Poèmes de ce thème
Sens et but de la vie
Anne-Marie du Boccage
Second chant (extrait)
Le portrait dont Colomb crayonne ici les traits
Aux doutes du Vieillard ouvre un si vaste abîme
Que, malgré lui, sa voix par ces mots les exprime.
Merveilleux Étranger, tu dis que sous tes Rois
La Valeur, les Talents ont pour appui les Lois ;
Et que l’oisif, nourri par l’Indigence active,
Prive de vos moissons la main qui les cultive :
Cet injuste pouvoir étonne mes esprits !
Ici les biens communs des Vertus font le prix ;
Le Vice y fuit en vain le Mépris qui l’accable :
La Raison nous gouverne, et ce juge équitable
Des rangs et des honneurs défend l’ordre inégal.
L’appétit satisfait par un repas frugal
Renaît par l’exercice, et des Plantes vulgaires
Sont à nos maux légers des baumes salutaires.
Nous goûtons le présent, sans craindre l’avenir.
Ainsi se sont passés mes jours prêts à finir.
Pour l’instant fugitif de cette courte vie
Si de rustiques toits contentent notre envie,
Nous consacrons nos soins à parer nos tombeaux,
Lieux où nous jouirons d’un éternel repos.
À ces mots l’Amiral interrompt ce Sauvage
Que dans Athènes et Rome on eût vanté pour sage.
Heureux Vieillard, dit-il, sur vos bords fortunés,
Je vois que le bonheur naît des désirs bornés.
Dans nos champs, il est vrai, par l’orgueil et le faste
Le goût pour les Plaisirs prend un essor trop vaste :
Nos Peuples, qui dans l’Art cherchent la Volupté,
De la simple Nature ont perdu la beauté.
Mais, pour justifier des mœurs qui vous étonnent,
Voyez, au sein des maux, les biens qui nous couronnent.
De la Nécessité naquirent les Talents,
Le Luxe les nourrit, et pout charmer nos sens
Nos soins ingénieux surpassent la Nature.
Du travail d’un insecte ils font notre parure ;
Nos Rois doivent la Pourpre aux habitants des Eaux ;
Les Arts, pour l’enrichir, ont filé les métaux ;
Et d’un sable apprêté, que le feu liquéfie,
Sort ce vase éclatant que ma main vous confie.
Daignez en accepter le trop fragile don.
Le tissu qui me couvre est la riche toison
Qu’à nos troupeaux nombreux emprunte l’industrie.
Enfin, pour détailler le bien qu’en ma Patrie
Aux vœux de l’opulent le Besoin a produit,
Il faudrait plus de temps que l’Astre de la Nuit
N’en met à varier son front à triple face.
L’Ennui, qui des oisifs suit sans cesse la trace,
S’épuisant en projets, civilisa nos mœurs ;
Tout, jusqu’aux Passions, modéra ses ardeurs ;
La Guerre avec plus d’ordre assouvit sa vengeance ;
L’Amour fut malgré lui soumis à la Décence,
La Vérité, trop dure à l’oreille des Rois,
Apprit de l’Éloquence à déguiser sa voix :
Pour les flatter, l’Égypte inventa la Sculpture.
Un bloc de marbre, où l’Art imite la nature,
Des plus fameux Héros nous rend les vrais portraits,
Sur l’airain, la Gravure éternise leurs faits ;
Et, de ces traits parlants multipliant l’image,
Raconte leurs exploits au plus lointain rivage.
Cet Art rend le passé présent à nos regards ;
Mais l’avenir, terrible à qui craint ses hasards,
A pour notre bonheur un voile impénétrable.
L’homme en vain jusqu’aux Cieux élève un œil coupable,
Les Astres sur son sort ne l’ont point éclairé.
Mieux instruit de leur cours, trop longtemps ignoré,
Contemplateur des Lois qu’observe la Nature,
Il la rend plus fertile à force de culture.
Les ressources de l’Art, jointes à nos efforts,
De tous les Éléments empruntant les ressorts,
Aplanissent les Monts, aux Cieux élèvent l’Onde
Mais le succès rend l’Âme en désirs plus féconde :
Rien n’en borne les vœux ; et nos champs et nos soins
Ne peuvent satisfaire à nos vastes besoins.
De contrée en contrée on voit l’Europe avide
Échanger ses moissons contre un Métal aride,
Devenu précieux par l’usage imposteur
De ne peser les biens qu’au poids de sa valeur.
Combien la soif de l’or produisit d’Arts utiles !
Je lui dois le secours de ces Châteaux mobiles
Transportés par les Vents sur vos bords fortunés.
