Poèmes de ce thème
Mère et maternité
Blaise Cendrars
Le ventre de ma mère
C’est mon premier domicile
Il était tout arrondi
Bien souvent je m’imagine
Ce que je pouvais bien être.
Les pieds sur ton cœur maman
Les genoux tout contre ton foie
Les mains crispées au canal
Qui aboutissait à ton ventre
Le dos tordu en spirale
Les oreilles pleines les yeux vides
Tout recroquevillé tendu
La tête presque hors de ton corps
Mon crâne à ton orifice
Je jouis de ta santé
De la chaleur de ton sang
Des étreintes de papa
Bien souvent un feu hybride
Électrisait mes ténèbres
Un choc au crâne me détendait
Et je ruais sur ton cœur
Le grand muscle de ton vagin
Se resserrait alors durement
‘Je me laissais douloureusement faire
Et tu m’inondais de ton sang
Mon front est encore bosselé
De ces bourrades de mon père
Pourquoi faut-il se laisser faire
Ainsi à moitié étranglé ?
Si j’avais pu ouvrir la bouche
Je t’aurais mordu
Si j’avais pu déjà parler
j’aurais dit :
Merde, je ne veux pas vivre!
Il était tout arrondi
Bien souvent je m’imagine
Ce que je pouvais bien être.
Les pieds sur ton cœur maman
Les genoux tout contre ton foie
Les mains crispées au canal
Qui aboutissait à ton ventre
Le dos tordu en spirale
Les oreilles pleines les yeux vides
Tout recroquevillé tendu
La tête presque hors de ton corps
Mon crâne à ton orifice
Je jouis de ta santé
De la chaleur de ton sang
Des étreintes de papa
Bien souvent un feu hybride
Électrisait mes ténèbres
Un choc au crâne me détendait
Et je ruais sur ton cœur
Le grand muscle de ton vagin
Se resserrait alors durement
‘Je me laissais douloureusement faire
Et tu m’inondais de ton sang
Mon front est encore bosselé
De ces bourrades de mon père
Pourquoi faut-il se laisser faire
Ainsi à moitié étranglé ?
Si j’avais pu ouvrir la bouche
Je t’aurais mordu
Si j’avais pu déjà parler
j’aurais dit :
Merde, je ne veux pas vivre!
Madame de Vidampierre
Les baisers de la nature
Dans la douleur et dans les larmes
Je venais de passer la nuit ;
Mes fils devinent mes alarmes ;
Près de moi l’amour les conduit ;
L’aîné que l’âge rend timide
Avec respect baise ma main ;
Mon front flétri par le chagrin
De son frère plus intrépide
Reçoit un baiser enfantin ;
Et ma fille qui vient de naître
Gravissant sur mon traversin,
Au-dessous d’un voile de lin
Que sa bouche fait disparaître
Imprime un baiser sur mon sein.
Quelle scène pour une mère !
Et quel instant pour le pinceau !
Dans ses ballets de caractère,
Jamais l’ingénieux Noverre
Ne dessina pareil tableau –
Dès lors mon esprit se rassure,
Je sens un baume à ma blessure,
Et baisant mes fils à mon tour,
Je vois que dans une âme pure
Les doux baisers de la nature
Valent mieux que ceux de l’amour.
Je venais de passer la nuit ;
Mes fils devinent mes alarmes ;
Près de moi l’amour les conduit ;
L’aîné que l’âge rend timide
Avec respect baise ma main ;
Mon front flétri par le chagrin
De son frère plus intrépide
Reçoit un baiser enfantin ;
Et ma fille qui vient de naître
Gravissant sur mon traversin,
Au-dessous d’un voile de lin
Que sa bouche fait disparaître
Imprime un baiser sur mon sein.
Quelle scène pour une mère !
Et quel instant pour le pinceau !
Dans ses ballets de caractère,
Jamais l’ingénieux Noverre
Ne dessina pareil tableau –
Dès lors mon esprit se rassure,
Je sens un baume à ma blessure,
Et baisant mes fils à mon tour,
Je vois que dans une âme pure
Les doux baisers de la nature
Valent mieux que ceux de l’amour.
