Poèmes de ce thème
Relations et famille
Alphonse de Lamartine
Chant d’amour
. . . . . .
Aux bords d’un lac d’azur il est une colline
Dont le front verdoyant légèrement s’incline
Pour contempler les eaux ;
Le regard du soleil tout le jour la caresse,
Et l’haleine de l’onde y fait flotter sans cesse
Les ombres des rameaux.
Entourant de ses plis deux chênes qu’elle embrasse,
Une vigne sauvage à leurs rameaux s’enlace,
Et, couronnant leurs fronts,
De sa pâle verdure éclaircit leur feuillage,
Puis sur des champs coupés de lumière et d’ombrage
Court en riants festons.
Là, dans les flancs creusés d’un rocher qui surplombe
S’ouvre une grotte obscure, un nid où la colombe
Aime à gémir d’amour ;
La vigne, le figuier, la voilent, la tapissent ;
Et les rayons du ciel, qui lentement s’y glissent,
Y mesurent le jour.
La nuit et la fraîcheur de ces ombres discrètes
Conservent plus longtemps aux pâles violettes
Leurs timides couleurs ;
Une source plaintive en habite la voûte,
Et semble sur vos fronts distiller goutte à goutte
Des accords et des pleurs.
Le regard, à travers ce rideau de verdure,
Ne voit rien que le ciel et l’onde qu’il azure,
Et sur le sein des eaux
Les voiles du pêcheur, qui, couvrant sa nacelle,
Fendent ce ciel limpide, et battent comme l’aile
Des rapides oiseaux.
L’oreille n’entend rien qu’une vague plaintive
Qui, comme un long baiser, murmure sur sa rive,
Ou la voix des Zéphyrs,
Ou les sons cadencés que gémit Philomèle,
Ou l’écho du rocher, dont un soupir se mêle
A nos propres soupirs.
Aux bords d’un lac d’azur il est une colline
Dont le front verdoyant légèrement s’incline
Pour contempler les eaux ;
Le regard du soleil tout le jour la caresse,
Et l’haleine de l’onde y fait flotter sans cesse
Les ombres des rameaux.
Entourant de ses plis deux chênes qu’elle embrasse,
Une vigne sauvage à leurs rameaux s’enlace,
Et, couronnant leurs fronts,
De sa pâle verdure éclaircit leur feuillage,
Puis sur des champs coupés de lumière et d’ombrage
Court en riants festons.
Là, dans les flancs creusés d’un rocher qui surplombe
S’ouvre une grotte obscure, un nid où la colombe
Aime à gémir d’amour ;
La vigne, le figuier, la voilent, la tapissent ;
Et les rayons du ciel, qui lentement s’y glissent,
Y mesurent le jour.
La nuit et la fraîcheur de ces ombres discrètes
Conservent plus longtemps aux pâles violettes
Leurs timides couleurs ;
Une source plaintive en habite la voûte,
Et semble sur vos fronts distiller goutte à goutte
Des accords et des pleurs.
Le regard, à travers ce rideau de verdure,
Ne voit rien que le ciel et l’onde qu’il azure,
Et sur le sein des eaux
Les voiles du pêcheur, qui, couvrant sa nacelle,
Fendent ce ciel limpide, et battent comme l’aile
Des rapides oiseaux.
L’oreille n’entend rien qu’une vague plaintive
Qui, comme un long baiser, murmure sur sa rive,
Ou la voix des Zéphyrs,
Ou les sons cadencés que gémit Philomèle,
Ou l’écho du rocher, dont un soupir se mêle
A nos propres soupirs.
Alphonse de Lamartine
La vigne et la maison
Efface ce séjour, ô Dieu ! de ma paupière,
Ou rends-le-moi semblable à celui d’autrefois,
Quand la maison vibrait comme un grand cœur de pierre
De tous ces cœurs joyeux qui battaient sous ses toits !
À l’heure où la rosée au soleil s’évapore,
Tous ces volets fermés s’ouvraient à sa chaleur,
Pour y laisser entrer, avec la tiède aurore,
Les nocturnes parfums de nos vignes en fleur.
On eût dit que ces murs respiraient comme un être
Des pampres réjouis la jeune exhalaison ;
La vie apparaissait rose, à chaque fenêtre,
Sous les beaux traits d’enfants nichés dans la maison.