Leur vol tient en suspens vos esprits étonnés.
Aux doutes du Vieillard ouvre un si vaste abîme
Que, malgré lui, sa voix par ces mots les exprime.
Merveilleux Étranger, tu dis que sous tes Rois
La Valeur, les Talents ont pour appui les Lois ;
Et que l’oisif, nourri par l’Indigence active,
Prive de vos moissons la main qui les cultive :
Cet injuste pouvoir étonne mes esprits !
Ici les biens communs des Vertus font le prix ;
Le Vice y fuit en vain le Mépris qui l’accable :
La Raison nous gouverne, et ce juge équitable
Des rangs et des honneurs défend l’ordre inégal.
L’appétit satisfait par un repas frugal
Renaît par l’exercice, et des Plantes vulgaires
Sont à nos maux légers des baumes salutaires.
Nous goûtons le présent, sans craindre l’avenir.
Ainsi se sont passés mes jours prêts à finir.
Pour l’instant fugitif de cette courte vie
Si de rustiques toits contentent notre envie,
Nous consacrons nos soins à parer nos tombeaux,
Lieux où nous jouirons d’un éternel repos.
À ces mots l’Amiral interrompt ce Sauvage
Que dans Athènes et Rome on eût vanté pour sage.
Heureux Vieillard, dit-il, sur vos bords fortunés,
Je vois que le bonheur naît des désirs bornés.
Dans nos champs, il est vrai, par l’orgueil et le faste
Le goût pour les Plaisirs prend un essor trop vaste :
Nos Peuples, qui dans l’Art cherchent la Volupté,
De la simple Nature ont perdu la beauté.
Mais, pour justifier des mœurs qui vous étonnent,
Voyez, au sein des maux, les biens qui nous couronnent.
De la Nécessité naquirent les Talents,
Le Luxe les nourrit, et pout charmer nos sens
Nos soins ingénieux surpassent la Nature.
Du travail d’un insecte ils font notre parure ;
Nos Rois doivent la Pourpre aux habitants des Eaux ;
Les Arts, pour l’enrichir, ont filé les métaux ;
Et d’un sable apprêté, que le feu liquéfie,
Sort ce vase éclatant que ma main vous confie.
Daignez en accepter le trop fragile don.
Le tissu qui me couvre est la riche toison
Qu’à nos troupeaux nombreux emprunte l’industrie.
Enfin, pour détailler le bien qu’en ma Patrie
Aux vœux de l’opulent le Besoin a produit,
Il faudrait plus de temps que l’Astre de la Nuit
N’en met à varier son front à triple face.
L’Ennui, qui des oisifs suit sans cesse la trace,
S’épuisant en projets, civilisa nos mœurs ;
Tout, jusqu’aux Passions, modéra ses ardeurs ;
La Guerre avec plus d’ordre assouvit sa vengeance ;
L’Amour fut malgré lui soumis à la Décence,
La Vérité, trop dure à l’oreille des Rois,
Apprit de l’Éloquence à déguiser sa voix :
Pour les flatter, l’Égypte inventa la Sculpture.
Un bloc de marbre, où l’Art imite la nature,
Des plus fameux Héros nous rend les vrais portraits,
Sur l’airain, la Gravure éternise leurs faits ;
Et, de ces traits parlants multipliant l’image,
Raconte leurs exploits au plus lointain rivage.
Cet Art rend le passé présent à nos regards ;
Mais l’avenir, terrible à qui craint ses hasards,
A pour notre bonheur un voile impénétrable.
L’homme en vain jusqu’aux Cieux élève un œil coupable,
Les Astres sur son sort ne l’ont point éclairé.
Mieux instruit de leur cours, trop longtemps ignoré,
Contemplateur des Lois qu’observe la Nature,
Il la rend plus fertile à force de culture.
Les ressources de l’Art, jointes à nos efforts,
De tous les Éléments empruntant les ressorts,
Aplanissent les Monts, aux Cieux élèvent l’Onde
Mais le succès rend l’Âme en désirs plus féconde :
Rien n’en borne les vœux ; et nos champs et nos soins
Ne peuvent satisfaire à nos vastes besoins.
De contrée en contrée on voit l’Europe avide
Échanger ses moissons contre un Métal aride,
Devenu précieux par l’usage imposteur
De ne peser les biens qu’au poids de sa valeur.
Combien la soif de l’or produisit d’Arts utiles !
Je lui dois le secours de ces Châteaux mobiles
Transportés par les Vents sur vos bords fortunés.
Leur vol tient en suspens vos esprits étonnés.