Paul Verlaine
Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles
Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles
Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal,
Et ces yeux, où plus rien ne reste d’animal
Que juste assez pour dire : « assez » aux fureurs mâles !
Et toujours, maternelle endormeuse des râles,
Même quand elle ment, cette voix ! Matinal
Appel, ou chant bien doux à vêpre, ou frais signal,
Ou beau sanglot qui va mourir au pli des châles !…
Hommes durs ! Vie atroce et laide d’ici-bas !
Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats,
Quelque chose demeure un peu sur la montagne,
Quelque chose du cœur enfantin et subtil,
Bonté, respect ! Car, qu’est-ce qui nous accompagne,
Et vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il ? ;
Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal,
Et ces yeux, où plus rien ne reste d’animal
Que juste assez pour dire : « assez » aux fureurs mâles !
Et toujours, maternelle endormeuse des râles,
Même quand elle ment, cette voix ! Matinal
Appel, ou chant bien doux à vêpre, ou frais signal,
Ou beau sanglot qui va mourir au pli des châles !…
Hommes durs ! Vie atroce et laide d’ici-bas !
Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats,
Quelque chose demeure un peu sur la montagne,
Quelque chose du cœur enfantin et subtil,
Bonté, respect ! Car, qu’est-ce qui nous accompagne,
Et vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il ? ;
Paul Verlaine
Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
Tous les autres amours sont de commandement.
Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement
Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie.
C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis,
C’est par Elle que j’ai voué ce sacrifice,
Et la douceur de cœur et le zèle au service,
Comme je la priais, Elle les a permis…
C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins,
C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les Cinq Plaies,
Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,
Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins.
Je ne veux plus penser qu’à ma mère Marie,
Siège de la Sagesse et source des pardons,
Mère de France aussi, de qui nous attendons
Inébranlablement l’honneur de la patrie.
Marie Immaculée, amour essentiel,
Logique de la foi cordiale et vivace,
En vous aimant qu’est-il de bon que je ne fasse,
En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?
Tous les autres amours sont de commandement.
Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement
Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie.
C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis,
C’est par Elle que j’ai voué ce sacrifice,
Et la douceur de cœur et le zèle au service,
Comme je la priais, Elle les a permis…
C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins,
C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les Cinq Plaies,
Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies,
Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins.
Je ne veux plus penser qu’à ma mère Marie,
Siège de la Sagesse et source des pardons,
Mère de France aussi, de qui nous attendons
Inébranlablement l’honneur de la patrie.
Marie Immaculée, amour essentiel,
Logique de la foi cordiale et vivace,
En vous aimant qu’est-il de bon que je ne fasse,
En vous aimant du seul amour, Porte du ciel ?
Tristan Corbière
Mère taillée à coups de hache
Mère taillée à coups de hache,
Tout cœur de chêne dur et bon ;
Sous l’or de ta robe se cache
L’âme en pièce d’un franc-Breton
*
— Vieille verte à face usée
Comme la pierre du torrent,
Par des larmes d’amour creusée,
Séchée avec des pleurs de sang…
*
— O toi qui recouvrais la cendre,
Qui filais comme on fait chez nous,
Quand le soir venait à descendre,
Tenant l’ENFANT sur tes genoux ;
*
Toi qui fus là, seule pour faire
Son maillot neuf à Bethléem,
Et là, pour coudre son suaire
Douloureux, à Jérusalem !…
*
Des croix profondes sont tes rides,
Tes cheveux sont blancs comme fils…
— Préserve des regards arides
Le berceau de nos petits-fils !
*
Fais venir et conserve en joie
Ceux à naître et ceux qui sont nés.
Et verse, sans que Dieu te voie,
L’eau de tes yeux sur les damnés !
*
Reprends dans leur chemise blanche
Les petits qui sont en langueur…
Rappelle à l’éternel Dimanche
Les vieux qui traînent en longueur.
*
— Dragon-gardien de la Vierge,
Garde la crèche sous ton ail.
Que, près de toi, Joseph-concierge
Garde la propreté du seuil !
*
Prends pitié de la fille-mère,
Du petit au bord du chemin…
Si quelqu’un leur jette la pierre,
Que la pierre se change en pain !
