Cécile Coulon

Cécile Coulon

né(e) en 1990 FR FR

n. 1990-06-13, Clermont-Ferrand

Les herbes sauvages

Dans les herbes sauvages où nous avons dormi
Jusqu’à ce que la brûlure de l’été
réduise ma lourde chevelure à la couleur des foins,
à la sècheresse des pailles,
aux tiges nouées comme des racines sur la tête des prodiges
qui vont bientôt
tomber,
dans les forêts millénaires qui protégèrent longtemps les natifs,
enroulés dans les branches, pendus aux lèvres des sapins
qu’agitaient en automne des vents moins furieux
que les gestes d’une main secouée de désir s’avançant
timidement
sous le tissu léger d’une longue chemise,
dans les ravins profonds où sont tombés mille fois
des garçons délirants de vitesse et d’amnésie
avec des filles sauvages à qui le soleil offrait au printemps
des taches de rousseur entre les yeux et l’arête du nez,
dans les églises abandonnées, dans les prairies ouvertes
que l’orage a retournées
de ses griffes de grêle et d’électricité,
dans la paume trouée d’un dieu auquel nous ne croyons
que par intermittence,
dans les larmes tièdes d’un enfant qui ne veut pas vivre
autrement qu’en vacances,
dans les fermes écroulées où nous avons vu mourir,
une par une, les lucioles paysannes,
dans le rythme du troupeau qui traverse la vallée et emporte
avec lui le chant sacré
de la terre qu’on refuse, à présent, de saluer,
dans les greniers remplis, dans les peurs d’avant l’aube
et les tables débordantes
d’assiettes vides et de verres marqués aux rebords
par des bouches
qui auraient tant voulu s’amarrer au quai d’un nouveau
corps,
dans les vêtements trempés sur une chaise
devant la cheminée,
où les flammes tordues font des guirlandes de lumière
dans tes pupilles mouillées,
dans les rivières étroites où nous avons suivi le torrent,
les pieds couverts de boue et les doigts de piqûres
d’araignées,
dans l’eau glaciale qui apaisait le cœur des femmes déçues
de tout cet amour qu’elles auraient voulu faire, qu’elles
ont souvent donné
et qui ne fut jamais rendu,
dans les draps propres et les couvertures piquées de plumes
d’oie,
d’odeurs de ventres et de jambes écartées,
dans les chambres d’enfance, derrière les volets entrouverts,
là où les ombres se déplacent
et jouent la même mélodie, toujours, sur un piano imaginaire,
dans les nuits qui tombent plus vite qu’une gifle,
dans les aubes qui se lèvent en couleurs,
plus flamboyantes que les plumes d’un oiseau merveilleux,
dans les palais du bout du monde,
dans les caresses qui chuchotent,
dans les souffles qui grondent,
ma fièvre, mon amour,
garde moi encore un peu.
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Poèmes

2

Les herbes sauvages

Dans les herbes sauvages où nous avons dormi
Jusqu’à ce que la brûlure de l’été
réduise ma lourde chevelure à la couleur des foins,
à la sècheresse des pailles,
aux tiges nouées comme des racines sur la tête des prodiges
qui vont bientôt
tomber,
dans les forêts millénaires qui protégèrent longtemps les natifs,
enroulés dans les branches, pendus aux lèvres des sapins
qu’agitaient en automne des vents moins furieux
que les gestes d’une main secouée de désir s’avançant
timidement
sous le tissu léger d’une longue chemise,
dans les ravins profonds où sont tombés mille fois
des garçons délirants de vitesse et d’amnésie
avec des filles sauvages à qui le soleil offrait au printemps
des taches de rousseur entre les yeux et l’arête du nez,
dans les églises abandonnées, dans les prairies ouvertes
que l’orage a retournées
de ses griffes de grêle et d’électricité,
dans la paume trouée d’un dieu auquel nous ne croyons
que par intermittence,
dans les larmes tièdes d’un enfant qui ne veut pas vivre
autrement qu’en vacances,
dans les fermes écroulées où nous avons vu mourir,
une par une, les lucioles paysannes,
dans le rythme du troupeau qui traverse la vallée et emporte
avec lui le chant sacré
de la terre qu’on refuse, à présent, de saluer,
dans les greniers remplis, dans les peurs d’avant l’aube
et les tables débordantes
d’assiettes vides et de verres marqués aux rebords
par des bouches
qui auraient tant voulu s’amarrer au quai d’un nouveau
corps,
dans les vêtements trempés sur une chaise
devant la cheminée,
où les flammes tordues font des guirlandes de lumière
dans tes pupilles mouillées,
dans les rivières étroites où nous avons suivi le torrent,
les pieds couverts de boue et les doigts de piqûres
d’araignées,
dans l’eau glaciale qui apaisait le cœur des femmes déçues
de tout cet amour qu’elles auraient voulu faire, qu’elles
ont souvent donné
et qui ne fut jamais rendu,
dans les draps propres et les couvertures piquées de plumes
d’oie,
d’odeurs de ventres et de jambes écartées,
dans les chambres d’enfance, derrière les volets entrouverts,
là où les ombres se déplacent
et jouent la même mélodie, toujours, sur un piano imaginaire,
dans les nuits qui tombent plus vite qu’une gifle,
dans les aubes qui se lèvent en couleurs,
plus flamboyantes que les plumes d’un oiseau merveilleux,
dans les palais du bout du monde,
dans les caresses qui chuchotent,
dans les souffles qui grondent,
ma fièvre, mon amour,
garde moi encore un peu.

Tout va bien

La première fois que quelqu’un a posé ses mains sur moi
d’une manière tout à fait différente de celle
dont jusqu’à ce jour, j’avais l’habitude, une manière tout
à fait différente et à la fois chargée d’images, de promesses
et de responsabilités que je n’étais, pas encore, en mesure
de comprendre, la première fois que quelqu’un a posé
ses mains sur moi, ce geste fut accompagné de quelques
mots simples : « Tout va bien et tout ira bien », après cela
j’ai répété, à mon tour, ces paroles douces en d’autres
occasions, mais toujours, toujours, la même façon
de tendre la voix dans une gorge serrée,
toujours, toujours, les yeux clairs qui fouillent
d’autres yeux clairs pour qu’ils ne les oublient pas,
« Tout va bien et tout ira bien », pour certaines,
pour certains, cette phrase apparaît comme un moyen
facile et rapide de mettre fin à ce genre de scrupules
qui précèdent généralement un baiser long, profond,
une chemise qu’on retire, un sein qu’on frôle, mais
pourtant, je n’ai pas dit cela pour gagner, je n’ai pas
dit cela pour vaincre et je ne dirai jamais cela
pour mentir à quelqu’un que j’aime et qui a peur,
mais qu’est-ce aimer sinon montrer les dégâts
causés par sa propre terreur, qu’est-ce aimer
sinon répéter, sincèrement, comme un moine
devant la statue d’une vierge aux paupières closes,
« Tout va bien et tout ira bien » ?
Dans les pires moments et les fins d’après-midi
chaudes, dans les aubes que des chagrins voraces
ont salies, aux rives de lacs gelés comme au bas
d’immeubles gris, mille fois j’ai pensé
à cette première fois, à la façon dont
les mains, les yeux, la bouche se joignent
en un cortège bancal, et lorsqu’il m’arrive
de croire que tout espoir fut porté en vain
je repense à ces mots, à la vie qui recommence
dans chacune de leurs syllabes :
« Tout va bien et tout ira bien. »

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