Saint-Pol-Roux

Saint-Pol-Roux

1861–1940 · a vécu 79 ans FR FR

n. 1861-01-15, Marselha · m. 1940-10-18, Brest

Alouettes

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Déjà le crêpe de mystère que jetèrent les fantômes du vêpre sur la chair fraîche de la vie, déjà le crêpe de ténèbres est entamé sur la campagne et sur la ville.

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Ouïs-tu pas la cloche tendre du bon Dieu courtiser de son tisonnier de bruit les yeux, ces belles-de-jour, les yeux blottis dessous les cendres de la nuit?

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Surgis donc du somme où comme morts nous sommes, ô Mienne, et pavoise ta fenêtre avec les lis, la pêche et les framboises de ton être.

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Viens-t’en sur la colline où les moulins nolisent leurs ailes de lin, viens-t’en sur la colline de laquelle on voit jaillir des houilles éternelles le diamant divin de la vaste alliance du ciel.

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Du faîte emparfumé de thym, lavande, romarin, nous assisterons, moi la caresse, toi la fleur, à la claire et sombre fête des heures sur l’horloge où loge lc destin, et nous regarderons là-bas passer le sourire du monde avec son ombre longue de douleur.

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
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Poèmes

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Alouettes

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Déjà le crêpe de mystère que jetèrent les fantômes du vêpre sur la chair fraîche de la vie, déjà le crêpe de ténèbres est entamé sur la campagne et sur la ville.

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Ouïs-tu pas la cloche tendre du bon Dieu courtiser de son tisonnier de bruit les yeux, ces belles-de-jour, les yeux blottis dessous les cendres de la nuit?

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Surgis donc du somme où comme morts nous sommes, ô Mienne, et pavoise ta fenêtre avec les lis, la pêche et les framboises de ton être.

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Viens-t’en sur la colline où les moulins nolisent leurs ailes de lin, viens-t’en sur la colline de laquelle on voit jaillir des houilles éternelles le diamant divin de la vaste alliance du ciel.

Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Du faîte emparfumé de thym, lavande, romarin, nous assisterons, moi la caresse, toi la fleur, à la claire et sombre fête des heures sur l’horloge où loge lc destin, et nous regarderons là-bas passer le sourire du monde avec son ombre longue de douleur.

Les coups de ciseaux gravissent l’air.

Golgotha

Le ciel enténébré de ses plus tristes hardes
S’accroupit sur le drame universel du pic.
Le violent triangle de l’arme des gardes
A l’air au bout du bois d’une langue d’aspic.

Parmi des clous, entre deux loups à face humaine,
Pantelant ainsi qu’un quartier de venaison
Agonise l’Agneau déchiré par la haine,
Celui-là qui donnait son âme et sa maison.

Jésus bêle un pardon suprême en la tempête
Où ses os tracassés crissent comme un essieu,
Cependant que le sang qui pleure de sa tête
Emperle de corail sa souffrance de Dieu.

Dans le ravin, Judas, crapaud drapé de toiles,
Balance ses remords sous un arbre indulgent,
– Et l’on dit que là-haut sont mortes les étoiles
Pour ne plus ressembler à des pièces d’argent.

La Carafe d’eau pure

Sur la table d’un bouge noir où l’on va boire du vin rouge.
Tout est sombre et turpitude entre ces quatre murs.
La mamelle de cristal, seule, affirme la merveille de son eau candide.
A-t-elle absorbé la lumière plénière de céans qu’elle brille ainsi, comme tombée de l’annulaire d’un archange?
Dès le seuil de la sentine sa vue m’a suggéré le sac d’argent sage que lègue à sa louche filleule une ingénue marraine ayant cousu toute la vie.
Voici que s’évoque une Phryné d’innocence, jaillie d’un puits afin d’aveugler les Buveurs de sa franchise.
En effet j’observe que la crapule appréhende la vierge…
Il se fait comme une crainte d’elle…
Les ronces des prunelles glissent en tangentes sournoises sur sa panse…
Le crabe des mains, soucieuses d’amender leur gêne, va cueillir les flacons couleurs de sang…

Mais la Carafe, aucun ne la butine.

Quelle est donc sa farouche vertu?
Viendrait-elle, cette eau, des yeux de vos victimes, Buveurs, et redoutez-vous que s’y reflètent vos remords, ou bien ne voulez-vous que soient éteints les brasiers vils de vos tempes canailles?
Et je crus voir leur Conscience sur la table du bouge noir où l’on va boire du vin rouge!

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