Le mort en peine

Perdu parmi les pas et les ruines des astres
Et porté sur l’abîme ow s’engouffre le ciel,
J’entends le souffle en moi des étoiles en marche
Au fond d’un ceeur, hélas, que je sais éternel.
J’arrive de la Terre avec ma charge humaine
D’espoirs pris de panique et d’abrupts souvenirs,
Mais que faire en plein ciel d’un cœur qui se démène
Comme sous le soleil et n’a pas su mourir.
Avez-vous vu mes yeux errer dans ces parages
Od le loin et le prés ignorent les rivages.
Aveugle sans bâton et sans force et sans foi,
Je cherche un corps, celui que j’avais autrefois.
Puissé-je préserver des avides espaces
Mes souvenirs rédant autour de la maison,
Les visages chéris et ma pauvre raison
D’ou je me surveillais comme d’une terrasse.
Que je sauve du moins ce vacillant trésor
Comme un chien aux longs poils sous l’écume marine
Qui tient entre ses dents son petit presque mort.
Mais voici s’avancer l’écume des abîmes...
L’univers ow je suis pousse un cruel soupir
Et la gorge du ciel profonde se soulève.
Puisque tout me rejette ici, même le rêve,
Ces lieux sans terre, à quoi pourraient-ils consentir ?

Ah! même dans la mort je souffre d’insomnies,
Je veux de l’éternel faire un peu de présent,
Je me sens encor vert pour entrer au néant
Et chante mal dans l’universelle harmonie.
Comment renoncerais-je à tant de souvenirs
Quand l’esprit encombré d’invisibles bagages
Je suis plus affairé dans la mort qu’en voyage
Et je flotte au lieu de sombrer dans le mourir.
Les quatre bouts de bois qui me tenaient sous terre
N’empéchaient pas le ciel d’entrer au cimetière,
Le monde me devient un immense radeau
Ou l’Ame va et vient sans trouver son niveau.
Tout se relève avec la pierre de la tombe,
Notre premier regard délivre cent colombes.
Pour qui ne possédait que sa longueur de bois,
Les arbres, c’est déja le plus bel au-delà.
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