Leurs blonds cheveux épars au vent de la montagne,
Les filles, se passant leurs deux mains sur les yeux,
Jetaient des cris de joie à l’écho des montagnes,
Ou sur leurs seins naissants croisaient leurs doigts pieux.
La mère, de sa couche à ces doux bruits levée,
Sur ces fronts inégaux se penchait tour à tour,
Comme la poule heureuse assemble sa couvée,
Leur apprenant les mots qui bénissent le jour.
Moins de balbutiements sortent du nid sonore,
Quand, au rayon d’été qui vient la réveiller,
L’hirondelle au plafond qui les abrite encore,
À ses petits sans plume apprend à gazouiller.
Et les bruits du foyer que l’aube fait renaître,
Les pas des serviteurs sur les degrés de bois,
Les aboiements du chien qui voit sortir son maître,
Le mendiant plaintif qui fait pleurer sa voix,
Montaient avec le jour ; et, dans les intervalles,
Sous des doigts de quinze ans répétant leur leçon,
Les claviers résonnaient ainsi que des cigales
Qui font tinter l’oreille au temps de la moisson !
Puis ces bruits d’année en année
Baissèrent d’une vie, hélas ! et d’une voix ;
Une fenêtre en deuil, à l’ombre condamnée,
Se ferma sous le bord des toits.
Printemps après printemps, de belles fiancées
Suivirent de chers ravisseurs,
Et, par la mère en pleurs sur le seuil embrassées,
Partirent en baisant leurs sœurs.
Puis sortit un matin pour le champ où l’on pleure
Le cercueil tardif de l’aïeul,
Puis un autre, et puis deux ; et puis dans la demeure
Un vieillard morne resta seul !
Puis la maison glissa sur la pente rapide
Où le temps entasse les jours ;
Puis la porte à jamais se ferma sur le vide,
Et l’ortie envahit les cours !…
Ou rends-le-moi semblable à celui d’autrefois,
Quand la maison vibrait comme un grand cœur de pierre
De tous ces cœurs joyeux qui battaient sous ses toits !
À l’heure où la rosée au soleil s’évapore,
Tous ces volets fermés s’ouvraient à sa chaleur,
Pour y laisser entrer, avec la tiède aurore,
Les nocturnes parfums de nos vignes en fleur.
On eût dit que ces murs respiraient comme un être
Des pampres réjouis la jeune exhalaison ;
La vie apparaissait rose, à chaque fenêtre,
Sous les beaux traits d’enfants nichés dans la maison.
Leurs blonds cheveux épars au vent de la montagne,
Les filles, se passant leurs deux mains sur les yeux,
Jetaient des cris de joie à l’écho des montagnes,
Ou sur leurs seins naissants croisaient leurs doigts pieux.
La mère, de sa couche à ces doux bruits levée,
Sur ces fronts inégaux se penchait tour à tour,
Comme la poule heureuse assemble sa couvée,
Leur apprenant les mots qui bénissent le jour.
Moins de balbutiements sortent du nid sonore,
Quand, au rayon d’été qui vient la réveiller,
L’hirondelle au plafond qui les abrite encore,
À ses petits sans plume apprend à gazouiller.
Et les bruits du foyer que l’aube fait renaître,
Les pas des serviteurs sur les degrés de bois,
Les aboiements du chien qui voit sortir son maître,
Le mendiant plaintif qui fait pleurer sa voix,
Montaient avec le jour ; et, dans les intervalles,
Sous des doigts de quinze ans répétant leur leçon,
Les claviers résonnaient ainsi que des cigales
Qui font tinter l’oreille au temps de la moisson !
Puis ces bruits d’année en année
Baissèrent d’une vie, hélas ! et d’une voix ;
Une fenêtre en deuil, à l’ombre condamnée,
Se ferma sous le bord des toits.
Printemps après printemps, de belles fiancées
Suivirent de chers ravisseurs,
Et, par la mère en pleurs sur le seuil embrassées,
Partirent en baisant leurs sœurs.
Puis sortit un matin pour le champ où l’on pleure
Le cercueil tardif de l’aïeul,
Puis un autre, et puis deux ; et puis dans la demeure
Un vieillard morne resta seul !