*
— Dame bonne en mer et sur terre,
Montre-nous le ciel et le port,
Dans la tempête ou dans la guerre…
O Fanal de la bonne mort !
*
Humble : à tes pieds n’a point d’étoile,
Humble… et brave four protéger !
Dans la nue apparaît ton voile,
Pâle auréole du danger.
*
— Aux perdus dont la vie est grise,
(— Sauf respect – perdus de boisson)
Montre le clocher de l’église
Et le chemin de la maison.
*
Prête ta douce et chaste flamme
Aux chrétiens qui sont ici…
Ton remède de bonne femme
Pour les bêtes-à-corne aussi !
*
Montre à nos femmes et servantes
L’ouvrage et la fécondité…
— Le bonjour aux âmes parentes
Qui sont bien dans l’éternité !
*
Nous mettrons un cordon de cire,
De cire-vierge jaune, autour
De ta chapelle ; et ferons dire
Ta messe basse au point du jour.
*
— Préserve notre cheminée
Des sorts et du monde malin…
À Pâques te sera donnée
Une quenouille avec du lin.
*
Si nos corps sont puants sur terre,
Ta grâce est un bain de santé ;
Répands sur nous, au cimetière,
Ta bonne odeur-de-sainteté.
*
— À l’an prochain ! — Voici ton cierge :
(C’est deux livres qu’il a coûté)
… Respects à Madame la Vierge,
Sans oublier la Trinité.
Tout cœur de chêne dur et bon ;
Sous l’or de ta robe se cache
L’âme en pièce d’un franc-Breton
*
— Vieille verte à face usée
Comme la pierre du torrent,
Par des larmes d’amour creusée,
Séchée avec des pleurs de sang…
*
— O toi qui recouvrais la cendre,
Qui filais comme on fait chez nous,
Quand le soir venait à descendre,
Tenant l’ENFANT sur tes genoux ;
*
Toi qui fus là, seule pour faire
Son maillot neuf à Bethléem,
Et là, pour coudre son suaire
Douloureux, à Jérusalem !…
*
Des croix profondes sont tes rides,
Tes cheveux sont blancs comme fils…
— Préserve des regards arides
Le berceau de nos petits-fils !
*
Fais venir et conserve en joie
Ceux à naître et ceux qui sont nés.
Et verse, sans que Dieu te voie,
L’eau de tes yeux sur les damnés !
*
Reprends dans leur chemise blanche
Les petits qui sont en langueur…
Rappelle à l’éternel Dimanche
Les vieux qui traînent en longueur.
*
— Dragon-gardien de la Vierge,
Garde la crèche sous ton ail.
Que, près de toi, Joseph-concierge
Garde la propreté du seuil !
*
Prends pitié de la fille-mère,
Du petit au bord du chemin…
Si quelqu’un leur jette la pierre,
Que la pierre se change en pain !
*
— Dame bonne en mer et sur terre,
Montre-nous le ciel et le port,
Dans la tempête ou dans la guerre…
O Fanal de la bonne mort !
*
Humble : à tes pieds n’a point d’étoile,
Humble… et brave four protéger !
Dans la nue apparaît ton voile,
Pâle auréole du danger.
*
— Aux perdus dont la vie est grise,
(— Sauf respect – perdus de boisson)
Montre le clocher de l’église
Et le chemin de la maison.
*
Prête ta douce et chaste flamme
Aux chrétiens qui sont ici…
Ton remède de bonne femme
Pour les bêtes-à-corne aussi !
*
Montre à nos femmes et servantes
L’ouvrage et la fécondité…
— Le bonjour aux âmes parentes
Qui sont bien dans l’éternité !
*
Nous mettrons un cordon de cire,
De cire-vierge jaune, autour
De ta chapelle ; et ferons dire
Ta messe basse au point du jour.
*
— Préserve notre cheminée
Des sorts et du monde malin…
À Pâques te sera donnée
Une quenouille avec du lin.
*
Si nos corps sont puants sur terre,
Ta grâce est un bain de santé ;
Répands sur nous, au cimetière,
Ta bonne odeur-de-sainteté.
*
— À l’an prochain ! — Voici ton cierge :
(C’est deux livres qu’il a coûté)
… Respects à Madame la Vierge,
Sans oublier la Trinité.
