Pontus de Tyard

Pontus de Tyard

1521–1605 · a vécu 84 ans FR FR

n. 1521-04-30, Bissy-sur-Fley · m. 1605-09-23, Bragny-sur-Saône

Élégie pour une Dame enamourée d’une autre

… De l’Amour d’homme à femme est la preuve si ample
Qu’il ne m’est jà besoin d’en alléguer exemple :
Mais d’une femme à femme, il ne se trouve encor
Sous l’empire d’Amour un si riche thresor,
Et ne se peut trouver, Ô trop et trop légère,
Puis qu’à ma foy la tienne est faite mensongère.
Car jamais purité ne fust plus grande au Ciel,
Plus grande ardeur au feu, plus grand douceur au miel,
Plus grand bonté ne fust au reste de nature
Qu’en mon cueur, où l’Amour a pris sa nourriture.
Mais plus qu’un Roc marin ton cueur a de durté,
Plus qu’un Scythe barbare il a de cruauté :
Et l’Ourse Caliston ne voit point tant de glace
Que tu en as au seing : Ny la muable face
Du Nocturne Morphé n’a de formes autant
Qu’a de pensers divers ton esprit inconstant.
Helas! que le despit loing de moy me transporte !
Ouvre à l’Amour, ingrate! Ouvre à l’Amour la porte :
Souffre que le doux trait, qui noz cueurs a perçé,
R’entame de nouveau le tien trop peu blessé,
Recerche en tes discours l’affection passée :
Resserre le doux nœud dont estoit enlacée
L’affection commune et à toy et à moy,
Et rejoignons ces mains qui jurèrent la foy :
La foy dans mon esprit tellement asseurée,
Qu’elle ne sera point par la mort parjurée.
Mais si nouvel Amour t’embrase une autre ardeur,
Je supply, Cont’Amour, ContrAmour Dieu vengeur!...
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Poèmes

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Élégie pour une Dame enamourée d’une autre

… De l’Amour d’homme à femme est la preuve si ample
Qu’il ne m’est jà besoin d’en alléguer exemple :
Mais d’une femme à femme, il ne se trouve encor
Sous l’empire d’Amour un si riche thresor,
Et ne se peut trouver, Ô trop et trop légère,
Puis qu’à ma foy la tienne est faite mensongère.
Car jamais purité ne fust plus grande au Ciel,
Plus grande ardeur au feu, plus grand douceur au miel,
Plus grand bonté ne fust au reste de nature
Qu’en mon cueur, où l’Amour a pris sa nourriture.
Mais plus qu’un Roc marin ton cueur a de durté,
Plus qu’un Scythe barbare il a de cruauté :
Et l’Ourse Caliston ne voit point tant de glace
Que tu en as au seing : Ny la muable face
Du Nocturne Morphé n’a de formes autant
Qu’a de pensers divers ton esprit inconstant.
Helas! que le despit loing de moy me transporte !
Ouvre à l’Amour, ingrate! Ouvre à l’Amour la porte :
Souffre que le doux trait, qui noz cueurs a perçé,
R’entame de nouveau le tien trop peu blessé,
Recerche en tes discours l’affection passée :
Resserre le doux nœud dont estoit enlacée
L’affection commune et à toy et à moy,
Et rejoignons ces mains qui jurèrent la foy :
La foy dans mon esprit tellement asseurée,
Qu’elle ne sera point par la mort parjurée.
Mais si nouvel Amour t’embrase une autre ardeur,
Je supply, Cont’Amour, ContrAmour Dieu vengeur!...

Sonnet

Père du doux repos, Sommeil père du songe,
Maintenant que la nuit, d’une grande ombre obscure,
Faict à cet air serain humide couverture,
Viens, Sommeil desiré et dans mes yeux te plonge.

Ton absence, Sommeil, languissamment alonge,
Et me fait plus sentir la peine que j’endure.
Viens Sommeil, l’assoupir et la rendre moins dure,
Viens abuser mon mal de quelque doux mensonge.

Je le muet Silence un esquadron conduit,
De fantosmes ballans dessous l’aveugle nuict,
Tu me dedaignes seul qui te suis tant devot !

Viens, Sommeil désiré, m’environner la teste,
Car, d’un vœu non menteur, un bouquet je t’appreste
De ta chere morelle et de ton cher pavot.

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