Puis la maison glissa sur la pente rapide
Où le temps entasse les jours ;
Puis la porte à jamais se ferma sur le vide,
Et l’ortie envahit les cours !…
Alphonse de Lamartine
Les visions
O nuit délicieuse ! ô nuit dont mon amour
Porte le souvenir jusqu’à mon dernier jour !
Le vaête dais du ciel, peuplé d’astres sans nombre,
Nous versait à la fois sa lumière et son ombre ;
Le lac, abandonné par la brise du soir,
S’étendait sous les deux comme un sombre miroir,
Au long balancement de ses vagues plus lentes
Berçait en murmurant mille étoiles brillantes,
Et sur les bords muets qui semblaient l’assoupir
Le flot en expirant ne rendait qu’un soupir ;
Les zéphirs en glissant sur l’ondoyante plaine
Tempéraient sa fraîcheur avec leur tiède haleine,
Et l’oiseau dont la voix gémit comme l’amour,
Et celui dont les chants meurent avec le jour,
Sur des rameaux voisins où leur nid se balance,
De l’ombre harmonieuse enchantaient le silence.
Aux charmes de ces lieux nos âmes répondaient ;
Entre le monde et nous les vagues s’étendaient.
Je venais d’arracher Hermine à la tempête,
Je sentais sur mon sein le doux poids de sa tête,
Je contemplais ce front, ces paupières, ces yeux,
Ces lèvres qu’entrouvrait leur souffle harmonieux,
Ces lèvres qui naguère, en paroles de flamme,
Avaient trahi pour moi le secret de son âme,
J’entendais son haleine, en soupir cadencé,
S’échapper doucement de son sein oppressé,
Et, dans la tendre erreur où le sommeil la plonge,
Murmurer faiblement un nom cher même en songe
Les cheveux, qu’au hasard l’air faisait voltiger,
Nous entouraient tous deux comme un voile léger,
Au gré du doux zéphir qui dans leurs boucles joue
Faisaient frémir mon âme en effleurant ma joue,
Et, nouant quelquefois mon front avec le sien,
Semblaient nous enchaîner d’un amoureux lien.
Oh ! pourquoi l’Océan de sa vaste ceinture
Ne nous séparait-il de toute la nature ?
Pourquoi sur cet écueil, perdus au sein des mers,
Nous formant l’un à l’autre un magique univers,
Ne pouvions-nous, hélas ! au gré de notre envie,
Aux regards des mortels dérober notre vie,
Et, formant un Éden de ce charmant séjour,
Nous y nourrir en paix de notre seul amour !
Saint-Point, 29 mars-10 juin 1824
Porte le souvenir jusqu’à mon dernier jour !
Le vaête dais du ciel, peuplé d’astres sans nombre,
Nous versait à la fois sa lumière et son ombre ;
Le lac, abandonné par la brise du soir,
S’étendait sous les deux comme un sombre miroir,
Au long balancement de ses vagues plus lentes
Berçait en murmurant mille étoiles brillantes,
Et sur les bords muets qui semblaient l’assoupir
Le flot en expirant ne rendait qu’un soupir ;
Les zéphirs en glissant sur l’ondoyante plaine
Tempéraient sa fraîcheur avec leur tiède haleine,
Et l’oiseau dont la voix gémit comme l’amour,
Et celui dont les chants meurent avec le jour,
Sur des rameaux voisins où leur nid se balance,
De l’ombre harmonieuse enchantaient le silence.
Aux charmes de ces lieux nos âmes répondaient ;
Entre le monde et nous les vagues s’étendaient.
Je venais d’arracher Hermine à la tempête,
Je sentais sur mon sein le doux poids de sa tête,
Je contemplais ce front, ces paupières, ces yeux,
Ces lèvres qu’entrouvrait leur souffle harmonieux,
Ces lèvres qui naguère, en paroles de flamme,
Avaient trahi pour moi le secret de son âme,
J’entendais son haleine, en soupir cadencé,
S’échapper doucement de son sein oppressé,
Et, dans la tendre erreur où le sommeil la plonge,
Murmurer faiblement un nom cher même en songe
Les cheveux, qu’au hasard l’air faisait voltiger,
Nous entouraient tous deux comme un voile léger,
Au gré du doux zéphir qui dans leurs boucles joue
Faisaient frémir mon âme en effleurant ma joue,
Et, nouant quelquefois mon front avec le sien,
Semblaient nous enchaîner d’un amoureux lien.
