René Guy Cadou

René Guy Cadou

1920–1951 · a vécu 31 ans FR FR

n. 1920-02-15, Sainte-Reine-de-Bretagne · m. 1951-03-20, Louisfert

Destin du poète

Le soir qui bouge son oreille
Comme un vieil âne abandonné
Le dernier corset d’une abeille
Oublié sur la cheminée
La cloche triste de l’asile
Kt le pas qui répond au pas
Dans la mesure où ce qui veille
Encourage ce qui n’est pas
L’oiseau qui tombe sur la pierre
Le sang qui tombe sur le cœur
La bonne pluie des réverbéres
Qui donne a boire au malfaiteur
Le trou d’aiguille par où passe
Le fil ténu de la clarté
La bobine du temps qui roule
Sous les lauriers sous les sommiers
Mais se savoir parmi les hommes
En un présent aventureux
Une petite lampe a huile
Qui peut encore mettre le feu.
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Poèmes

9

Destin du poète

Le soir qui bouge son oreille
Comme un vieil âne abandonné
Le dernier corset d’une abeille
Oublié sur la cheminée
La cloche triste de l’asile
Kt le pas qui répond au pas
Dans la mesure où ce qui veille
Encourage ce qui n’est pas
L’oiseau qui tombe sur la pierre
Le sang qui tombe sur le cœur
La bonne pluie des réverbéres
Qui donne a boire au malfaiteur
Le trou d’aiguille par où passe
Le fil ténu de la clarté
La bobine du temps qui roule
Sous les lauriers sous les sommiers
Mais se savoir parmi les hommes
En un présent aventureux
Une petite lampe a huile
Qui peut encore mettre le feu.

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés dans les rues

Je venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon cœur durerait jusqu’au temps de toi-même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang

La nuit la mort

Écoute
Il y a celui qu’on attend
Et qui est mort en route
Celle qui prie

La porte se referme
Ah les premiers soucis
Les mains qui saignent
Les orphelins dans l’ombre qui se plaignent
La nuit
Les fleurs de réverbères qui s’ouvrent
Sous la pluie

C’est elle
On entend rire tout bas
La rue fermée sur les derniers pas
Celui qui dort l’échappe belle.

La part de dieu

Fais vite
Ton ombre te précède et tu hésites
Derrière toi on marche sur tes jeux brisés
On referme la porte
Et les heures sont comptées
Mais la vie la plus courte
Kst souvent la meilleure
Tu diras au Seigneur
J’apporte mes mains vides
Le peu de sang liquide
Qui frêle encore mon cœur
Ces regards sans fierté
Ce manque de chaleur
La croix que vous m’offrez
N’est pas a ma hauteur.

Le prisonnier celeste

Enlevez-moi les cogs les femmes et les fleurs
Mon Dieu mais laissez-moi une heure
Parmi ces enfants égorgés
J’arrive d’un pays perdu
Loin de la terre
D’un pays noir sous les gouttières
Du ciel
Un ciel de sang
Et j’ai vécu me demandant
Quel échafaud m’emporterait dans sa lumière
Hélas j’ai da souffrir longtemps devant ma table
Seul
Parce que je ne suis pas assez coupable
Parce que j’ai giché tous mes dons d’assassin
Il y a encore trop de soleil sur mes mains
Je pense a des cigués trés douces a des râles
Au cours de promenades matinales
Avec agents
Bons anges qui me conduiraient au jugement
Seigneur je vous demande une place sur terre
Mettez-moi n’importe oi mais que je puisse faire
Signe à ceux qui attendent de moi
Autre chose que des larmes et qu’une fois
Au moins je puisse dire
« L’oiseau ne monte pas aussi haut que mon rire
Je suis bien avant dans la joie. »

INEDIT.

Les fusillés de Chateaubriant

Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d’amour
Ils n’ont pas de recommandations à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L’un d’eux pense à un petit village
Où il allait à l’école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au-dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n’entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit.

Les secrets de l’écriture

Je n’écris pas pour quelques-uns retirés sous la lampe
Ni pour les habitués d’une cité lacustre
Pour l’écolier attentif à son coeur
Non plus pour cet enfant paresseux qui sommeille
Entre mes bras depuis cent ans
Mais pour cet homme qui dépassé par l’orage
N’entend pas la rumeur terrestre de son sang
Ni herbe le flatter doucement au visage
J’écris pour divulguer ce qui vient des saisons
La neige pure ainsi qu’une main féminine
Et le pollen éparpillé sur les gazons
Aussi l’agneau qui fait le calme des montagnes
J’écris pour dépasser la crue noire du temps
Tandis que les oiseaux et les fleurs me précèdent
A cette auberge au bord du ciel où les passants
Trouvent des couches étoilées et des vaisselles
Pleines de fruits et des soleils encourageants
Mais reste au fond de moi le plus clair de ma vie
Qui ne supporte pas le poids de la parole
Ces mots d’amour qui ne seront jamais écrits
Et la lumière de mon cœur toujours plus haute
Aveuglante comme une poignée de sel gris.

INEDIT.

Pieds nus dans la campagne bleue, comme un Bon Père

Pieds nus dans la campagne bleue, comme un Bon Père
Qui tient sa mule par le cou et qui dit des prières

Je vais je ne sais rien de ma vie mais je vais
Au bout de tout sans me soucier du temps qu’il fait

Les gens d’aujourd’hui sont comme des orchidées
Dréle de tête et les deux mains cadenassées

Je marche dans le jour épais d’avant midi
Pauvre fils de garce qui n’en a pas fini

De mener ses chevaux sur la route sans ombre
Qui a grand’hâte et soif et ne salue personne

Car j’aime ce village emmuré de forêts
Et ses trés vieilles gens comme des pots de grès

Qui tendent leur oreille aux carrefours des routes
Avec des mouvements qui font croire qu’ils doutent

J’ai choisi mon pays a des lieues de la ville
Pour ses nids sous le toit et ses volubilis

Je vais loin dans le ciel et dans la nuit des temps
Je marche les pieds nus comme un petit enfant.

Saisons du cœur

Je ne sais plus si c’est ma joie
Si c’est ma peine
Si dimanche commence ou finit la semaine
Il est trop tard
On parle de l’amour
Et toujours sans savoir
Les mots s’envolent
Il y a des baisers coulés dans les paroles
Des larmes sur la main
Un grand ciel de printemps au fond du lendemain.
Un grand soleil
La nuit mon cœur qui bat trop fort
Et me réveille
Les ailes des oiseaux sur la gorge du vent
Tous ces matins perdus
Ces haines a renaître
Et ceux qui ne voudront jamais me reconnaitre.

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