Vénus Khoury-Ghata
Pleure comme si la rivière était entrée en toi
Pleure comme si la rivière était entrée en toi
disent les gens de l’eau
Et laisse ta voix derrière toi pour mieux t’écouter par temps de pluie
les gens de l’eau ont leurs codes pris au premier saule
ils parlent la bouche remplie d’abeilles
le caillou blanc sur la langue signe la paix
les gens de l’eau dans leur vieille vieillesse
se laissent escalader par les jeunes pousses
le chemin partira sans eux
leur feu grandira seul
assis sur la cendre des braises
les vieux de vieillesse soufflent sur les nuages étrangers
ceux qui retombent sur leurs pieds appelés brouillard bienveillant
Un sac de rires pour le garçon qui porte une coccinelle sur l’épaule
une calebasse à quatre nœuds pour celle qui arrache un ruisseau à la terre pour laver le sang menstruel du grenadier
les femmes des gens de l’eau dessinent leur visage de nuit avec la suie de leur marmite
trèfle à quatre feuilles leur empreinte sur les reins de l’homme qui dort à plat ventre sur sa fatigue
Un lance-pierre en jonc pour l’enfant né entre chien et loup
une herbe rouge sur la paume de la fille pubère
sa mère lui apprendra à épiler les arbres femelles et plumer la volaille vivante
y a-t-il d’autres mères de l’autre côté de l’horizon se demandent les mères à chaque crépuscule
essorent-elles leurs murs après la pluie
leur feu transi fait-il bouillir leur marmite
Peau de zébu et linge humide sèchent côte à côte
sera pendu à la corde de sa mère celui qui a percé la fille verte et l’écorce du jeune bouleau
un chevreau de l’année pour l’homme qui a enjambé la colline sans faire sursauter les cailloux
dépecé à mains nues
ses os nourriront ceux qui mangent avec leurs orteils
front entre les genoux
ainsi
Les femmes des gens de l’eau donnent à manger dans leur main au tigre
mais chassent à coups de bâton la fourmi sous l’oreiller
les nuages qui pleurent par beau temps est leur ombre inversée
leur noir arc-en-ciel
c’est lui qui marie la huppe avec le lézard
l’ange avec la mésange
lui qui s’affale sur leur seuil au coup de feu du chasseur
avec un accroc au cœur
disent les gens de l’eau
Et laisse ta voix derrière toi pour mieux t’écouter par temps de pluie
les gens de l’eau ont leurs codes pris au premier saule
ils parlent la bouche remplie d’abeilles
le caillou blanc sur la langue signe la paix
les gens de l’eau dans leur vieille vieillesse
se laissent escalader par les jeunes pousses
le chemin partira sans eux
leur feu grandira seul
assis sur la cendre des braises
les vieux de vieillesse soufflent sur les nuages étrangers
ceux qui retombent sur leurs pieds appelés brouillard bienveillant
Un sac de rires pour le garçon qui porte une coccinelle sur l’épaule
une calebasse à quatre nœuds pour celle qui arrache un ruisseau à la terre pour laver le sang menstruel du grenadier
les femmes des gens de l’eau dessinent leur visage de nuit avec la suie de leur marmite
trèfle à quatre feuilles leur empreinte sur les reins de l’homme qui dort à plat ventre sur sa fatigue
Un lance-pierre en jonc pour l’enfant né entre chien et loup
une herbe rouge sur la paume de la fille pubère
sa mère lui apprendra à épiler les arbres femelles et plumer la volaille vivante
y a-t-il d’autres mères de l’autre côté de l’horizon se demandent les mères à chaque crépuscule
essorent-elles leurs murs après la pluie
leur feu transi fait-il bouillir leur marmite
Peau de zébu et linge humide sèchent côte à côte
sera pendu à la corde de sa mère celui qui a percé la fille verte et l’écorce du jeune bouleau
un chevreau de l’année pour l’homme qui a enjambé la colline sans faire sursauter les cailloux
dépecé à mains nues
ses os nourriront ceux qui mangent avec leurs orteils
front entre les genoux
ainsi
Les femmes des gens de l’eau donnent à manger dans leur main au tigre
mais chassent à coups de bâton la fourmi sous l’oreiller
les nuages qui pleurent par beau temps est leur ombre inversée
leur noir arc-en-ciel
c’est lui qui marie la huppe avec le lézard
l’ange avec la mésange
lui qui s’affale sur leur seuil au coup de feu du chasseur
avec un accroc au cœur
Victoire Babois
Deuxième élégie
En vain toujours errante, et toujours inquiète,
Je crois fuir ma douleur en fuyant ma retraite.