Tahar Ben Jelloun
L’homme qui du désert…
L’homme qui du désert connaît le secret ne
peut vieillir.
La mort viendra, tournera autour de la dune
puis repartira.
Le jour sera sévère, mais la nuit
ne troublera point le regard profond de ce
visage qui bâtit des demeures dans la patience.
De ses mains il tiendra la vie en saison haute,
inaccessible au malheur.
L’homme qui du désert ne saccage point la légende
ne peut subir l’outrage.
Il sera dépositaire d’une mémoire obscure
tissée d’énigmes et de beauté.
Héritier du livre laissé par la nuit.
Les vents le maintiendront humble et fier
debout hors de toute défaite.
L’homme qui du désert sera le témoin,
maître d’un dessein délivré de la souffrance,
habitera une maison où la faim n’entre plus.
Il sera peut-être sans haine, éternel dans le courage,
enfant traversant le siècle avec un cerceau d’étoiles
dormant dans l’orgueil des ronces, sur
la ligne blanche, gardienne du ciel.
L’homme qui du désert sera le récit,
livre de la passion et du pardon,
cœur ouvert, grand comme le pays et le temps,
cet homme ira comme un cheval libre hors l’aride
et l’impénétrable.
Il mêlera les mots au sable pour ouvrir les portes
des villes souterraines et des nuits imprenables.
La liberté aura son visage, sa voix et sa folie.
Mais le désert est un malentendu, un mauvais
lit pour le sommeil et le songe, une page
blanche pour la nostalgie.
Les Bédouins sont dans la ville, les chameaux dans la
légende et les nomades dans les cirques de l’âme fatiguée.
peut vieillir.
La mort viendra, tournera autour de la dune
puis repartira.
Le jour sera sévère, mais la nuit
ne troublera point le regard profond de ce
visage qui bâtit des demeures dans la patience.
De ses mains il tiendra la vie en saison haute,
inaccessible au malheur.
L’homme qui du désert ne saccage point la légende
ne peut subir l’outrage.
Il sera dépositaire d’une mémoire obscure
tissée d’énigmes et de beauté.
Héritier du livre laissé par la nuit.
Les vents le maintiendront humble et fier
debout hors de toute défaite.
L’homme qui du désert sera le témoin,
maître d’un dessein délivré de la souffrance,
habitera une maison où la faim n’entre plus.
Il sera peut-être sans haine, éternel dans le courage,
enfant traversant le siècle avec un cerceau d’étoiles
dormant dans l’orgueil des ronces, sur
la ligne blanche, gardienne du ciel.
L’homme qui du désert sera le récit,
livre de la passion et du pardon,
cœur ouvert, grand comme le pays et le temps,
cet homme ira comme un cheval libre hors l’aride
et l’impénétrable.
Il mêlera les mots au sable pour ouvrir les portes
des villes souterraines et des nuits imprenables.
La liberté aura son visage, sa voix et sa folie.
Mais le désert est un malentendu, un mauvais
lit pour le sommeil et le songe, une page
blanche pour la nostalgie.
Les Bédouins sont dans la ville, les chameaux dans la
légende et les nomades dans les cirques de l’âme fatiguée.
Tristan L'Hermite
Daphnis, fais-moi raison…
Daphnis fais-moi raison de mes adversités ;
Depuis vingt ans entiers je sers un fils de France ;
Et bien qu’il soit illustre en rares qualités,
Je ne suis reconnu d’aucune récompense.
Apollon dont les soins m’ont conduit dès l’enfance
Loin de l’ambition et des prospérités
D’un immortel renom flatte mon espérance
Au lieu des autres biens que j’aurais mérités.
Ce Dieu pour adoucir toute mon amertume
Me promet qu’à jamais ce qui part de ma plume
Sera des beaux esprits l’agréable entretien.
Mais j’estime ce bruit autant qu’une fumée,
Car si durant la vie on a si peu de bien,
Que sert après la mort beaucoup de renommée ?
Depuis vingt ans entiers je sers un fils de France ;
Et bien qu’il soit illustre en rares qualités,
Je ne suis reconnu d’aucune récompense.
Apollon dont les soins m’ont conduit dès l’enfance
Loin de l’ambition et des prospérités
D’un immortel renom flatte mon espérance
Au lieu des autres biens que j’aurais mérités.
Ce Dieu pour adoucir toute mon amertume
Me promet qu’à jamais ce qui part de ma plume
Sera des beaux esprits l’agréable entretien.
Mais j’estime ce bruit autant qu’une fumée,
Car si durant la vie on a si peu de bien,
Que sert après la mort beaucoup de renommée ?