Jules Romains

Jules Romains

1885–1972 · a vécu 86 ans FR FR

n. 1885-08-26, Saint-Julien-Chapteuil · m. 1972-08-14, 13.º arrondissement de Paris

Des pieces de théâtre, des essais.

Des POÈMES :
L’Ame des hommes (1904), la Vie unanime (1908), Premier
livre de prières, À la foule qui est ici (1909), Un Étre en marche,
Deux poèmes (1910), Odes et prières (1913), Europe (1916), les
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Poèmes

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Des pieces de théâtre, des essais.

Des POÈMES :
L’Ame des hommes (1904), la Vie unanime (1908), Premier
livre de prières, À la foule qui est ici (1909), Un Étre en marche,
Deux poèmes (1910), Odes et prières (1913), Europe (1916), les

Il faut qu’un chant t’accompagne...

Il faut qu’un chant t’accompagne.
Tu vas loin et tu vas seul.
Tous ces mouvements te baignent.
Des lueurs sortent du sol:

Il passe tant, tant de monde.
Le lieu s’écoule en grondant.
Un feu rouge te commande.
Tu repars a l’abandon.

Il faut qu’un chant t’accompagne,
Te protégé pas a pas;
Quw’il t’enveloppe de signes,
De broussaille, de sapins.

Chant de cor dans la broussaille ;
Un oiseau caché répond.
Des pas amis sur les feuilles.
Un souffle en haut des sapins.

Étincelles amorties,
Les yeux filent sans te voir.
Il tombe une solitude
Pareille aux flocons d’hiver.
Il faut qu’un chant t’accompagne
Comme le vent dans le val.
Entends craquer les chataignes

Je sors de ma maison

Je sors de ma maison
Plein de sommeil encore;
Une petite pluie
Trottine sur mes mains.

Mais un reste d’aurore
Qui ne m’était pas dé
M’entoure et se mélange
Au dernier de mes songes;

Et comme le soupir
De quelque bouche heureuse
Un sifflement si pur
Se répand dans le ciel,

Que j’ai le coeur transi
Par la brusque mémoire
Des matins d’autrefois
Ou je partais ainsi.

Le temps de ma jeunesse
Est à demi passé
Déja bien des mensonges
N’abusent plus de moi.

Mais j’ai toujours le même
Émoi surnaturel
Lorsque cette lueur
Éclaire mon départ,
Et que ce même ciel
De matin pluvieux
Refait son cri d’espoir
Que je ne comprends pas.

Jesined eus ras; oublier

Je ne puis pas oublier la misére de ce temps.
O siècle pareil à ceux qui campérent sous les tentes!
Un orage inépuisable est devenu l’horizon,
Et l’espoir est remplacé par une espèce de songe.
Tous les vins are-boutés n’abritent qu’une heure la joie.
Mille sentiments mortels passent quand même et se joignent.
Peu À peu notre destin nous ruisselle sur le dos.

Ciel des Villes tressé de câbles, armure des démes,
Ciments durcis autour d’une ferraille chevelue,
Demeures boulonnées, églises faites sur l’enclume,
Rues triples dont la rumeur rebondit sur un tunnel,
A quoi bon!
Dans la forêt scythique et les joncs de l’Elbe
Des hommes velus rampaient mieux réfugiés que nous.

Hommes, hommes d’autrefois, pauvres yeux cruels et troubles,
Dormeurs mal détendus que tourmente une odeur de l’air,
Tribus des monts perforés, peuples des lacs et des herbes,
Nous vous croyions si loin! Vous n’étiez même plus des morts
Le sol vous avait perdus dans le grain de son écorce
Ne pouvant faire du roc avec vos seuls ossements.
Et soudain de vous a nous le temps se contracte et manque ;
L’histoire se racornit comme un carton calciné.
Je vous regarde approcher et grandir, pères funestes,
Ainsi qu’un homme à la mer aperçoit en étouffant
Le passé qui se recourbe et qui lui tend son enfance.

