Max Elskamp

Max Elskamp

1862–1931 · a vécu 69 ans BE BE

n. 1862-05-05, Antuérpia · m. 1931-12-10, Antuérpia

Cette la misére qu’on a eue

Cette la misére qu’on a eue,
C’est la peine qu’on a portée,

Ce sont des choses qu’on a tues
Parce qu’on ne pouvait parler,

C’est notre ame de réfugiés,
Frères, que nous avons vécue,

Toute de haine et de rancune,
Toute d’amour et de pitié,

Pendant des jours dont l’amertume,
Au fond du cœur nous est restée.
Frères, encor vous souvient-il,
Frères des mains, frères des pieds,

Lorsque toutes briélaient nos villes,
Et qu’on partait, et qu’on marchait,

Frères d’exode sur la route
Ou pieds saignants, yeux révulsés,

Bouche amère et clamant ses doutes,
Sous le ciel nous avons passé,

Frères, encor vous souvient-il,
Frères, de l’exode et l’exil ?

Choses du ciel et de la mer
Lointaines vers où nous marchions,

Choses dont nous avons souffert,
Pays de trafic et marchand,

Choses des hommes et du temps,
Villes d’exil, villes amères,

Frères, encor vous souvient-il,
— Nous avons eu froid si souvent —

Frères, des blancs hivers hostiles
En ce pays de tant de vent ?

Toits de toiles, vie transparente,
Dans un rond et nous alentour,

Nous avons dormi sous des tentes
Durant des nuits, durant des jours,

D’hiver et d’été longs d’attente,
Nous avons vécu sans amour,

Et yeux au loin, pensée absente,
— Frères, nos cœurs étaient si lourds —
De nos rancceurs faisant le compte,
Frères, vous souvient-il toujours ?
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Poèmes

3

Cette la misére qu’on a eue

Cette la misére qu’on a eue,
C’est la peine qu’on a portée,

Ce sont des choses qu’on a tues
Parce qu’on ne pouvait parler,

C’est notre ame de réfugiés,
Frères, que nous avons vécue,

Toute de haine et de rancune,
Toute d’amour et de pitié,

Pendant des jours dont l’amertume,
Au fond du cœur nous est restée.
Frères, encor vous souvient-il,
Frères des mains, frères des pieds,

Lorsque toutes briélaient nos villes,
Et qu’on partait, et qu’on marchait,

Frères d’exode sur la route
Ou pieds saignants, yeux révulsés,

Bouche amère et clamant ses doutes,
Sous le ciel nous avons passé,

Frères, encor vous souvient-il,
Frères, de l’exode et l’exil ?

Choses du ciel et de la mer
Lointaines vers où nous marchions,

Choses dont nous avons souffert,
Pays de trafic et marchand,

Choses des hommes et du temps,
Villes d’exil, villes amères,

Frères, encor vous souvient-il,
— Nous avons eu froid si souvent —

Frères, des blancs hivers hostiles
En ce pays de tant de vent ?

Toits de toiles, vie transparente,
Dans un rond et nous alentour,

Nous avons dormi sous des tentes
Durant des nuits, durant des jours,

D’hiver et d’été longs d’attente,
Nous avons vécu sans amour,

Et yeux au loin, pensée absente,
— Frères, nos cœurs étaient si lourds —
De nos rancceurs faisant le compte,
Frères, vous souvient-il toujours ?

Choses qui nous faites d’auméne

Choses qui nous faites d’auméne,
Aux jours que nous avons comptés,

En ce pays gris et d’automne
Dans les mois longs comme d’années,

Soleil ici pour commencer,
Qui parfois nous a dit l’été,

Arbres si souvent fraternels
D’abri mouvant les jours de pluie,

Et mer, elle, parfois cruelle,
Mais douce & ses heures aussi.

Justice ici vous soit rendue,
Vous qui nous faites de merci,

Choses qui nous avez aimés
Sur la grève, vêtus ou nus,

Quand de rancœur durs et fermés,
Yeux battants et bouche cousue,
C’était nous si lents et muets
Portant nos chagrins, nos regrets,

Et lors, et de tout revenus,
Souvent aigris, parfois mauvais.

Or choses ici de la plage
Avec lesquelles dans le vent

Nous avons vécu en ménage
En ce pays trop de marchands,

Choses qu’on n’achète et ne vend,
Lits tout faits et de sable blanc,

Avec nos bras pour traversin,
Pour bougie, en son temps la lune,

Et pour y boire et dans chacune,
Verres, les creux de nos deux mains ;

Choses aussi mais d’infortune,
Quand, hautes eaux, marée montait

En visites inopportunes
Noire d’embruns déménager

Et porter dans l’ajonc des dunes
Précaire un bien, sien qu’on croyait,

Choses alors, même en la pire,
Choses, ici, qui saviez rire,

Pour amender, pour apaiser,
En nous la colère montée,

Choses alors soyez louées,
Qui riiez pour nous consoler.

Dédicace

Voici, mon Frère, un peu de sable,
Et puis aussi des grains de riz,
Le grain aux vivants secourable,
Et le sable aux morts de merci,

Et c’est tout ce que je t’apporte
Des lointains chemins que j’ai faits,
O mon Frère, qui m’attendais
En foi, aprés tant d’heures mortes.

Or au monde pour m’y complaire
Dans les hivers ou les étés,
J’avais cherché jusqu’a la mer,
O mon Frère, ce que j’aimais,

Et rien n’advint de mes désirs,
Kt rien non plus de mes souhaits,
Et me voici nu comme on naît
Ou comme on s’étend pour mourir,

Car plus rien n’est de mes palais,
Et de mes larmes ou mes rires,
Et des femmes qui m’attendaient
En souriant même en le pire.
Jardins de mes soifs de jadis,
Passées comme des toiles peintes,
Paroles, musiques, écrits,
Rêves tus, lumières éteintes,

De tout ce qu’on sait, qu’on a su
Dans l’émoi comme dans IL’étreinte,
Aux fontaines où l’on a bu
La vie, et faite ainsi qu’elle est,

Tl n’est plus rien en mon regret,
Il n’est plus rien en mon souci,
Tl n’est plus rien que mes mains jointes,
Pour obtenir jours de merci.

LES FLEURS VERTES.

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