Oh ! pourquoi l’Océan de sa vaste ceinture
Ne nous séparait-il de toute la nature ?
Pourquoi sur cet écueil, perdus au sein des mers,
Nous formant l’un à l’autre un magique univers,
Ne pouvions-nous, hélas ! au gré de notre envie,
Aux regards des mortels dérober notre vie,
Et, formant un Éden de ce charmant séjour,
Nous y nourrir en paix de notre seul amour !
Saint-Point, 29 mars-10 juin 1824
Amadis Jamyn
Des esprits des morts
Les Ombres, les Esprits, les Idoles affreuses
Des Morts chargez d’offense errent durant la nuict :
Et pour monstrer la peine et le mal qui les fuit
Font gemir le silence en longues voix piteuses,
Pource qu’ils sont privez des delices heureuses
Que l’ame apres la mort en Paradis poursuit,
Comme bannis du jour en tenebre ils font bruit,
Implorant du secours à leurs peines honteuses.
Souvent tu peux ouir mon ame tout ainsi
Qui gemist, qui lamente, et pleure de souci
Pour n’estre au Paradis de ta belle pensee.
Deesse pren pitié de son cruel tourment,
Qu’elle ne coure plus autour du monument
Comme une Ombre maudite errante et dechassee.
Des Morts chargez d’offense errent durant la nuict :
Et pour monstrer la peine et le mal qui les fuit
Font gemir le silence en longues voix piteuses,
Pource qu’ils sont privez des delices heureuses
Que l’ame apres la mort en Paradis poursuit,
Comme bannis du jour en tenebre ils font bruit,
Implorant du secours à leurs peines honteuses.
Souvent tu peux ouir mon ame tout ainsi
Qui gemist, qui lamente, et pleure de souci
Pour n’estre au Paradis de ta belle pensee.
Deesse pren pitié de son cruel tourment,
Qu’elle ne coure plus autour du monument
Comme une Ombre maudite errante et dechassee.
Amadis Jamyn
Stances de l’impossible
L’été sera l’hiver et le printemps l’automne,
L’air deviendra pesant, le plomb sera léger :
On verra les poissons dedans l’air voyager
Et de muets qu’ils sont avoir la voix fort bonne.
L’eau deviendra le feu, le feu deviendra l’eau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.
Le mal donnera joie, et l’aise des tristesses !
La neige sera noire et le lièvre hardi,
Le lion deviendra du sang acouardi,
La terre n’aura point d’herbes ni de richesses ;
Les rochers de soi-même auront un mouvement
Plutôt qu’en mon amour il y ait changement.
Le loup et la brebis seront en même étable
Enfermés sans soupçon d’aucune inimitié ;
L’aigle avec la colombe aura de l’amitié
Et le caméléon ne sera point muable :
Nul oiseau ne fera son nid au renouveau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.
La lune qui parfait en un mois sa carrière
La fera en trente ans au lieu de trente jours;
Saturne qui achève avec trente ans son cours
Se verra plus léger que la lune légère :
Le jour sera la nuit, la nuit sera le jour
Plutôt que je m’enflamme au feu d’un autre amour.
Les ans ne changeront le poil ni la coutume,
Les sens et la raison demeureront en paix,
Et plus plaisants seront les malheureux succès
Que les plaisirs du monde au cœur qui s’en allume,
On haïra la vie, aimant mieux le mourir
Plutôt que l’on me voie à autre amour courir.
On ne verra loger au monde l’espérance ;
Le faux d’avec le vrai ne se discernera,
La fortune en ses dons changeante ne sera,
Tous les effets de mars seront sans violence,
Le soleil sera noir, visible sera Dieu
Plutôt que je sois vu captif en autre lieu.
L’air deviendra pesant, le plomb sera léger :
On verra les poissons dedans l’air voyager
Et de muets qu’ils sont avoir la voix fort bonne.
L’eau deviendra le feu, le feu deviendra l’eau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.
Le mal donnera joie, et l’aise des tristesses !
La neige sera noire et le lièvre hardi,
Le lion deviendra du sang acouardi,
La terre n’aura point d’herbes ni de richesses ;
Les rochers de soi-même auront un mouvement
Plutôt qu’en mon amour il y ait changement.
