O. V. de L. Milosz

O. V. de L. Milosz

1877–1939 · a vécu 61 ans LT LT

n. 1877-05-28, Čareja · m. 1939-03-02, Fontainebleau

Aux sons d’une musique…

Aux sons d’une musique endormie et molle

Comme le glouglou des marais de la lune,

Enfant au sang d’été, à la bouche de prune

Mûre;

Aux sons de miel de tes chevrotantes paroles

Ici, dans l’ombre humide et chaude du vieux mur

Que s’endorme la bête paresseuse Infortune.

Aux sons de ta chanson de harpe rouillée,

Tiède fille qui luis comme une pomme mouillée,

– (Ma tête est si lourde d’éternité vide,

Les mouches d’or font un bruit doux et stupide

Qui prennent tes grands yeux de vache pour des fenêtres),

Aux sons de ta dormante et rousse voix d’été

Fais que je rêve à ce qui aurait pu être

Et n’a pas été…
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Poèmes

7

Aux sons d’une musique…

Aux sons d’une musique endormie et molle

Comme le glouglou des marais de la lune,

Enfant au sang d’été, à la bouche de prune

Mûre;

Aux sons de miel de tes chevrotantes paroles

Ici, dans l’ombre humide et chaude du vieux mur

Que s’endorme la bête paresseuse Infortune.

Aux sons de ta chanson de harpe rouillée,

Tiède fille qui luis comme une pomme mouillée,

– (Ma tête est si lourde d’éternité vide,

Les mouches d’or font un bruit doux et stupide

Qui prennent tes grands yeux de vache pour des fenêtres),

Aux sons de ta dormante et rousse voix d’été

Fais que je rêve à ce qui aurait pu être

Et n’a pas été…

Cantique de la Connaissance (2 extraits)

L’enseignement de l’heure ensoleillée des nuits du Divin.

A ceux, qui, ayant demandé, ont reçu et savent déjà.

A ceux que la prière a conduits à la méditation sur l’origine du langage.

Les autres, les voleurs de douleur et de joie, de science et d’amour, n’entendront rien à ces choses.

Pour les entendre, il est nécessaire de connaître les objets désignés par certains mots essentiels

Tels que pain, sel, sang, soleil, terre, eau, lumière, ténèbres, ainsi que par tous les noms de métaux.

Car ces noms ne sont ni les frères, ni les fils, mais bien les pères des objets sensibles.

Avec ces objets et le prince de leur substance, ils ont été précipités du monde immobile des archétypes dans l’abîme de tourmente du temps.

L’esprit seul des choses a un nom. Leur substance est innomée.

Le pouvoir de nommer des objets sensibles absolument impénétrables à l’être spirituel

nous vient de la connaissance des archétypes qui, étant de la nature de notre esprit, sont comme lui situés dans la conscience de l’oeuf solaire.

Tout ce qui se décrit par le moyen des antiques métaphores existe en un lieu situé; de tous les lieux de l’infini le seul situé.

Ces métaphores que le langage aujourd’hui encore nous impose dès que nous interrogeons le mystère de notre esprit, sont des vestiges du langage pur des temps de fidélité et de connaissance.

Les poètes de Dieu voyaient le monde des archétypes et le décrivaient pieusement par le moyen des termes précis et lumineux du langage de la connaissance.

Le déclin de la foi se manifeste dans le monde de la science et de l’art par un obscurcissement du langage.

Les poètes de la nature chantent la beauté imparfaite du monde sensible selon l’ancien mode sacré.

