Je naissais, et par la fenêtre
Passait une fraîche calèche.

Le cocher réveillait l’aurore
D’un petit coup de fouet sonore.

Flottait un archipel nocturne
Encor sur le liquide jour.

Les murs s’éveillaient et le sable
Qui dort écrasé dans les murs.

Un peu de mon âme glissait
Sur un rail bleu, à contre-ciel,

Et un autre peu, se mêlant
A un bout de papier volant

Puis, trébuchant sur une pierre,
Gardait sa ferveur prisonnière.

Le matin comptait ses oiseaux
Et toujours il recommençait

Le parfum de l’eucalyptus
Se fiait à l’air étendu.

Dans l’Uruguay sur l’Atlantique,
L’air était si liant, facile,
Que les couleurs de l’horizon
S’approchaient pour voir les maisons.

C’était moi qui naissais jusqu’au fond sourd des bois
Où tardent à venir les pousses
Et jusque sous la mer où l’algue se retrousse
Pour faire croire au vent qu’il peut descendre là.

La Terre allait, toujours recommençant sa ronde,
Reconnaissant les siens avec son atmosphère,
Et palpant sur la vague ou l’eau douce profonde
La tête des nageurs et les pieds des plongeurs.
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