Le loup et la brebis seront en même étable
Enfermés sans soupçon d’aucune inimitié ;
L’aigle avec la colombe aura de l’amitié
Et le caméléon ne sera point muable :
Nul oiseau ne fera son nid au renouveau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.
La lune qui parfait en un mois sa carrière
La fera en trente ans au lieu de trente jours;
Saturne qui achève avec trente ans son cours
Se verra plus léger que la lune légère :
Le jour sera la nuit, la nuit sera le jour
Plutôt que je m’enflamme au feu d’un autre amour.
Les ans ne changeront le poil ni la coutume,
Les sens et la raison demeureront en paix,
Et plus plaisants seront les malheureux succès
Que les plaisirs du monde au cœur qui s’en allume,
On haïra la vie, aimant mieux le mourir
Plutôt que l’on me voie à autre amour courir.
On ne verra loger au monde l’espérance ;
Le faux d’avec le vrai ne se discernera,
La fortune en ses dons changeante ne sera,
Tous les effets de mars seront sans violence,
Le soleil sera noir, visible sera Dieu
Plutôt que je sois vu captif en autre lieu.
André Breton
L’Union libre
Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de coeur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu
Aux pensées d’éclairs de chaleur
A la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de coeur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu
André Chénier
Accours, jeune Chromis, je t’aime et je suis belle
Accours, jeune Chromis, je t’aime et je suis belle ;
Blanche comme Diane et légère comme elle,
Comme elle grande et fière ; et les bergers, le soir,
Quand, le regard baissé, je passe sans les voir,
Doutent si je ne suis qu’une simple mortelle ;
Et, me suivant des yeux, disent : « Comme elle est belle ! »
Blanche comme Diane et légère comme elle,
Comme elle grande et fière ; et les bergers, le soir,
Quand, le regard baissé, je passe sans les voir,
Doutent si je ne suis qu’une simple mortelle ;
Et, me suivant des yeux, disent : « Comme elle est belle ! »
André Chénier
Néære, ne va plus te confier aux flots
Néære, ne va plus te confier aux flots
De peur d’être Déesse, et que les matelots
N’invoquent, au milieu de la tourmente amère,
La blanche Galatée et la blanche Néære.
De peur d’être Déesse, et que les matelots
N’invoquent, au milieu de la tourmente amère,
La blanche Galatée et la blanche Néære.
André Chénier
Pasiphaé
Tu gémis sur l’Ida, mourante, échevelée,
O reine, ô de Minos épouse désolée,
Heureuse si jamais, dans ses riches travaux.
Cérès n’eût pour le joug élevé des troupeaux,
Certe aux antres d’Amnise assez votre Lucine
Donnait de beaux neveux aux mères de Gortyne,
Certes vous élevez aux gymnases crétois
D’autres jeunes troupeaux plus dignes de ton choix.
Tu voles épier sous quelle yeuse obscure,
Tranquille, il ruminait son antique pâture,
Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants,
Quelle onde a ranimé l’albâtre de ses flancs.
O Nymphes, entourez, fermez, Nymphes de Crète,
De ces vallons, fermez, entourez la retraite,
Si peut être vers lui des vestiges épars
Ne viendront point guider mes pas et mes regards.
Insensée, à travers ronces, forêts, montagnes,
Elle court. O fureur ! dans les vertes campagnes,
Une belle génisse à son superbe amant
Adressait devant elle un doux mugissement.
La perfide mourra. Jupiter la demande.
Elle-même à son front attache la guirlande,
L’entraîne, et sur l’autel prenant le fer vengeur :
« Sois belle maintenant et plais à mon vainqueur. »
Elle frappe et sa haine en la flamme lustrale
Rit de voir palpiter le cœur de sa rivale.
O reine, ô de Minos épouse désolée,
Heureuse si jamais, dans ses riches travaux.
Cérès n’eût pour le joug élevé des troupeaux,
Certe aux antres d’Amnise assez votre Lucine
Donnait de beaux neveux aux mères de Gortyne,
Certes vous élevez aux gymnases crétois
D’autres jeunes troupeaux plus dignes de ton choix.
