Voici, mon Frère, un peu de sable,
Et puis aussi des grains de riz,
Le grain aux vivants secourable,
Et le sable aux morts de merci,

Et c’est tout ce que je t’apporte
Des lointains chemins que j’ai faits,
O mon Frère, qui m’attendais
En foi, aprés tant d’heures mortes.

Or au monde pour m’y complaire
Dans les hivers ou les étés,
J’avais cherché jusqu’a la mer,
O mon Frère, ce que j’aimais,

Et rien n’advint de mes désirs,
Kt rien non plus de mes souhaits,
Et me voici nu comme on naît
Ou comme on s’étend pour mourir,

Car plus rien n’est de mes palais,
Et de mes larmes ou mes rires,
Et des femmes qui m’attendaient
En souriant même en le pire.
Jardins de mes soifs de jadis,
Passées comme des toiles peintes,
Paroles, musiques, écrits,
Rêves tus, lumières éteintes,

De tout ce qu’on sait, qu’on a su
Dans l’émoi comme dans IL’étreinte,
Aux fontaines où l’on a bu
La vie, et faite ainsi qu’elle est,

Tl n’est plus rien en mon regret,
Il n’est plus rien en mon souci,
Tl n’est plus rien que mes mains jointes,
Pour obtenir jours de merci.

LES FLEURS VERTES.
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