Toutefois, frappés de la discordance secrète entre le mode

d’expression et le sujet,

et impuissants à s’élever jusqu’au lieu seul situé, j’entends

Pathmos, terre de la vision des archétypes,

ils ont imaginé, dans la nuit de leur ignorance, un monde

intermédiaire, flottant et stérile, le monde des symboles…
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗
… L’esprit et le corps luttent quarante ans: c’est là le fameux âge critique dont parle leur pauvre science, la femme stérile.
Le mal a-t-il ouvert une porte dans ton visage? le messager de paix, Melchisedech entrera par cette porte et elle se refermera sur lui et sur son beau manteau de larmes. Mais répète après moi: Pater noster.
Vois-tu, le Père des Anciens, de ceux qui parlaient le langage pur, a joué avec moi comme un père avec son enfant. Nous, nous seuls, qui sommes ses petits enfants nous connaissons ce jeu sacré, cette danse sainte, ce flottement heureux entre la pire obscurité et la meilleure lumière.
∗ ∗ ∗ ∗ ∗ ∗

Il faut se prosterner plein de doutes, et prier. Je me plaignais de ne le point connaître; une pierre où il était tout entier m’est descendue dans la main et j’ai reçu au même instant la couronne de lumière.

Et regarde-moi! environné d’embûches je ne redoute plus rien.

Des ténèbres de la conception à celles de la mort, un fil de catacombes court entre mes doigts dans la vie obscure.

Et pourtant, qu’étais-je! Un ver de cloaque, aveugle et gras, à queue aiguë, voilà ce que j’étais. Un homme créé par Dieu et révolté contre son créateur.

“Quelles qu’en soient l’excellence et la beauté, aucun avenir n’égalera jamais en perfection le non-être.” Telle était ma certitude unique, telle était ma pensée secrète: une pauvre, pauvre pensée de femme stérile.

Comme tous les poètes de la nature, j’étais plongé dans une profonde ignorance. Car je croyais aimer les belles fleurs, les beaux lointains et même les beaux visages pour leur seule beauté.

J’interrogeais les yeux et le visage des aveugles: comme tous

les courtisans de la sensualité, j’étais menacé de cécité physique. Ceci est encore un enseignement de l’heure ensoleillée des nuits du Divin.

Jusqu’au jour où, m’apercevant que j’étais arrêté devant un miroir, je regardai derrière moi. La source des lumières et des formes était là, le monde des profonds, sages, chastes archétypes.

Alors cette femme qui était en moi mourut. Je lui donnai pour tombeau tout son royaume, la nature. Je l’ensevelis au plus secret du jardin décevant, là où le regard de la lune, de la prometteuse éternelle se divise dans le feuillage et descend sur les endormies par les mille degrés de la suavité.

C’est ainsi que j’appris que le corps de l’homme renferme dans ses profondeurs un remède à tous les maux et que la connaissance de l’or est aussi celle de la lumière et du sang.

O Unique! ne m’ôte pas le souvenir de ces souffrances, le jour où tu me laveras de mon mal et aussi de mon bien et me feras habiller de soleil par les tiens, par les souriants. Amen