Tu voles épier sous quelle yeuse obscure,
Tranquille, il ruminait son antique pâture,
Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants,
Quelle onde a ranimé l’albâtre de ses flancs.
O Nymphes, entourez, fermez, Nymphes de Crète,
De ces vallons, fermez, entourez la retraite,
Si peut être vers lui des vestiges épars
Ne viendront point guider mes pas et mes regards.
Insensée, à travers ronces, forêts, montagnes,
Elle court. O fureur ! dans les vertes campagnes,
Une belle génisse à son superbe amant
Adressait devant elle un doux mugissement.
La perfide mourra. Jupiter la demande.
Elle-même à son front attache la guirlande,
L’entraîne, et sur l’autel prenant le fer vengeur :
« Sois belle maintenant et plais à mon vainqueur. »
Elle frappe et sa haine en la flamme lustrale
Rit de voir palpiter le cœur de sa rivale.
André Chénier
Sous le roc sombre et frais d’une grotte ignorée
Sous le roc sombre et frais d’une grotte ignorée,
D’où coule une onde pure aux Nymphes consacrée,
Je suivis l’autre jour un doux et triste son
Et d’un Faune plaintif j’ouïs cette chanson :
« !Amour, aveugle enfant, quelle est ton injustice !
Hélas ! j’aime Naïs ; je l’aime sans espoir.
Comme elle me tourmente, Hylas fait son supplice ;
Écho plaît au berger ; il vole pour la voir.
Écho loin de ses pas suit les pas de Narcisse,
Qui la fuit, pour baiser un liquide miroir. »
D’où coule une onde pure aux Nymphes consacrée,
Je suivis l’autre jour un doux et triste son
Et d’un Faune plaintif j’ouïs cette chanson :
« !Amour, aveugle enfant, quelle est ton injustice !
Hélas ! j’aime Naïs ; je l’aime sans espoir.
Comme elle me tourmente, Hylas fait son supplice ;
Écho plaît au berger ; il vole pour la voir.
Écho loin de ses pas suit les pas de Narcisse,
Qui la fuit, pour baiser un liquide miroir. »
André Chénier
Toujours ce souvenir m’attendrit et me touche
Toujours ce souvenir m’attendrit et me touche,
Quand lui-même appliquant la flûte sur ma bouche,
Riant et m’asseyant sur lui, près de son cœur,
M’appelait son rival et déjà son vainqueur.
Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre
A souffler une haleine harmonieuse et pure.
Et ses savantes mains prenant mes jeunes doigts,
Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois,
Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,
A fermer tour à tour les trous du buis sonore.
Quand lui-même appliquant la flûte sur ma bouche,
Riant et m’asseyant sur lui, près de son cœur,
M’appelait son rival et déjà son vainqueur.
Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre
A souffler une haleine harmonieuse et pure.
Et ses savantes mains prenant mes jeunes doigts,
Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois,
Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,
A fermer tour à tour les trous du buis sonore.
André Chénier
Voila ce que chantait aux Naïades prochaines
Voila ce que chantait aux Naïades prochaines
Ma Muse jeune et fraîche, amante des fontaines,
Assise au fond d’un antre aux Nymphes consacré,
D’acanthe et d’aubépine et de lierre entouré.
L’Amour, qui l’écoutait caché dans le feuillage,
Sortit, la salua Sirène du bocage.
Ses blonds cheveux flottants par lui furent pressés,
D’hyacinthe et de myrte en couronne tressés :
« Car ta voix, lui dit-il, est douce à mon oreille
Comme le doux cytise à la mielleuse abeille. »
Ma Muse jeune et fraîche, amante des fontaines,
Assise au fond d’un antre aux Nymphes consacré,
D’acanthe et d’aubépine et de lierre entouré.
L’Amour, qui l’écoutait caché dans le feuillage,
Sortit, la salua Sirène du bocage.
Ses blonds cheveux flottants par lui furent pressés,
D’hyacinthe et de myrte en couronne tressés :
« Car ta voix, lui dit-il, est douce à mon oreille
Comme le doux cytise à la mielleuse abeille. »
Anna de Noailles
Aimer, c’est de ne mentir plus…
Aimer, c’est de ne mentir plus.
Nulle ruse n’est nécessaire
Quand le bras chaleureux enserre
Le corps fuyant qui nous a plu.
