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Recueil de poésie
Joachim Du Bellay
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Recueil de poésie

Du retour du printemps

De l’hyver la triste froydure
Va sa rigueur adoucissant,
Et des eaux l’ecorce tant dure
Au doulx zephire amolissant.
Les oyzeaux par les boys
Ouvrent à cete foys
Leurs gosiers etreciz,
Et plus soubz durs glassons
Ne sentent les poissons
Leurs manoirs racourciz.

La froide humeur des montz chenuz
Enfle deja le cours des fleuves,
Deja les cheveux sont venuz
Aux forestz si longuement veufves.
La terre au ciel riant
Va son teint variant
De mainte couleur vive :
Le ciel (pour luy complaire)
Orne sa face claire
De grand’ beauté nayve.

Venus ose ja sur la brune
Mener danses gayes et cointes
Aux pasles rayons de la lune,
Ses Grâces aux Nymphes bien jointes.
Maint Satyre outraigeux,
Par les boys umbraigeux,
Ou du haut d’un rocher,
(Quoy que tout brusle et arde)
Etonné les regarde,
Et n’en ose approcher.
. . . . . .

Les louanges d’amour

Le cler ruysselet courant,
Murmurant
Auprès de l’hospitale umbre
Plaist à ceux qui sont lassez,
Et pressez
De chault, de soif et d’encombre.
. . . . . .

Ces eaux cleres et bruyantes,
Eaux fuyantes
D’un cours assez doulx et lent,
Donneront quelque froideur
A l’ardeur
De mon feu trop violent.
. . . . . .

Le Roy, le Pere des Dieux
Tient les cieux
Dessoubz son obeïssance,
Neptune la mer tempere,
Et son frere
Sur les enfers a puissance.

Mais ce petit Dieu d’aymer,
Ciel et mer,
Et le plus bas de la terre,
D’un sceptre victorieux,
Glorieux,
Soulz son pouvoir tient et serre.
. . . . . .

Par luy tout genre d’oyzeaux
Sur les eaux
Et par les boys s’entretient.
Tout animal de servaige
Et sauvaige
De luy son essence tient.

Par ce petit Dieu puissant,
Delaissant
Le doulx gyron de la mere,
La vierge femme se treuve,
Et fait preuve
De la flamme doulceamere.

Que me chaut si on le blasme,
Et sa flamme ?
Amour ne scait abuser :
Et ceux qui mal en recoyvent,
Ne le doyvent,
Mais eux mesmes, accuser.

Amour est tout bon et beau,
Son flambeau
N’enflamme les vicieux :
Juste est et de simple foy,
C’est pourquoy
Il est tout nu & sans yeux.
. . . . . .

La jeunesse (helas) nous fuyt,
Et la suyt
Le froid aage languissant :
Adonques sont inutiles
Les scintiles
Du feu d’Amour périssant.

Prosphonematique au roi très chrétien henri ii

. . . . . .
Seine dormoit au plus creux de ses ondes,
Mais te sentant de sa rive approcher,
A mis dehors ses belles tresses blondes,
Et s’est assise au coupeau d’un rocher.
Ses filles lors, qui à my-corps y nouent,
Diversement à l’entour d’elle jouent.

Marne peignoit ses beaux cheveux liquides,
Qui luy armoint et l’un et l’autre flanc :
Oyze au soleil seichoit les siens humides,
Les separant sur son col net & blanc :
Et de ces jongz, Yonne, que tu portes,
Tu en tissois chapeaux de mile sortes.
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