Poèmes de ce thème
Naissance
Charles Fontaine
Chant sur la naissance de jean fils de l’auteur
Petit enfant, peux-tu le bien venu
Estre sur terre, où tu n’apportes rien ?
Mais où tu viens comme un petit ver nu ?
Tu n’as ni drap, ni linge qui soit tien,
Or, ni argent, ni aucun bien terrien :
A père et mère apportes seulement
Peine et souci ; et voilà tout ton bien.
Petit enfant, tu viens bien pauvrement !
De ton honneur ne veuil plus estre chiche,
Petit enfant de grand bien puissant,
Tu viens au monde aussi grand, aussi riche,
Comme le roi, et aussi florissant.
Ton héritage est le ciel splendissant ;
Tes serviteurs sont les anges sans vice ;
Ton trésorier, c’est le Dieu tout puissant ;
Grâce divine est ta mère nourrice.
Estre sur terre, où tu n’apportes rien ?
Mais où tu viens comme un petit ver nu ?
Tu n’as ni drap, ni linge qui soit tien,
Or, ni argent, ni aucun bien terrien :
A père et mère apportes seulement
Peine et souci ; et voilà tout ton bien.
Petit enfant, tu viens bien pauvrement !
De ton honneur ne veuil plus estre chiche,
Petit enfant de grand bien puissant,
Tu viens au monde aussi grand, aussi riche,
Comme le roi, et aussi florissant.
Ton héritage est le ciel splendissant ;
Tes serviteurs sont les anges sans vice ;
Ton trésorier, c’est le Dieu tout puissant ;
Grâce divine est ta mère nourrice.
Francis Ponge
Naissance
à Charles Singevin
La mer qui avait tant navigué, ma mer noire,
enfin s’est approchée de la terre ma mère,
la vieille depuis si longtemps d’avec moi séparée.
La frange, où l’œil du cheval hagard
perce à travers la crinière,
s’est aplatie sur les pierres et le sel.
O silence assourdissant de ce jour!
L’homme se relève hébété.
Une statue de marbre pur
s’éveille entre ses bras.
J’emporte ma naissance et je vais chez les hommes,
je chante.
La mer qui avait tant navigué, ma mer noire,
enfin s’est approchée de la terre ma mère,
la vieille depuis si longtemps d’avec moi séparée.
La frange, où l’œil du cheval hagard
perce à travers la crinière,
s’est aplatie sur les pierres et le sel.
O silence assourdissant de ce jour!
L’homme se relève hébété.
Une statue de marbre pur
s’éveille entre ses bras.
J’emporte ma naissance et je vais chez les hommes,
je chante.
Jules Supervielle
Montévidéo
Je naissais, et par la fenêtre
Passait une fraîche calèche.
Le cocher réveillait l’aurore
D’un petit coup de fouet sonore.
Flottait un archipel nocturne
Encor sur le liquide jour.
Les murs s’éveillaient et le sable
Qui dort écrasé dans les murs.
Un peu de mon âme glissait
Sur un rail bleu, à contre-ciel,
Et un autre peu, se mêlant
A un bout de papier volant
Puis, trébuchant sur une pierre,
Gardait sa ferveur prisonnière.
Le matin comptait ses oiseaux
Et toujours il recommençait
Le parfum de l’eucalyptus
Se fiait à l’air étendu.
Dans l’Uruguay sur l’Atlantique,
L’air était si liant, facile,
Que les couleurs de l’horizon
S’approchaient pour voir les maisons.
C’était moi qui naissais jusqu’au fond sourd des bois
Où tardent à venir les pousses
Et jusque sous la mer où l’algue se retrousse
Pour faire croire au vent qu’il peut descendre là.
La Terre allait, toujours recommençant sa ronde,
Reconnaissant les siens avec son atmosphère,
Et palpant sur la vague ou l’eau douce profonde
La tête des nageurs et les pieds des plongeurs.
Passait une fraîche calèche.
Le cocher réveillait l’aurore
D’un petit coup de fouet sonore.
Flottait un archipel nocturne
Encor sur le liquide jour.
Les murs s’éveillaient et le sable
Qui dort écrasé dans les murs.
Un peu de mon âme glissait
Sur un rail bleu, à contre-ciel,
Et un autre peu, se mêlant
A un bout de papier volant
Puis, trébuchant sur une pierre,
Gardait sa ferveur prisonnière.
Le matin comptait ses oiseaux
Et toujours il recommençait
Le parfum de l’eucalyptus
Se fiait à l’air étendu.
Dans l’Uruguay sur l’Atlantique,
L’air était si liant, facile,
Que les couleurs de l’horizon
S’approchaient pour voir les maisons.
C’était moi qui naissais jusqu’au fond sourd des bois
Où tardent à venir les pousses
Et jusque sous la mer où l’algue se retrousse
Pour faire croire au vent qu’il peut descendre là.
La Terre allait, toujours recommençant sa ronde,
Reconnaissant les siens avec son atmosphère,
Et palpant sur la vague ou l’eau douce profonde
La tête des nageurs et les pieds des plongeurs.