— Crois à ma voix qui rêve et chante
Et qui construit ton paradis.
Saurais-tu que je suis méchante
Si je ne te l’avais pas dit ?
— Faiblement méchante, en pensée,
Et pour retrouver par moment
Cette solitude sensée
Que j’ai reniée en t’aimant !
Nulle ruse n’est nécessaire
Quand le bras chaleureux enserre
Le corps fuyant qui nous a plu.
— Crois à ma voix qui rêve et chante
Et qui construit ton paradis.
Saurais-tu que je suis méchante
Si je ne te l’avais pas dit ?
— Faiblement méchante, en pensée,
Et pour retrouver par moment
Cette solitude sensée
Que j’ai reniée en t’aimant !
Anna de Noailles
C’est après les moments…
C’est après les moments les plus bouleversés
De l’étroite union acharnée et barbare,
Que, gisant côte à côte, et le front renversé
Je ressens ce qui nous sépare!
Tous deux nous nous taisons, ne sachant pas comment,
Après cette fureur souhaitée, et suprême,
Chacun de nous a pu, soudain et simplement,
Hélas! redevenir soi-même.
Vous êtes près de moi, je ne reconnais pas
Vos yeux qui me semblaient brûler sous mes paupières;
Comme un faible animal gorgé de son repas,
Comme un mort sculpté sur sa pierre,
Vous rêvez immobile, et je ne puis savoir
Quel songe satisfait votre esprit vaste et calme,
Et moi je sens encore un indicible espoir
Bercer sur moi ses jeunes palmes!
Je ne puis pas cesser de vivre, mon amour!
Ma guerrière folie, avec son masque sage,
Même dans le repos veut par mille détours
Se frayer encore un passage!
Et je vous vois content! Ma force nostalgique
Ne surprend pas en vous ce muet désarroi
Dans lequel se débat ma tristesse extatique.
– Que peut-il y avoir, ô mon amour unique,
De commun entre vous et moi!
De l’étroite union acharnée et barbare,
Que, gisant côte à côte, et le front renversé
Je ressens ce qui nous sépare!
Tous deux nous nous taisons, ne sachant pas comment,
Après cette fureur souhaitée, et suprême,
Chacun de nous a pu, soudain et simplement,
Hélas! redevenir soi-même.
Vous êtes près de moi, je ne reconnais pas
Vos yeux qui me semblaient brûler sous mes paupières;
Comme un faible animal gorgé de son repas,
Comme un mort sculpté sur sa pierre,
Vous rêvez immobile, et je ne puis savoir
Quel songe satisfait votre esprit vaste et calme,
Et moi je sens encore un indicible espoir
Bercer sur moi ses jeunes palmes!
Je ne puis pas cesser de vivre, mon amour!
Ma guerrière folie, avec son masque sage,
Même dans le repos veut par mille détours
Se frayer encore un passage!
Et je vous vois content! Ma force nostalgique
Ne surprend pas en vous ce muet désarroi
Dans lequel se débat ma tristesse extatique.
– Que peut-il y avoir, ô mon amour unique,
De commun entre vous et moi!
Anna de Noailles
Je ne t’aime pas pour que ton esprit…
Je ne t’aime pas pour que ton esprit
Puisse être autrement que tu ne peux être ;
Ton songe distrait jamais ne pénètre
Mon cœur anxieux, dolent et surpris.
Ne t’inquiète pas de mon hébétude,
De ces chocs profonds, de ma demi-mort ;
J’ai nourri mes yeux de tes attitudes,
Mon œil a si bien mesuré ton corps
Que s’il me fallait mourir de toi-même,
Défaillir un jour par excès de toi,
Je croirais dormir du sommeil suprême
Dans ton bras, fermé sur mon être étroit…
Puisse être autrement que tu ne peux être ;
Ton songe distrait jamais ne pénètre
Mon cœur anxieux, dolent et surpris.
Ne t’inquiète pas de mon hébétude,
De ces chocs profonds, de ma demi-mort ;
J’ai nourri mes yeux de tes attitudes,
Mon œil a si bien mesuré ton corps
Que s’il me fallait mourir de toi-même,
Défaillir un jour par excès de toi,
Je croirais dormir du sommeil suprême
Dans ton bras, fermé sur mon être étroit…
Anne Hébert
Un bruit de soie
Un bruit de soie plus lisse que le vent
Passage de la lumière sur un paysage d’eau.
