Paul-Jean Toulet

Paul-Jean Toulet

1867–1920 · a vécu 53 ans FR FR

n. 1867-06-05, Pau · m. 1920-09-06, Guéthary

C’était sur un chemin crayeux

C’était sur un chemin crayeux
Trois châtes de Provence
Qui s’en allaient d’un pas qui danse
Le soleil dans les yeux.

Une enseigne, – au bord de la route,
— Azur et jaune d’œuf –,
Annonçait : Vin de Châteauneuf,
Tonnelles, Casse-croûte.

Et, tandis que les suit trois fois
Leur ombre violette,
Noir pastou, sous la gloriette,
Toi, tu t’en fous : tu bois…

C’était trois châtes de Provence,
Des oliviers poudreux,
Et le mistral brûlant aux yeux
Dans un azur immense.
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Poèmes

16

La Cigale

Quand nous fûmes hors des chemins
Où la poussière est rose,
Aline, qui riait sans cause
En me touchant les mains ; –

L’Écho du bois riait. La terre
Sonna creux au talon.
Aline se tut : le vallon
Était plein de mystère…

Mais toi, sans lymphe ni sommeil,
Cigale en haut posée,
Tu jetais, ivre de rosée,
Ton cri triste et vermeil.

Nocturne

O mer, toi que je sens frémir
À travers la nuit creuse,
Comme le sein d’une amoureuse
Qui ne peut pas dormir ;
Le vent lourd frappe la falaise…
Quoi ! si le chant moqueur
D’une sirène est dans mon cœur
— O cœur, divin malaise.
Quoi, plus de larmes, ni d’avoir
Personne qui vous plaigne…
Tout bas, comme d’un flanc qui saigne,
Il s’est mis à pleuvoir.

Princes de la Chine

Les trois princes Pou, Lou et You,
Ornement de la Chine,
Voyagent. Deux vont à machine,
Mais You, c’est en youyou.

Il va voir l’Alboche au crin jaune
Qui lui dit : « I love you. »
— Elle est Française ! assure You.
Mais non, royal béjaune.

Si tu savais ce que c’est, You,
Qu’une Française, et tendre ;
Douce à la main, douce à l’entendre :
Du feu… comme un caillou.

b. Mgr Pou n’aime ici−bas
Que le sçavoir antique,
Ses aïeux, et la politique
Du Journal des Débats.

Elle qui naquit sous le feutre
Des chevaliers mandchoux,
Sa femme a le cœur dans les choux :
Dieu punisse le neutre !

Mgr Pou, mauvais époux,
Tu cogites sans cesse.
Pas tant de g. pour la Princesse :
Fais−lui des petits Pous.

c. Sous les pampres de pourpre et d’or,
Dans l’ombre parfumée,
Ivre de songe et de fumée,
Le prince Lou s’endort.

Tandis que l’opium efface
Badoure à son côté,
Il rêve à la jeune beauté
Qui brilla sur sa face.

Ainsi se meurt, d’un beau semblant,
Lou, l’ivoire à la bouche.
Badoure en crispant sa babouche
Pense à son deuil en blanc.

XIV
Le coucou chante au bois qui dort.
L’aurore est rouge encore,
Et le vieux paon qu’Iris décore
Jette au loin son cri d’or.

Les colombes de ma cousine
Pleurent comme une enfant.
Le dindon roue en s’esclaffant :
Il court à la cuisine.

XV
En souvenir des grandes Indes,
Harmonieux décor,
La Rafette nourrit d’accord
Un paon et quatre dindes.

Et l’on croirait — tous ces échos
Gloussants, l’autre qui grince —
D’un préfet d’or, dans sa province,
Borné de radicaux.

XVI
Trottoir de l’Élysé’−Palace
Dans la nuit en velours
Où nos cœurs nous semblaient si lourds
Et notre chair si lasse ;

Dôme d’étoiles, noble toit,
Sur nos âmes brisées,
Taxautos des Champs−Élysées,
Soyez témoins ; et toi,

Sous−sol dont les vapeurs vineuses
Encensaient nos adieux —
Tandis que lui perlaient aux yeux
Ses larmes vénéneuses.

XVII
D’un noir éclair mêlés, il semble
Que l’on n’est plus qu’un seul.
Soudain, dans le même linceul,
On se voit deux ensemble.

Près des flots aux chantants adieux
Dinard tient sa boutique…
Ne pleure pas : d’être identique,

Princes de la Chine

— Sous les pampres de pourpre et d’or,
Dans l’ombre parfumée,
Ivre de songe et de fumée,
Le Prince Lou s’endort.

Tandis que l’opium efface
Badoure à son côté,
Il rêve à la jeune beauté
Qui brilla sur sa face.

Ainsi se meurt, d’un beau semblant,
Lou, l’ivoire à la bouche.
Badoure en crispant sa babouche
Pense à son deuil en blanc.

Puisque tes jours ne t’ont laissé

Puisque tes jours ne t’ont laissé
Qu’un peu de cendre dans la bouche,
Avant qu’on ne tende la couche
Où ton cœur dorme, enfin glacé,
Retourne, comme au temps passé,
Cueillir, près de la dune instable,
Le lys qu’y courbe un souffle amer, –
Et grave ces mots sur le sable :
Le rêve de l’homme est semblable
Aux illusions de la mer.

Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver

Toi qu’empourprait l’âtre d’hiver
Comme une rouge nue
Où déjà te dessinait nue
L’arôme de ta chair;

Ni vous, dont l’image ancienne
Captive encor mon cœur,
Île voilée, ombres en fleurs,
Nuit océanienne ;

Non plus ton parfum, violier
Sous la main qui t’’arrose,
Ne valent la brûlante rose
Que midi fait plier.

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