Cantique du printemps

Le printemps est revenu de ses lointains voyages,
Il nous apporte la paix du coeur.
Lève-toi, chère tête! Regarde, beau visage!
La montagne est une île au milieu des vapeurs : elle a repris
: [sa riante couleur.
O jeunesse! ô viorne de la maison penchée!
O saison de la guépe prodigue!
La vierge folle de l’été
Chante dans la chaleur.
Tout est confiance, charme, repos.
Que le monde est beau, bien-aimée, que le monde est beau!
Un grave et pur nuage est venu d’un royaume obscur.
Un silence d’amour est tombé sur l’or de midi.
L’ortie ensommeillée courbe sa tête mire
Sous sa belle couronne de reine de Judée.
Entends-tu? Voici l’ondée.
Elle vient... elle est tombée.
Tout le royaume de l’amour sent la fleur d’eau.
La jeune abeille,
Fille du soleil,
Vole a la découverte dans le mystére du verger;
J’entends béler les troupeaux ;
L’écho répond au berger.
Que le monde est beau, bien-aimée, que le monde est beau!
Nous suivrons la musette aux lieux abandonnés.
La-bas, dans l’ombre du nuage, au pied de la tour,
Le romarin conseille de dormir ; et rien n’est beau
Comme l’enfant de la brebis couleur de jour.
Le tendre instant nous fait signe de la colline voilée.
Levez-vous, amour fier, appuyez-vous sur mon épaule ;
J’écarterai la chevelure du saule,
Nous regarderons dans la vallée.
La fleur se penche, l’arbre frissonne ; ils sont ivres d’odeur.
Déja, déja le blé
Lève en silence, comme dans les songes des dormeurs.
Et la ville, elle aussi, est belle dans le bleu du temps ; les tours
Sont comme des femmes qui, de loin,
Regardent venir leur amour.
Amour puissant, ma grande sœur,
Courons ou nous appelle loiseau caché des jardins.
Que le monde est beau, bien-aimée, que le monde est beau!
Viens, suis-moi! je connais les confins de la solitude,
La femme des ruines m’appelle de la fenêtre haute :
Vois comme sa chevelure de fleurs folles et de vent
S’est répandue sur le chéneau croulant.
Et j’entends le bourdon strié,
Vieux sonneur des jours innocents.
Le temps est venu pour nous, folle tête,
De nous parer des baies qui respirent dans l’ombre.
Le loriot chante dans l’allée la plus secrète.
Il nous attend dans la rosée de la solitude.
O beau visage sombre, long et doux,
Lampe de minuit de juillet
Allumée au profond du tulipier en fleur!
Je te regarde : toute mon Ame est noyée
Dans tes pleurs :
Viens, mon amour, viens, mon juillet,
Viens, ô ma nuit!
Ne me crains pas : mon coeur est la coupe de pluie
Offerte par l’orage à l’oiseau migrateur!
Il y a sur ta tempe une veine au cours calme,
Ensommeillée.
C’est ma couleuvre du foyer,
Nourrie de pain et de miel blanc de l’autre année.
Il y a dans tes yeux le secret de la nuit,
Le charme de l’eau. Comme dans la nuit, comme dans l’eau.

Chant de la lointaine

... Je serai, dans ton coeur, l’été sans fin des iles
Du Sud, un paysage vierge ou tes accords
Connaitront la beauté de se sentir dociles
Au rythme élyséen des lignes de mon corps ;

Je serai le sanglot de la bonne fontaine
Ow toute soif d’amour boit les couleurs du soir,
Et tu t’étonneras de trouver la Lointaine
A la première étape, en ton chemin d’espoir!

Je serai ta Forêt, tes Nuages, ta Plaine,
Tout ce qui sourira de te revoir si grand,
Car la mort des printemps fit douce mon haleine,
Dernier effort de brise en un jardin dormant ;

Je quitterai pour toi le vitrail du soleil
Et tu me trouveras assise sur ta couche
La rose du silence au coin de cette bouche
Et dans ces mains de miel la coupe du sommeil.

A ton recueillement je serai solitude,
A ton labeur, silence ; et je t’enseignerai
A facgonner tes vers selon les attitudes
Des cygnes riverains, anges des cieux sombrés.

Je serai l’heure franche où tintent les matines,
L’odeur de l’ombre et de la terre quand il pleut,
La voix des moissonneurs derrière les collines,
Toute la joie immense en pleurs de l’été bleu ;

Et je serai la nuit! ma robe est la poussière
Des noctuelles d’or sous la lune moirée ; —
Le battement muet et lent de mes paupières
Est un essaim dormant de mirtils des forêts.

Pour plaire à tes bonheurs, j’apparaitrai sereine
Comme un nuage heureux suspendu dans l’éther,
Mais parfois triste aussi, pour séduire tes peines,
Comme un adieu d’enfant a de candides mers.

Avec un peu d’eau vive et de vent et de sable
Je saurai recréer tes visions d’enfant ;
Avec quelques brins d’herbe une forêt de fable
Pour y bercer ton cœur orphelin du vieux temps.

Je sais des lieux dormants, mystérieux, semblables
Aux paysages purs qui rêvent dans le cœur.
Un charme ténébreux, tendre, indéfinissable
Y chuchote mon nom dans les arbres pleureurs.

