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L’Olive
Joachim Du Bellay
1549
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L’Olive

1549

Contre les poètes envieux

. . . . . .
Volez, bienheureux oiseaux,
Messagers de la victoire
Sur les eternelles eaux
Des filles de la Memoire.
Je voy venir la gent noire.
Mile corbeaux envieux,
Qui du bord oblivieux
Et des chaulx rivages Mores
Icy revolans encores,
Troublent d’un son eclattant
Les nouveaux Cignes, qui ores
Par la France vont chantant.
. . . . . .

D’où vient ce plumage blanc,
Qui ma forme premiere emble ?
Desja l’un et l’autre flanc
Dessous une aele me tremble.
Nouveau Cigne, ce me semble,
Je remply l’air de mes criz.
Mes aeles sont mes ecriz,
Et je porte par le monde
La memoire vagabonde
De mon Prince non pareil,
Des l’Aurore jusq’à l’onde
Où se baigne le Soleil.

Déjà la nuit en son parc amassait

Déjà la nuit en son parc amassait
Un grand troupeau d’étoiles vagabondes,
Et, pour entrer aux cavernes profondes,
Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ;

Déjà le ciel aux Indes rougissait,
Et l’aube encor de ses tresses tant blondes
Faisant grêler mille perlettes rondes,
De ses trésors les prés enrichissait :

Quand d’occident, comme une étoile vive,
Je vis sortir dessus ta verte rive,
O fleuve mien ! une nymphe en riant.

Alors, voyant cette nouvelle Aurore,
Le jour honteux d’un double teint colore
Et l’Angevin et l’Indique orient.

J’ay veu, Amour, (et tes beaulx traictz dorez

J’ay veu, Amour, (et tes beaulx traictz dorez
M’en soient tesmoings), suyvant ma souvereine,
Naistre les fleurs de l’infertile arene
Apres ses pas dignes d’estre adorez :

Phebus honteux ses cheveulx honorez
Cacher, alors que les vents par la plaine
Eparpilloient de leur souëfve halaine
Ceulx là qui sont de fin or colorez :

Puis s’en voler de chascun œil d’icelle
Jusques au ciel une vive etincelle,
Dont furent faictz deux astres clers et beaux,

Favorisans d’influences heureuses
(O feux divins ! o bienheureux flambeaulx !)
Tous cœurs bruslans aux flammes amoureuses.

Le fort sommeil, que celeste on doibt croyre

Le fort sommeil, que celeste on doibt croyre,
Plus doulx que miel, couloit aux yeulx lassez,
Lors que d’amour les plaisirs amassez
Entrent en moy par la porte d’ivoyre.

J’avoy’ lié ce col de marbre, voyre
Ce sein d’albastre, en mes bras enlassez,
Non moins qu’on void les ormes embrassez
Du sep lascif, au fecond bord de Loyre.

Amour avoit en mes lasses mouëlles
Dardé le traict de ses flammes cruelles,
Et l’ame erroit par ces levres de roses,

Preste d’aller au fleuve oblivieux,
Quand le reveil, de mon ayse envieux,
Du doulx sommeil a les portes decloses.

Seul et pensif par la deserte plaine

Seul et pensif par la deserte plaine
Resvant au bien qui me faict doloreux,
Les longs baisers des collombs amoureux
Par leur plaisir firent croître ma peine.

Heureux oiseaux, que vostre vie est pleine
De grand’ doulceur ! ô baisers savoureux !
O moy deux fois et trois fois malheureux,
Qui n’ay plaisir que d’esperance vaine !

Voyant encor’ sur les bords de mon fleuve
Du sep lascif les longs embrassements,
De mes vieulx maulx je fy’ nouvelle épreuve.

Suis-je donq’ veuf de mes sacrez rameaux ?
O vigne heureuse ! heureux enlacements !
O bord heureux ! o bien heureux ormeaux !

Si notre vie est moins qu’une journée

Si notre vie est moins qu’une journée
En l’éternel, si l’an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si périssable est toute chose née,

Que songes-tu mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,
Si pour voler en un plus clair séjour,
Tu as au dos l’aile bien empennée ?

Là est le bien que tout esprit désire,
Là, le repos où tout le monde aspire,
Là est l’amour, là, le plaisir encore.

Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,
Tu y pourras reconnaitre l’Idée
De la beauté, qu’en ce monde j’adore.
❦ L’Olive · Joachim Du Bellay · 1549
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