger 4a la bête fidèle.
Les anges du foyer se signérent voyant
Une auméne tomber des mains d’un mendiant.
ON eee) Be 0) ee Les et ee hele) ee) Me ère! Methe "ee. erte Je 8 o: te ô
Francis Ponge
Les Rois Mages
à Antoine Giacometti
Avancerons-nous aussi vite que l’étoile?
La randonnée n’a-t-elle pas assez duré?
Réussirons-nous enfin à l’égarer,
cette lueur au milieu de la lune et des bêtes,
qui ne s’impatiente pas?
La neige avait tissé les pays du retour
avec ses fleurs fondues où se perd la mémoire.
De nouveaux compagnons se mêlaient à la troupe,
qui sortaient des arbres comme les bûcherons.
Le Juif errant peinait, aux blessures bafouées.
Des fourrures couvraient le roi noir malade à mourir.
Le pasteur de la faim est avec nous,
ses yeux bleus éclairent son manteau d’épluchures
et le troupeau rageur des enfants prisonniers.
Nous allions voir la joie, nous l’avons cru,
la joie du monde née dans une maison par ici.
C’était au commencement. Maintenant on ne parle pas.
Nous allions délivrer un tombeau radieux
marqué d’une croix par les torches dans la forêt.
Le pays n’est pas sûr, les châteaux
se glissent derrière nous.
Pas de feu dans l’âtre des relais. Les frontières
remuent à l’aube sous les coups défendus.
Nos paumes qui ont brisé les tempêtes de sable
sont trouées par le charançon, et j’ai peur de la nuit.
Ceux qui nous attendaient dans le vent de la route
se sont lassés, le choeur se tourne contre nous.
Par les banlieues fermées à l’aube, les pays sans amour,
nous avançons, mêlés à tous et séparés,
sous les lourdes paupières de l’espérance.
La peur haletait comme une haridelle.
Nous arriverons trop tard, le massacre est commencé,
les innocents sont couchés dans l’herbe.
Et chaque jour nous remuons des flaques dans les contrées.
Et la rumeur se creuse, des morts non secourus
qui avaient espéré en notre diligence.
Tout l’encens a pourri dans les boîtes en ivoire,
et l’or a caillé nos cœurs comme du lait
La jeune fille s’est donnée aux soldats,
que nous gardions dans l’arche, pour le rayonnement,
pour le sourire de sa face.
Nous sommes perdus. On nous a fait de faux rapports.
C’est depuis le début du voyage.
Il n’y avait pas de route, il n’y a pas de lumière.
Seul un épi d’or sorti du songe,
que le poids de nos chutes n’a pas su gonfler.
Et nous poursuivons en murmurant contre nous,
tous les trois brouillés autant qu’un seul
peut l’être avec lui-même.
Et le monde rêve à travers notre marche
dans l’herbe des bas-lieux. Et ils espèrent,
quand nous nous sommes trompés de chemin.
Egarés dans les moires du temps, les durs méandres
qu’anime le sourire de l’Enfant,
chevaliers à la poursuite de la fuyante naissance
du futur qui nous guide comme un toucheur de bœufs,
je maudis l’aventure, je voudrais retourner
vers la maison et le platane
pour boire l’eau de mon puits que ne trouble pas la lune,
et m’accomplir sur mes terrasses toujours égales,
dans la fraîcheur immobile de mon ombre.
Mais je ne puis guérir d’un appel insensé.
Avancerons-nous aussi vite que l’étoile?
La randonnée n’a-t-elle pas assez duré?
Réussirons-nous enfin à l’égarer,
cette lueur au milieu de la lune et des bêtes,
qui ne s’impatiente pas?
La neige avait tissé les pays du retour
avec ses fleurs fondues où se perd la mémoire.
De nouveaux compagnons se mêlaient à la troupe,
qui sortaient des arbres comme les bûcherons.
Le Juif errant peinait, aux blessures bafouées.
Des fourrures couvraient le roi noir malade à mourir.
Le pasteur de la faim est avec nous,
ses yeux bleus éclairent son manteau d’épluchures
et le troupeau rageur des enfants prisonniers.
Nous allions voir la joie, nous l’avons cru,
la joie du monde née dans une maison par ici.
C’était au commencement. Maintenant on ne parle pas.
Nous allions délivrer un tombeau radieux
marqué d’une croix par les torches dans la forêt.
Le pays n’est pas sûr, les châteaux
se glissent derrière nous.
Pas de feu dans l’âtre des relais. Les frontières
remuent à l’aube sous les coups défendus.
Nos paumes qui ont brisé les tempêtes de sable
sont trouées par le charançon, et j’ai peur de la nuit.
Ceux qui nous attendaient dans le vent de la route
se sont lassés, le choeur se tourne contre nous.
Par les banlieues fermées à l’aube, les pays sans amour,
nous avançons, mêlés à tous et séparés,
sous les lourdes paupières de l’espérance.
La peur haletait comme une haridelle.