Je me couvrirai d’un manteau de somnolence
Semé de fleurs comme une nuit de la Saint-Jean,
Et la mousse, l’écho, la lune, le silence
Reconnaitront en moi la sœur du confident.
Heureux de pouvoir comparer ta Foi nouvelle
A Valoés qu’enfante un siècle de torpeurs,
Tu t’agenouilleras, et ma chair sera belle
De la couleur de l’ombre et de la mort des fleurs!

Puis, trouvant à ma bouche un godt de fruit sauvage
Tu béniras ma vie et tu me souriras
Comme un enfant rêveur sourit à son mirage
Dans une eau calme, a l’heure où le soleil est bas.

Tu dénoueras, dans le midi, ma chevelure
Ow se débattront des papillons aveuglés,
Et tu diras :« Voici l’été ; la terre est mire ;
La moire des vents lourds se couche sur les blés ;

La vapeur d’or d’un grand sommeil doucement flotte
Sur la plaine ; le jour défaille de douceur ;
Je ris, et l’on dirait que mon rire sanglote
Dans la mélancolie immense du bonheur.

Confidente de ’ombre et des saules bruissants,
J’ai peur de tes chansons qui s’achèvent en thrénes
Je sens souffrir ma vie au profond de tes veines,
Ton cher reflet sommeille au secret de mon sang.»

Et tu diras encor :« J’aime ta bouche agreste,
Les sources de ton rire et le goat de ton coeur.
Vois! le ciel semble avoir pâli de notre inceste ;
Ton nom d’amante est beau ; dis-moi ton nom de sœur. »

— Je rirai doucement de te voir pris au piège
De ma tendresse et de mon charme, et je dirai :
« L’amour est pur comme un parfum de perce-neige
Au mois du renouveau, dans l’antique forêt.

L’amour, cher ciel bleu-gris fait d’Ames apaisées,
Voix du pardon nocturne au jardin repentant
Ow Pinsomnie heureuse enfante les rosées,
L’amour, tout ce qu’on pleure et tout ce qu’on attend! »
— Comme elle sonne loin, dans les feuilles trop mares,
L’automnale chanson prometteuse d’étés!
J’ai vu s’éteindre, au jardin fou des chevelures,
Les juillets de mon Ame aux midis exaltés.

Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute,
La tristesse du jour comme !’ennui du soir.

Je me suis embarqué, sur le fleuve des Ames,
Pour le royaume des orgueils découronnés,
Et mon indifférence abandonne les rames
A Vonde léthéenne oi je me reconnais ;

Et mon cœur est la cloche où s’exaspére et clame
Sous le batail géant un sinistre péan,
Et le néant de tout se couche sur mon Ame
Comme sur les noyés le poids de l’océan:

Dans un pays d’enfance...

Dans un pays d’enfance retrouvée en larmes,
Dans une ville de battements de cœur morts,
(De battement d’essor tout un berceur vacarme,
De -battements d’ailes des oiseaux de la mort,
De clapotis d’ailes noires sur l’eau de mort.)
Dans un passé hors du temps, malade de charme,
Les chers yeux de deuil de l’amour brilent encore
D’un doux feu de minéral roux, d’un triste charme ;
Dans un pays d’enfance retrouvée en larmes...
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Pourquoi m’as-tu souri dans la vieille lumière
Et pourquoi, et comment m’avez-vous reconnu
Étrange fille aux archangéliques paupières,
Aux riantes, bleuies, soupirantes paupières,
Lierre de nuit d’été sur la lune des pierres ;
Et pourquoi et comment, n’ayant jamais connu
Ni mon visage, ni mon deuil, ni la misére
Des jours, m’as-tu si soudainement reconnu
Tiède, musicale, brumeuse, pâle, chère,
Pour qui mourir dans la nuit grande de tes paupières ?
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.
Quels mots, quelles musiques terriblement vieilles
Frissonnent en moi de ta présence irréelle,
Sombre colombe des jours loin, tiède, belle,
Quelles musiques en écho dans le sommeil ?
Sous quels feuillages de solitude trés vieille,
Dans quel silence, quelle mélodie ou quelle
Voix d’enfant malade vous retrouver, ô belle,
O chaste, ô musique entendue dans le sommeil ?
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

