Les baisers de la nature

Dans la douleur et dans les larmes
Je venais de passer la nuit ;
Mes fils devinent mes alarmes ;
Près de moi l’amour les conduit ;
L’aîné que l’âge rend timide
Avec respect baise ma main ;
Mon front flétri par le chagrin
De son frère plus intrépide
Reçoit un baiser enfantin ;
Et ma fille qui vient de naître
Gravissant sur mon traversin,
Au-dessous d’un voile de lin
Que sa bouche fait disparaître
Imprime un baiser sur mon sein.
Quelle scène pour une mère !
Et quel instant pour le pinceau !
Dans ses ballets de caractère,
Jamais l’ingénieux Noverre
Ne dessina pareil tableau –
Dès lors mon esprit se rassure,
Je sens un baume à ma blessure,
Et baisant mes fils à mon tour,
Je vois que dans une âme pure
Les doux baisers de la nature
Valent mieux que ceux de l’amour.
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