Nous arriverons trop tard, le massacre est commencé,
les innocents sont couchés dans l’herbe.
Et chaque jour nous remuons des flaques dans les contrées.
Et la rumeur se creuse, des morts non secourus
qui avaient espéré en notre diligence.
Tout l’encens a pourri dans les boîtes en ivoire,
et l’or a caillé nos cœurs comme du lait
La jeune fille s’est donnée aux soldats,
que nous gardions dans l’arche, pour le rayonnement,
pour le sourire de sa face.
Nous sommes perdus. On nous a fait de faux rapports.
C’est depuis le début du voyage.
Il n’y avait pas de route, il n’y a pas de lumière.
Seul un épi d’or sorti du songe,
que le poids de nos chutes n’a pas su gonfler.
Et nous poursuivons en murmurant contre nous,
tous les trois brouillés autant qu’un seul
peut l’être avec lui-même.
Et le monde rêve à travers notre marche
dans l’herbe des bas-lieux. Et ils espèrent,
quand nous nous sommes trompés de chemin.
Egarés dans les moires du temps, les durs méandres
qu’anime le sourire de l’Enfant,
chevaliers à la poursuite de la fuyante naissance
du futur qui nous guide comme un toucheur de bœufs,
je maudis l’aventure, je voudrais retourner
vers la maison et le platane
pour boire l’eau de mon puits que ne trouble pas la lune,
et m’accomplir sur mes terrasses toujours égales,
dans la fraîcheur immobile de mon ombre.
Mais je ne puis guérir d’un appel insensé.
Paul Claudel
L’enfant jesus de prague
Il neige. Le grand monde est mort sans doute. C’est décembre.
Mais qu’il fait bon, mon Dieu, dans la petite chambre!
La cheminée emplie de charbons rougeoyants
Colore le plafond d’un reflet somnolent,
Et lon n’entend que l’eau qui bout a petit bruit.
La-haut sur l’étagère, au-dessus des deux lits,
Sous son globe de verre, couronne en tête,
L’une des mains tenant le monde, l’autre prête
A couvrir ces petits qui se confient à elle,
Tout aimable dans sa grande robe solennelle
Et magnifique sous cet énorme chapeau jaune,
L’Enfant Jésus de Prague règne et tréne.
Tl est tout seul devant le foyer qui l’éclaire
Comme l’hostie cachée au fond du sanctuaire,
L’Enfant-Dieu jusqu’au jour garde ses petits frères.
Inentendue comme le souffle qui s’exhale,
L’existence éternelle emplit la chambre, égale
A toutes ces pauvres choses innocentes et naives!
Quand il est avec nous, nul mal ne nous arrive.
On peut dormir, Jésus, notre frère, est ici.
Il est à nous, et toutes ces bonnes choses aussi :
La poupée merveilleuse, et le cheval de bois,
Et le mouton, sont la, dans ce coin tous les trois.
Et nous dormons, mais toutes ces bonnes choses sont à nous!
Les rideaux sont tirés... La-bas, on ne sait ow,
Dans la neige et la nuit sonne une espèce d’heure.
L’enfant dans son lit chaud comprend avec bonheur
Qw’il dort et que quelqu’un qui l’aime bien est LA,
S’agite un peu, murmure vaguement, sort le bras,
Essaye de se réveiller et ne peut pas.
Mais qu’il fait bon, mon Dieu, dans la petite chambre!
La cheminée emplie de charbons rougeoyants
Colore le plafond d’un reflet somnolent,
Et lon n’entend que l’eau qui bout a petit bruit.
La-haut sur l’étagère, au-dessus des deux lits,
Sous son globe de verre, couronne en tête,
L’une des mains tenant le monde, l’autre prête
A couvrir ces petits qui se confient à elle,
Tout aimable dans sa grande robe solennelle
Et magnifique sous cet énorme chapeau jaune,
L’Enfant Jésus de Prague règne et tréne.
Tl est tout seul devant le foyer qui l’éclaire
Comme l’hostie cachée au fond du sanctuaire,
L’Enfant-Dieu jusqu’au jour garde ses petits frères.
Inentendue comme le souffle qui s’exhale,
L’existence éternelle emplit la chambre, égale
A toutes ces pauvres choses innocentes et naives!
Quand il est avec nous, nul mal ne nous arrive.
On peut dormir, Jésus, notre frère, est ici.
Il est à nous, et toutes ces bonnes choses aussi :
La poupée merveilleuse, et le cheval de bois,
Et le mouton, sont la, dans ce coin tous les trois.
Et nous dormons, mais toutes ces bonnes choses sont à nous!
Les rideaux sont tirés... La-bas, on ne sait ow,
Dans la neige et la nuit sonne une espèce d’heure.
L’enfant dans son lit chaud comprend avec bonheur
Qw’il dort et que quelqu’un qui l’aime bien est LA,
S’agite un peu, murmure vaguement, sort le bras,
Essaye de se réveiller et ne peut pas.