Je ne puis pas oublier la misére de ce temps ;
Mais j’ai le coeur adouci de recours et de tendresse
A cause de cette ville et de sa vieille épaisseur.
Elle sait me faire croire à des époques heureuses
Ou le royaume de homme était un rubis creusé.
Juste point de notre course. Équilibre des étoiles.
L’esprit de Dieu dans les ris d’une savante voilure.
Les forces comme des sucs qui ont monté pour miarir.
Des villes aux murs nacrés dont la coquille miroite
Sur un peuple bien roulé dans son bruit et sa moiteur.
Les rues, grappes de métiers, fondeurs, foulons, batteurs d’or.
Des joies nocturnes frélant les maisons mi-endormies.
Et le monde, À horizon, chaine et rempart de mystères,
Le monde, forêts et monts, a horizon du terroir.

Je ne puis pas oublier la misére de ce temps.
Je ne puis pas oublier que trop d’hommes sont puissants
Pour avoir beaucoup menti et beaucoup versé le sang.

Je crois que conduire un peuple est un métier difficile.
Les citoyens sont couards, les parlements, imbéciles.
Un vieux crime gonfle au coeur des nations et des villes.
Cette guerre dont le siècle à jamais suppure et pue,
Les ministres et les rois ne !’ont qu’À peine voulue.
Je le dis, bien qu’ils l’aient dit ; je le crois, bien qu’ils le jurent.

Ils ne demandaient pas mieux que de vaincre sans canons,
Que d’écraser l’ennemi du poids des bonnes raisons.
Ils n’avaient pas invité tant de morts dans leur maison.

Mais puisque l’événement les a soudain confondus,
Qwils ils déb débarrassent le le sol, sol, qu’ils qu’il rentrent dans des des fi fissures! !
Ils ne seraient beaux a voir que raccourcis ou pendus.

ONDE GENOISE, 1923, Chants des dix
années.

L’automne

Lz monde attendait peut-étre
A la porte du dormeur;
Pas de grace pour les songes
Ni de sortie dérobée !

Mais-voila qu’au lieu d’un maitre
T’accueille une délivrance
Étrange, que le brouillard
A nuitamment préparée.

Toute limite est vapeur,
Toute prison est fumée;
La demeure et le chemin
Sont au pouvoir d’une aurore.

Par l’abîme dont tu doutes
Un homme est poussé vers toi;
Vous glissez l’un contre l’autre
Comme deux astres fuyards.

Et des mouvements ondoient
Au bord de ta solitude,
Ruisselant de cette joie
Qu’ont les créatures neuves.

Mais avant que tu les nommes
Compagnons de ton exil,
Ils replongent d’un bond mol
Dans le limon éternel.
Amour Couleur de Paris, Les Quatre Saisons

L’homme blanc

— Retourne chez toi, homme blanc!

Nous ne t’avions rien demandé ;
Des fièvres que ta race endure
Nous n’avions pas même lidée.

Pieusement vers nous tournées
Nous allaitaient de solitude
Les sept mers au ventre ridé.

Tu nous as sept fois apporté
Ton malheur, ton inquiétude.
Ta puissance, tu l’as gardée.
Tu nous as fait divorcer d’avec les vieilles sagesses ;
Mais le savoir que tu vends ne les a pas remplacées.

Tu nous as fait divorcer d’avec la terre et les sources,
D’avec les forces du sol et les forces d’en dessous.
Mais les forces que tu vends ne les ont pas remplacées ;

Tes forces mal à toi, méchantes filles du feu roux,
Tes forces qu’un fil conduit et que moulinent des roues,
Tes forces de dieu voleur dont tu n’as jamais assez!

Comme on donne deux venins dans une seule morsure,
Tu nous as communiqué l’orgueil peu sir d’étre un homme,
Et la honte sans pardon d’étre un homme dépassé.

Retourne chez toi, homme blanc!
Ecoute les tambours tremblants
Qui nous ameutent sous les arbres ;
Les trônes creusés, les calebasses,
Les crécelles, les crins stridents ;
Les sifflements entre les dents,
Les cornes rauques, les coquilles,
Les fifres faits d’un ossement ;
Les cymbales, les oliphants ;
Entends le tam-tam circulaire
Comme horizon sur tes tempes
Qui se resserre en palpitant ;
Entends les gongs, les cloches plates,
Aux tours des couvents de montagne
Et les plaques sous les battants.
Entends le grand rassemblement
Qui nous soulève et qui te chasse.

L’HOMME BLANC.

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