Ce ne sont pas les grands, mais les simples paysans,
Que la terre connaît pour enfants complaisants.
La terre n’aime pas le sang ni les ordures :
Il ne sort des tyrans et de leurs mains impures
Qu’ordures ni que sang ; les aimés laboureurs
Ouvragent son beau sein de si belles couleurs,
Font courir les ruisseaux dedans les verdes prées
Par les sauvages fleurs en émail diaprées ;
Ou par ordre et compas les jardins azurés
Montrent au ciel riant leurs carreaux mesurés ;
Les parterres tondus et les droites allées
Des droiturières mains au cordeau sont réglées ;
Ils sont peintres, brodeurs, et puis leurs grands tapis
Noircissent de raisins et jaunissent d’épis.
Les ombreuses forêts leur demeurent plus franches,
Éventent leurs sueurs et les couvrent de branches.
La terre semble donc, pleurante de souci,
Consoler les petits en leur disant ainsi :
« Enfants de ma douleur, du haut ciel l’ire émue
Pour me vouloir tuer premièrement vous tue ;
Vous languissez, et lors le plus doux de mon bien
Va soûlant de plaisirs ceux qui ne valent rien. […] »
Le Printemps (posthume)
Que la terre connaît pour enfants complaisants.
La terre n’aime pas le sang ni les ordures :
Il ne sort des tyrans et de leurs mains impures
Qu’ordures ni que sang ; les aimés laboureurs
Ouvragent son beau sein de si belles couleurs,
Font courir les ruisseaux dedans les verdes prées
Par les sauvages fleurs en émail diaprées ;
Ou par ordre et compas les jardins azurés
Montrent au ciel riant leurs carreaux mesurés ;
Les parterres tondus et les droites allées
Des droiturières mains au cordeau sont réglées ;
Ils sont peintres, brodeurs, et puis leurs grands tapis
Noircissent de raisins et jaunissent d’épis.
Les ombreuses forêts leur demeurent plus franches,
Éventent leurs sueurs et les couvrent de branches.
La terre semble donc, pleurante de souci,
Consoler les petits en leur disant ainsi :
« Enfants de ma douleur, du haut ciel l’ire émue
Pour me vouloir tuer premièrement vous tue ;
Vous languissez, et lors le plus doux de mon bien
Va soûlant de plaisirs ceux qui ne valent rien. […] »
Le Printemps (posthume)
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