Théodore Aubanel

Théodore Aubanel

1829–1886 · a vécu 57 ans FR FR

n. 1829-03-26, Avinhão · m. 1886-11-02, Avinhão

La Grenade entrouverte

Et moi, je guette le coucher du soleil.

Avec son frêle corsage et sa robe de laine, couleur de la grenade; avec son front uni et ses grands yeux si beaux; avec ses longs cheveux noirs et son visage brun, je la verrai tout à l’heure, la douce vierge, qui me dira : — Bon vêpre! O Zani, venez vite!

Ce jour-là, nous ne lûmes pas plus avant.

— Nous ne nous verrons plus! — Et pourquoi? — Je vais partir. — Et où vas-tu? — Je vais me faire nonne. — J’ai peur pour toi, mignonne! qu’as-tu dit?…. Tu seras malade, oh! tu es si jeune ! Prends garde à ton cœur tendre, pauvrette!… Tu seras malade! — Eh bien! moi, je mourrai.
Ce jour-là, le dernier, nous n’en dîmes pas davantage.

Chaque jour il s’en allait au sommet de la montagne, et il regardait au loin s’il verrait sa compagne.

Je suis monté sur la cime des mornes, sur le sommet où est le castel; je suis monté sur la cime des tours.

Blanches et ouvertes dans le ciel comme les ailes d’un oiseau, j’ai vu les voiles d’un navire, bien loin, bien loin, longtemps, longtemps encore… Puis je n’ai plus vu que le soleil et ses splendeurs sur l’onde amère.

Lors, de là-haut, lors je suis descendu. Le long de la mer et des grandes vagues, j’ai couru comme un déconsolé, et par son nom, tout un jour, je l’ai criée!.…
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Poèmes

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La Grenade entrouverte

Et moi, je guette le coucher du soleil.

Avec son frêle corsage et sa robe de laine, couleur de la grenade; avec son front uni et ses grands yeux si beaux; avec ses longs cheveux noirs et son visage brun, je la verrai tout à l’heure, la douce vierge, qui me dira : — Bon vêpre! O Zani, venez vite!

Ce jour-là, nous ne lûmes pas plus avant.

— Nous ne nous verrons plus! — Et pourquoi? — Je vais partir. — Et où vas-tu? — Je vais me faire nonne. — J’ai peur pour toi, mignonne! qu’as-tu dit?…. Tu seras malade, oh! tu es si jeune ! Prends garde à ton cœur tendre, pauvrette!… Tu seras malade! — Eh bien! moi, je mourrai.
Ce jour-là, le dernier, nous n’en dîmes pas davantage.

Chaque jour il s’en allait au sommet de la montagne, et il regardait au loin s’il verrait sa compagne.

Je suis monté sur la cime des mornes, sur le sommet où est le castel; je suis monté sur la cime des tours.

Blanches et ouvertes dans le ciel comme les ailes d’un oiseau, j’ai vu les voiles d’un navire, bien loin, bien loin, longtemps, longtemps encore… Puis je n’ai plus vu que le soleil et ses splendeurs sur l’onde amère.

Lors, de là-haut, lors je suis descendu. Le long de la mer et des grandes vagues, j’ai couru comme un déconsolé, et par son nom, tout un jour, je l’ai criée!.…

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