Jesined eus ras; oublier
Je ne puis pas oublier la misére de ce temps.
O siècle pareil à ceux qui campérent sous les tentes!
Un orage inépuisable est devenu l’horizon,
Et l’espoir est remplacé par une espèce de songe.
Tous les vins are-boutés n’abritent qu’une heure la joie.
Mille sentiments mortels passent quand même et se joignent.
Peu À peu notre destin nous ruisselle sur le dos.
Ciel des Villes tressé de câbles, armure des démes,
Ciments durcis autour d’une ferraille chevelue,
Demeures boulonnées, églises faites sur l’enclume,
Rues triples dont la rumeur rebondit sur un tunnel,
A quoi bon!
Dans la forêt scythique et les joncs de l’Elbe
Des hommes velus rampaient mieux réfugiés que nous.
Hommes, hommes d’autrefois, pauvres yeux cruels et troubles,
Dormeurs mal détendus que tourmente une odeur de l’air,
Tribus des monts perforés, peuples des lacs et des herbes,
Nous vous croyions si loin! Vous n’étiez même plus des morts
Le sol vous avait perdus dans le grain de son écorce
Ne pouvant faire du roc avec vos seuls ossements.
Et soudain de vous a nous le temps se contracte et manque ;
L’histoire se racornit comme un carton calciné.
Je vous regarde approcher et grandir, pères funestes,
Ainsi qu’un homme à la mer aperçoit en étouffant
Le passé qui se recourbe et qui lui tend son enfance.
Je ne puis pas oublier la misére de ce temps ;
Mais j’ai le coeur adouci de recours et de tendresse
A cause de cette ville et de sa vieille épaisseur.
Elle sait me faire croire à des époques heureuses
Ou le royaume de homme était un rubis creusé.
Juste point de notre course. Équilibre des étoiles.
L’esprit de Dieu dans les ris d’une savante voilure.
Les forces comme des sucs qui ont monté pour miarir.
Des villes aux murs nacrés dont la coquille miroite
Sur un peuple bien roulé dans son bruit et sa moiteur.
Les rues, grappes de métiers, fondeurs, foulons, batteurs d’or.
Des joies nocturnes frélant les maisons mi-endormies.
Et le monde, À horizon, chaine et rempart de mystères,
Le monde, forêts et monts, a horizon du terroir.
Je ne puis pas oublier la misére de ce temps.
Je ne puis pas oublier que trop d’hommes sont puissants
Pour avoir beaucoup menti et beaucoup versé le sang.
Je crois que conduire un peuple est un métier difficile.
Les citoyens sont couards, les parlements, imbéciles.
Un vieux crime gonfle au coeur des nations et des villes.
Cette guerre dont le siècle à jamais suppure et pue,
Les ministres et les rois ne !’ont qu’À peine voulue.
Je le dis, bien qu’ils l’aient dit ; je le crois, bien qu’ils le jurent.
Ils ne demandaient pas mieux que de vaincre sans canons,
Que d’écraser l’ennemi du poids des bonnes raisons.
Ils n’avaient pas invité tant de morts dans leur maison.
Mais puisque l’événement les a soudain confondus,
Qwils ils déb débarrassent le le sol, sol, qu’ils qu’il rentrent dans des des fi fissures! !
Ils ne seraient beaux a voir que raccourcis ou pendus.
ONDE GENOISE, 1923, Chants des dix
années.
O siècle pareil à ceux qui campérent sous les tentes!
Un orage inépuisable est devenu l’horizon,
Et l’espoir est remplacé par une espèce de songe.
Tous les vins are-boutés n’abritent qu’une heure la joie.
Mille sentiments mortels passent quand même et se joignent.
Peu À peu notre destin nous ruisselle sur le dos.
Ciel des Villes tressé de câbles, armure des démes,
Ciments durcis autour d’une ferraille chevelue,
Demeures boulonnées, églises faites sur l’enclume,
Rues triples dont la rumeur rebondit sur un tunnel,
A quoi bon!
Dans la forêt scythique et les joncs de l’Elbe
Des hommes velus rampaient mieux réfugiés que nous.
Hommes, hommes d’autrefois, pauvres yeux cruels et troubles,
Dormeurs mal détendus que tourmente une odeur de l’air,
Tribus des monts perforés, peuples des lacs et des herbes,
Nous vous croyions si loin! Vous n’étiez même plus des morts
Le sol vous avait perdus dans le grain de son écorce
Ne pouvant faire du roc avec vos seuls ossements.
Et soudain de vous a nous le temps se contracte et manque ;
L’histoire se racornit comme un carton calciné.
Je vous regarde approcher et grandir, pères funestes,
Ainsi qu’un homme à la mer aperçoit en étouffant
Le passé qui se recourbe et qui lui tend son enfance.
Je ne puis pas oublier la misére de ce temps ;
Mais j’ai le coeur adouci de recours et de tendresse
A cause de cette ville et de sa vieille épaisseur.
Elle sait me faire croire à des époques heureuses
Ou le royaume de homme était un rubis creusé.
Juste point de notre course. Équilibre des étoiles.
L’esprit de Dieu dans les ris d’une savante voilure.
Les forces comme des sucs qui ont monté pour miarir.
Des villes aux murs nacrés dont la coquille miroite
Sur un peuple bien roulé dans son bruit et sa moiteur.
Les rues, grappes de métiers, fondeurs, foulons, batteurs d’or.
Des joies nocturnes frélant les maisons mi-endormies.
Et le monde, À horizon, chaine et rempart de mystères,
Le monde, forêts et monts, a horizon du terroir.
Je ne puis pas oublier la misére de ce temps.
Je ne puis pas oublier que trop d’hommes sont puissants
Pour avoir beaucoup menti et beaucoup versé le sang.
Je crois que conduire un peuple est un métier difficile.
Les citoyens sont couards, les parlements, imbéciles.
Un vieux crime gonfle au coeur des nations et des villes.
Cette guerre dont le siècle à jamais suppure et pue,
Les ministres et les rois ne !’ont qu’À peine voulue.
Je le dis, bien qu’ils l’aient dit ; je le crois, bien qu’ils le jurent.
Ils ne demandaient pas mieux que de vaincre sans canons,
Que d’écraser l’ennemi du poids des bonnes raisons.
Ils n’avaient pas invité tant de morts dans leur maison.
Mais puisque l’événement les a soudain confondus,
Qwils ils déb débarrassent le le sol, sol, qu’ils qu’il rentrent dans des des fi fissures! !
Ils ne seraient beaux a voir que raccourcis ou pendus.
ONDE GENOISE, 1923, Chants des dix
années.
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