Jean-Baptiste Rousseau

Jean-Baptiste Rousseau

1670–1741 · a vécu 70 ans FR FR

n. 1670-04-06, Paris · m. 1741-03-17, Bruxelas

Ode tirée du Cantique d’Ézéchias pour une personne convalescente

J’ai vu mes tristes journées
Décliner vers leur penchant ;
Au midi de mes années
Je touchais à mon couchant :
La Mort, déployant ses ailes,
Couvrait d’ombres éternelles
La clarté dont je jouis ;
Et, dans cette nuit funeste,
Je cherchais en vain le reste
De mes jours évanouis.

Grand Dieu, votre main réclame
Les dons que j’en ai reçus ;
Elle vient couper la trame
Des jours qu’elle m’a tissus :
Mon dernier soleil se lève
Et votre souffle m’enlève
De la terre des vivants,
Comme la feuille séchée,
Qui, de sa tige arrachée,
Devient le jouet des vents…

Ainsi, de cris et d’alarmes,
Mon mal semblait se nourrir ;
Et mes yeux, noyés de larmes,
Étaient lassés de s’ouvrir.
Je disais à la nuit sombre :
Ô nuit, tu vas dans ton ombre
M’ensevelir pour toujours !
Je redisais à l’aurore :
Le jour que tu fais éclore
Est le dernier de mes jours !
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Poèmes

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Ode tirée du Cantique d’Ézéchias pour une personne convalescente

J’ai vu mes tristes journées
Décliner vers leur penchant ;
Au midi de mes années
Je touchais à mon couchant :
La Mort, déployant ses ailes,
Couvrait d’ombres éternelles
La clarté dont je jouis ;
Et, dans cette nuit funeste,
Je cherchais en vain le reste
De mes jours évanouis.

Grand Dieu, votre main réclame
Les dons que j’en ai reçus ;
Elle vient couper la trame
Des jours qu’elle m’a tissus :
Mon dernier soleil se lève
Et votre souffle m’enlève
De la terre des vivants,
Comme la feuille séchée,
Qui, de sa tige arrachée,
Devient le jouet des vents…

Ainsi, de cris et d’alarmes,
Mon mal semblait se nourrir ;
Et mes yeux, noyés de larmes,
Étaient lassés de s’ouvrir.
Je disais à la nuit sombre :
Ô nuit, tu vas dans ton ombre
M’ensevelir pour toujours !
Je redisais à l’aurore :
Le jour que tu fais éclore
Est le dernier de mes jours !

Stances

Que l’homme est bien, pendant sa vie
Un parfait miroir de douleurs !
Dès qu’il respire, il pleure, il crie
Et semble prévoir ses malheurs.

Dans l’enfance, toujours des pleurs.
Un pédant porteur de tristesse,
Des livres de toutes couleurs,
Des châtiments de toute espèce.

L’ardente et fougueuse jeunesse
Le met encore en pire état.
Des créanciers, une maîtresse
Le tourmentent comme un forçat.

Dans l’âge mûr, autre combat.
L’ambition le sollicite ;
Richesses, dignités, éclat,
Soins de famille, tout l’agite.

Vieux, on le méprise, on l’évite.
Mauvaise humeur, infirmité.
Toux, gravelle, goutte, pituite,
Assiègent sa caducité.

Pour comble de calamité,
Un directeur s’en rend le maître.
Il meurt enfin, peu regretté.
C’était bien la peine de naître !

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