Mort, bien que je prenne plaisir
Aux chansons et à bien des sottises,
Je vois bien et sais qui je suis
Et comment ma vie raccourcit.
Mais celui qui voit le danger avant son assaut,
Celui-là prend le mieux garde à soi.
Mort, au filet et à la glu,
Tu as tant pris de gens qu’aujourd’hui
Il n’est resté que fretin.
Qu’autrui nous serve de leçon,
Car on doit tenir pour fou celui
Qui charge tant sa barque qu’elle fait eau.

Mort odieuse et cruelle,
Tu es une voleuse qui aime enlever ceux
Dont tu penses la perte le plus odieuse
Si bien qu’il n’est ni roi ni comtesse
Qui trouve hôte ou hôtesse
Pour le loger, fût-ce une nuit.
Contre toi il n’est nul refuge,
Il n’est donc d’autre recours
Que confession, sermon et messe ;
Car tu sers, avant qu’on ait cuisiné,
Les gens d’un morceau indigeste,
Sans qu’on t’ait fait prière ou promesse.

Mort, tu prends chacun selon ton caprice :
Le fils meurt avant le père,
Le grain pourrit avant la balle,
Le plus jeune est le plus vieux,
La jeunesse n’est que tison ;
Tel qui coupe sa nourriture
A sous une peau jeune des entrailles pourries.
On ne doit pas d’après l’écorce
Juger quelle noix est la meilleure.
On croit la médecine efficace,
Mais ce n’est que tromperie et chimère :
Il n’est de médecin que Dieu.

Fin d’Adam
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