La berline arrêtée dans la nuit

En attendant les clefs
— Il les cherche sans doute
Parmi les vêtements
De Thècle morte il y a trente ans —
Écoutez; Madame, écoutez le vieux, le sourd murmure
Nocturne de l’allée…
Si petite et si faible, deux fois enveloppée dans mon manteau
Je te porterai à travers les ronces et l’ortie des ruines jusqu’à la

Du château.
C’est ainsi que l’aïeul, jadis, revint
De Vercelli avec la morte.
Quelle maison muette et méfiante et noire
Pour mon enfant!
Vous le savez déjà, Madame, c’est une triste histoire.
Ils dorment dispersés dans les pays lointains.
Depuis cent ans
Leur place les attend
Au cœur de la colline.
Avec moi leur race s’éteint.
Ô Dame de ces ruines!
Nous allons voir la belle chambre de l’enfance : là,
La profondeur surnaturelle du silence
Est la voix des portraits obscurs.
Ramassé sur ma couche, la nuit,
J’entendais comme au creux d’une armure,
Dans le bruit du dégel derrière le mur,
Battre leur cœur.
Pour mon enfant peureux quelle patrie sauvage !
La lanterne s’éteint, la lune s’est voilée,
L’effraie appelle ses filles dans le bocage.
En attendant les clefs
Dormez un peu, Madame. — Dors, mon pauvre enfant, dors
Tout pâle, la tête sur mon épaule.
Tu verras comme l’anxieuse forêt
Est belle dans ses insomnies de juin, parée
De fleurs, ô mon enfant, comme la fille préférée
De la reine folle.
Enveloppez-vous dans mon manteau de voyage :
La grande neige d’automne fond sur votre visage
Et vous avez sommeil.
(Dans le rayon de la lanterne elle tourne, tourne avec le vent
Comme dans mes songes d’enfant
La vieille, — vous savez, — la vieille.)
Non, Madame, je n’entends rien.
Il est fort âgé,
Sa tête est dérangée.
Je gage qu’il est allé boire.
Pour mon enfant craintive une maison si noire!
Tout au fond, tout au fond du pays lithuanien.
Non, Madame, je n’entends rien.
Maison noire, noire.
Serrures rouillées,
Sarment mort,
Portes verrouillées,
Volets clos,
Feuilles sur feuilles depuis cent ans dans les allées.
Tous les serviteurs sont morts.
Moi, j’ai perdu la mémoire.
Pour l’enfant confiant une maison si noire!
Je ne me souviens plus que de l’orangerie
Du trisaïeul et du théâtre :
Les petits du hibou y mangeaient dans ma main.
La lune regardait à travers le jasmin.
C’était jadis.
J’entends un pas au fond de l’allée,
Ombre. Voici Witold avec les clefs.

Quand elle viendra…

Quand elle viendra – fera-t-il gris ou vert dans ses yeux,

Vert ou gris dans le fleuve?

L’heure sera nouvelle dans cet avenir si vieux,

Nouvelle, mais si peu neuve…

Vieilles heures où l’on a tout dit, tout vu, tout rêvé!

Je vous plains si vous le savez…

Il y aura de l’aujourd’hui et des bruits de la ville
Tout comme aujourd’hui et toujours – dures épreuves! –
Et des odeurs, – selon la saison – de septembre ou d’avril
Et du ciel faux et des nuages dans le fleuve;

Et des mots – selon le moment – gais ou sanglotants
Sous des cieux qui se réjouissent ou qui pleuvent,
Car nous aurons vécu et simulé, ah! tant et tant,
Quand elle viendra avec ses yeux de pluie sur le fleuve.

Il y aura (voix de l’ennui, rire de l’impuissance)
Le vieux, le stérile, le sec moment présent,
Pulsation d’une éternité soeur du silence;
Le moment présent, tout comme à présent.

Hier, il y a dix ans, aujourd’hui, dans un mois,
Horribles mots, pensées mortes, mais qu’importe.
Bois, dors, meurs, – il faut bien qu’on se sauve de soi
De telle ou d’autre sorte…

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