Ici pour mes yeux seuls la nature est en deuil,
Et tout semble avec moi gémir sur un cercueil.
Malgré moi-même, hélas ! de ma fille expirante
Je retrouve en tous lieux l’image déchirante ;
Je sens encor ses maux, je la revois en pleurs,
Tour à tour résistant, succombant aux douleurs,
S’attacher à mon sein, et d’une main débile
Sur ce sein malheureux se chercher un asile.
Le nom de mère, hélas ! qui fit tout mon bonheur,
Ses accents douloureux l’ont gravé dans mon cœur.
Par un dernier effort où survit sa tendresse,
Je la vois surmonter ses tourments, sa faiblesse ;
Ses yeux cherchent mes yeux, sa main cherche ma main ;
Elle m’appelle encore, et tombe sur mon sein…
Dieu puissant, Dieu cruel, tu combles ma misère ;
C’en est fait, elle expire, et je ne suis plus mère !
Ses yeux, ses yeux si doux sont fermés pour toujours.
Ma fille !… Non, le sort n’a pas tranché tes jours ;
Me séparer de toi n’est pas en sa puissance :
La preuve de ta vie est dans mon existence.
Oh ! reste dans mes bras ; pour combattre tes maux
J’inventerai des soins et des secours nouveaux ;
Tout deviendra possible au transport qui m’inspire :
Ma fille, tu vivras, puisqu’enfin je respire.
Accusant, menaçant, implorant tous les dieux,
J’invoquerai pour toi les enfers et les cieux ;
Palpitante d’effroi ta mère infortunée
Ose te disputer à la Mort étonnée ;
Entends, entends mes cris… Tu ne me réponds plus…
Ô trop aveugle espoir ! ô tourments inconnus !…
Dieu, rends-moi mon erreur et ce transport funeste ;
Mon délire est, hélas ! le seul bien qui me reste.
Je crois fuir ma douleur en fuyant ma retraite.
Ici pour mes yeux seuls la nature est en deuil,
Et tout semble avec moi gémir sur un cercueil.
Malgré moi-même, hélas ! de ma fille expirante
Je retrouve en tous lieux l’image déchirante ;
Je sens encor ses maux, je la revois en pleurs,
Tour à tour résistant, succombant aux douleurs,
S’attacher à mon sein, et d’une main débile
Sur ce sein malheureux se chercher un asile.
Le nom de mère, hélas ! qui fit tout mon bonheur,
Ses accents douloureux l’ont gravé dans mon cœur.
Par un dernier effort où survit sa tendresse,
Je la vois surmonter ses tourments, sa faiblesse ;
Ses yeux cherchent mes yeux, sa main cherche ma main ;
Elle m’appelle encore, et tombe sur mon sein…
Dieu puissant, Dieu cruel, tu combles ma misère ;
C’en est fait, elle expire, et je ne suis plus mère !
Ses yeux, ses yeux si doux sont fermés pour toujours.
Ma fille !… Non, le sort n’a pas tranché tes jours ;
Me séparer de toi n’est pas en sa puissance :
La preuve de ta vie est dans mon existence.
Oh ! reste dans mes bras ; pour combattre tes maux
J’inventerai des soins et des secours nouveaux ;
Tout deviendra possible au transport qui m’inspire :
Ma fille, tu vivras, puisqu’enfin je respire.
Accusant, menaçant, implorant tous les dieux,
J’invoquerai pour toi les enfers et les cieux ;
Palpitante d’effroi ta mère infortunée
Ose te disputer à la Mort étonnée ;
Entends, entends mes cris… Tu ne me réponds plus…
Ô trop aveugle espoir ! ô tourments inconnus !…
Dieu, rends-moi mon erreur et ce transport funeste ;
Mon délire est, hélas ! le seul bien qui me reste.