Nous vous en prions à genoux, bon forestier, dites-nous-le! à quoi reconnaît-on chez vous la fameuse grenouille bleue?
à ce que les autres sont vertes? à ce qu’elle est pesante? alerte? ce qu’elle fuit les canards? ou se balance aux nénuphars?
à ce que sa voix est perlée? à ce qu’elle porte une houppe? à ce qu’elle rêve par troupe? en ménage? ou bien isolée?
Ayant réfléchi très longtemps et reluquant un vague étang, le bonhomme nous dit: eh mais, à ce qu’on ne la voit jamais.

II

REPONSE AU FORESTIER
Tu mentais, forestier. Aussi ma joie éclate! Ce matin je l’ai vue: un vrai saphir à pattes. Complice du beau temps, amante du ciel pur, elle était verte, mais réfléchissait l’azur.

III

LE REMORDS
Eh bien! non, elle existe et son petit cœur bouge, ou plutôt elle est morte: elle meurt dans nos mains. Nous nous la repassons. Un enfant, ce matin, nous l’a pêchée avec une épingle et du rouge.
Pardon, ma petite âme, ô douce chanterelle, qui chante quand la lune a ses parasélènes, morte ainsi dans nos mains, que tu me fais de peine! et bleue, oui, tu es bleue, du plus haut bleu du ciel!
Faut-il que le zéphyr disperse tes atomes! Légère fée des bois, tu n’es plus qu’un fantôme. Bleue, je te pleure; verte, hélas! qu’eussé-je fait? je t’aurais rejetée. Le cœur n’est point parfait.
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