Pernette du Guillet

Pernette du Guillet

1520–1545 · a vécu 25 ans FR FR

n. 1520, Lyon · m. 1545-07-17, Lyon

À un sot rimeur, qui trop l’importunait d’aimer

Tu te plains que plus ne rimasse,
Bien qu’un temps fut que plus aimasse
À étendre vers rimassés
Que d’avoir biens sans rime assez :
Mais je vois que qui trop rimoye
Sur ses vieux jours enfin larmoye.
Car qui s’amuse à rimacher
À la fin n’a rien à mâcher.
Et pour ce, donc, rime, rimache,
Rimonne tant et rime hache
Qu’avecques toute ta rimaille
N’aies, dont tu sois marri, maille,
Et tu verras qu’à ta rimasse
Comme moi feras la grimace,
Maudissant et blâmant la rime,
Et le rimasseur qui la rime,
Et le premier qui rimonna
Pour le grand bien qu’en rime on a.
Et tu veux qu’à rimaillerie
Celui qui n’aura maille rie ?
Je te quitte, maître rimeur,
Et qui plus a en sa rime heur,
En rime lauds, en rime honneurs,
Ensemble tous tels rimonneurs.
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Poèmes

6

À un sot rimeur, qui trop l’importunait d’aimer

Tu te plains que plus ne rimasse,
Bien qu’un temps fut que plus aimasse
À étendre vers rimassés
Que d’avoir biens sans rime assez :
Mais je vois que qui trop rimoye
Sur ses vieux jours enfin larmoye.
Car qui s’amuse à rimacher
À la fin n’a rien à mâcher.
Et pour ce, donc, rime, rimache,
Rimonne tant et rime hache
Qu’avecques toute ta rimaille
N’aies, dont tu sois marri, maille,
Et tu verras qu’à ta rimasse
Comme moi feras la grimace,
Maudissant et blâmant la rime,
Et le rimasseur qui la rime,
Et le premier qui rimonna
Pour le grand bien qu’en rime on a.
Et tu veux qu’à rimaillerie
Celui qui n’aura maille rie ?
Je te quitte, maître rimeur,
Et qui plus a en sa rime heur,
En rime lauds, en rime honneurs,
Ensemble tous tels rimonneurs.

C’est un grand mal se sentir offensé

C’est un grand mal se sentir offensé
Et ne s’oser ou savoir à qui plaindre ;
C’est un grand mal, voire trop insensé
Que d’aspirer où l’on ne peut atteindre,
C’est un grand mal que de son cœur contraindre,
Outre son gré et sa sujétion ;
C’est un grand mal qu’ardente affection
Sans espérer de son mal allégeance ;
Mais c’est grand bien quand, à sa passion,
Un doux languir sert d’honnête vengeance.

Il n’est besoin que plus je me soucie

Il n’est besoin que plus je me soucie
Si le jour faut ou que vienne la nuit,
Nuit hivernale et sans lune obscurcie ;
Car tout cela, certes, rien ne me nuit,
Puisque mon Jour par clarté adoucie
M’éclaire toute, et tant, qu’à la minuit
En mon esprit me fait apercevoir
Ce que mes yeux ne surent oncques voir.

Je suis la Journee

Je suis la Journee,
Vous, Amy, le Jour,
Qui m’a destournée
Du fascheux séjour.
D’aymer la Nuict certes je ne veulx point,
Pource qu’à vice elle vient toute appoint :
Mais à vous toute estre
Certes je veulx bien,
Pource qu’en vostre estre
Ne gist que tout bien.
Là où en ténèbres
On ne peult rien veoir
Que choses funèbres,
Qui font peur avoir,
On peult de nuict encor se resjouyr
De leurs amours faisant amantz jouyr :
Mais la jouyssance
De folle pitié
N’a point de puissance
Sur nostre amytié,
Veu qu’elle est fondée
En prospérité
Sur Vertu sondée
De toute équité.
La nuict ne peult un meurtre déclarer,
Comme le jour, qui vient à esclairer
Ce que la nuict cache,
Faisant mille maulx,
Et ne veult qu’on sache
Ses tours fins, et caultz.
La nuict la paresse
Nourrit, qui tant nuit :
Et le jour nous dresse
Au travail, qui duit.
O heureux jour, bien te doit estimer
Celle qu’ainsi as voulu allumer,
Prenant tousjours cure
Reduire à clarté
Ceulx que nuict obscure
Avoit escarté !
Ainsi esclairee
De si heureux jour,
Seray asseuree
De plaisant séjour.

Ô vraye amour, dont je suis prise

Ô vraye amour, dont je suis prise,
Comment m’as tu si bien apprise,
Que de mon Jour tant me contente,
Que je n’en espère autre attente,
Que celle de ce doulx amer,
Pour me guérir du mal d’aymer?

Du bien j’ay eu la jouyssance,
Dont il m’a donné congnoissance
Pour m’asseurer de l’amytié,
De laquelle il tient la moytié :
Doncques est il plus doulx, qu’amer,
Pour me guérir du mal d’aymer.

Helas, amy, en ton absence
Je ne puis avoir asseurance
Que celle dont — pour son plaisir —
Amour cault me vient dessaisir
Pour me surprendre, et désarmer :
Gueris moy donc du mal d’aymer!

Pour contenter celui qui me tourmente

Pour contenter celui qui me tourmente,
Chercher ne veux remède à mon tourment :
Car en mon mal voyant qu’il se contente
Contente suis de son contentement.
. . . . . .

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