Eustache Deschamps

Eustache Deschamps

1346–1406 · a vécu 60 ans FR FR

n. 1346, Vertus · m. 1406-01-01

Ballade de Paris

Quand j’ai la terre et mer avironnée
Et visité en chacune partie Jérusalem,
Égypte et Galilée,
Alixandre, Damas et la Syrie,
Babylone, Le Caire et Tartarie,
Et tous les ports qui y sont,
Les épices et sucres qui s’y font,
Les fins draps d’or et soye du pays,
Valent trop mieux ce que les Français ont :
Rien ne se peut comparer à Paris.

C’est la cité sur toutes couronnée,
Fontaine et puits de sens et de clergie
Sur le fleuve de Seine située :
Vignes, bois a, terres et praerie.
De tous les biens de cette mortel vie
À plus qu’autres cités n’ont ;
Tous étrangers l’aiment et aimeront,
Car, pour déduit et pour être jolis,
Jamais cité telle ne trouveront :
Rien ne se peut comparer à Paris.

Mais elle est bien mieux que ville fermée,
Et de châteaux de grande anceserie,
De gens d’honneur et de marchands peuplée,
De tous ouvriers d’armes, d’orfèvrerie ;
De tous les arts c’est la fleur, quoi qu’on die :
Tous ouvrages à droit font ;
Subtil engin, entendement profond
Verrez avoir aux habitants toudis,
Et loyauté aux œuvres qu’ils feront :
Rien ne se peut comparer à Paris.
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Poèmes

5

Ballade de Paris

Quand j’ai la terre et mer avironnée
Et visité en chacune partie Jérusalem,
Égypte et Galilée,
Alixandre, Damas et la Syrie,
Babylone, Le Caire et Tartarie,
Et tous les ports qui y sont,
Les épices et sucres qui s’y font,
Les fins draps d’or et soye du pays,
Valent trop mieux ce que les Français ont :
Rien ne se peut comparer à Paris.

C’est la cité sur toutes couronnée,
Fontaine et puits de sens et de clergie
Sur le fleuve de Seine située :
Vignes, bois a, terres et praerie.
De tous les biens de cette mortel vie
À plus qu’autres cités n’ont ;
Tous étrangers l’aiment et aimeront,
Car, pour déduit et pour être jolis,
Jamais cité telle ne trouveront :
Rien ne se peut comparer à Paris.

Mais elle est bien mieux que ville fermée,
Et de châteaux de grande anceserie,
De gens d’honneur et de marchands peuplée,
De tous ouvriers d’armes, d’orfèvrerie ;
De tous les arts c’est la fleur, quoi qu’on die :
Tous ouvrages à droit font ;
Subtil engin, entendement profond
Verrez avoir aux habitants toudis,
Et loyauté aux œuvres qu’ils feront :
Rien ne se peut comparer à Paris.

Ballade sur la mort de Du Guesclin

Estoc d’honneur et arbre de vaillance,
Cœur de lion épris de hardement,
La fleur des preux et la gloire de France,
Victorieux et hardi combattant,
Sage en vos faits et bien entreprenant,
Souverain homme de guerre,
Vainqueur de gens et conquéreur de terre,
Le plus vaillant qui jamais fût en vie,
Chacun pour vous doit noir vêtir et querre :
Pleurez, pleurez, fleur de chevalerie !

O Bretagne, pleure ton espérance !
Normandie, fais son enterrement,
Guyenne aussi, et Auvergne, or t’avance,
Et Languedoc, quier lui son monument !
Picardie, Champagne et Occident
Doivent pour pleurer acquerre
Tragédiens, Arethusa requerre
Qui en eaue fut par pleur convertie,
Afin qu’à tous de sa mort les cœurs serre.
Pleurez, pleurez, fleur de chevalerie !

Hé, gens d’armes, ayez en remembrance
Votre père, vous étiez ses enfants,
Le bon Bertrand, qui tant eut de puissance,
Qui vous aimait si amoureusement :
Guesclin priait : priez dévotement
Qu’il puist Paradis conquerre.
Qui deuil n’en fait et qui n’en prie, il erre,
Car du monde est la lumière faillie.
De tout honneur était la droite serre.
Pleurez, pleurez, fleur de chevalerie !

Souhaits du Jour de l’an

Bon an, bon jour et bonne étrenne
Ma dame, vous soit hui donnée
Au commencement de l’année,
Comme à m’amour très souveraine
Et la plus belle qui soit née.
Bon an, bon jour et bonne étrenne,
Ma dame, vous soit hui donnée.

De mon cœur et corps vous étrenne,
Tout vous doing à cette journée
Et pour être mieux étrennée
Bon an, bon jour et bonne étrenne,
Ma dame, vous soit hui donnée
Au commencement de l’année.

Virelai

Dame, je vous remerci
et graci
de cuer, de corps, de pensée,
de l’envoi qui tant m’agrée
que je di
qu’oncques plus beau don ne vi
faire à créature née,

plus plaisant ne plus joli,
ne qui si
m’’ait ma léesse doublée :
car du tout m’a assouvi
et ravi
en l’amoureuse contrée.

Je le porte avecques mi
com celui
qui m’a joie recouvrée,
et si m’a renouvelée
m’amour qui
-m’auroit par rapporz haï
et par fausse renommée.
Dame, je vous remerci.

Long temps a mon cuer gémi
et frémi
en douleur désespérée,

Virelai sur la tristesse du temps présent

Je ne vois ami n’amie
Ni personne qui bien die ;
Toute liesse défaut,
Tous cœurs ont pris par assaut
Tristesse et mélancolie.

Aujourd’hui n’est âme lie,
On ne chante n’esbanie,
Chacun cuide avoir défaut ;
Li uns a sur l’autre envie
Et médit par jonglerie,
Toute loyauté défaut ;

Honneur, amour, courtoisie,
Pitié, largesse est périe,
Mais convoitise est en haut
Qui fait de chacun versaut,
Dont joie est anéantie :
Je ne vois ami n’amie.

Trop règne dolente vie ;
Cet âge ne durra mie,
Car d’honneur à nul ne chaut ;

Connaissance est endormie,
Vaillance n’est à demie
Connue ni mise en haut.

Loyauté, sens, prud’homie
Ni bonté n’est remerie.
On lève ce qui ne vaut,
Et ainsi tout perdre faut,
Par non sens et par folie.
Je ne vois ami n’amie.

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