L’éclat de midi efface ta forme devant moi
Tu tremblés et luis comme un miroir
Tu m’offres le soleil à boire
A même ton visage absent.
Trop de lumière empêche de voir ;
Aveugle je reconnais sous mon ongle
la pure colonne de ton cœur dressé
Sa douceur que j’invente pour dormir
Je Pimagine si juste que je défaille.
Passage de la lumière sur un paysage d’eau.
L’éclat de midi efface ta forme devant moi
Tu tremblés et luis comme un miroir
Tu m’offres le soleil à boire
A même ton visage absent.
Trop de lumière empêche de voir ;
Aveugle je reconnais sous mon ongle
la pure colonne de ton cœur dressé
Sa douceur que j’invente pour dormir
Je Pimagine si juste que je défaille.
Beatriz de Diá
J’ai subi un cruel tourment…
J’ai subi un cruel tourment
Pour un chevalier que j’ai connu
Et je veux que l’on sache à jamais
Combien je l’ai aimé avec passion.
Maintenant je vois que je suis trahie
Pour ne pas lui avoir donné mon amour,
Ce qui m’a valu bien des peines
Au lit aussi bien que vêtue.
J’aimerais bien tenir un soir
Mon chevalier nu entre mes bras,
Et lui s’en tiendrait pour ravi
Si je lui servais seulement d’oreiller.
J’en suis en effet plus éprise
Que Floire de Blanchefleur :
Je lui donne mon cœur et mon amour,
Mon esprit, mes yeux et ma vie.
Ami cher, doux et bon,
Quand vous tiendrai-je en mon pouvoir
De manière à pouvoir coucher avec vous un soir
Et vous donner un baiser d’amour ?
Sachez-le, j’aurais très envie
De vous tenir au lieu de mon mari,
À condition que vous m’ayez promis
De faire tout ce que je voudrai.
Pour un chevalier que j’ai connu
Et je veux que l’on sache à jamais
Combien je l’ai aimé avec passion.
Maintenant je vois que je suis trahie
Pour ne pas lui avoir donné mon amour,
Ce qui m’a valu bien des peines
Au lit aussi bien que vêtue.
J’aimerais bien tenir un soir
Mon chevalier nu entre mes bras,
Et lui s’en tiendrait pour ravi
Si je lui servais seulement d’oreiller.
J’en suis en effet plus éprise
Que Floire de Blanchefleur :
Je lui donne mon cœur et mon amour,
Mon esprit, mes yeux et ma vie.
Ami cher, doux et bon,
Quand vous tiendrai-je en mon pouvoir
De manière à pouvoir coucher avec vous un soir
Et vous donner un baiser d’amour ?
Sachez-le, j’aurais très envie
De vous tenir au lieu de mon mari,
À condition que vous m’ayez promis
De faire tout ce que je voudrai.
Benjamin Péret
Allo
Mon avion en flammes mon château inondé de vin du Rhin
mon ghetto d’iris noirs mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d’opale mon moustique d’air
mon édredon de paradisiers ma chevelure d’écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise
ma collision d’autos folles et prudentes ma plate-bande sauvage
mon pistil de pissenlit projeté dans mon œil
mon oignon de tulipe dans le cerveau
ma gazelle égarée dans un cinéma des boulevards
ma cassette de soleil mon fruit de volcan
mon rire d’étang caché où vont se noyer les prophètes distraits
mon inondation de cassis mon papillon de morille
ma cascade bleue comme une lame de fond qui fait le printemps
mon revolver de corail dont la bouche m’attire comme l’œil d’un puits
scintillant
glacé comme le miroir où tu contemples la fuite des oiseaux-mouches de ton regard
perdu dans une exposition de blanc encadrée de momies
je t’aime
mon ghetto d’iris noirs mon oreille de cristal
mon rocher dévalant la falaise pour écraser le garde-champêtre
mon escargot d’opale mon moustique d’air
mon édredon de paradisiers ma chevelure d’écume noire
mon tombeau éclaté ma pluie de sauterelles rouges
mon île volante mon raisin de turquoise
ma collision d’autos folles et prudentes ma plate-bande sauvage
mon pistil de pissenlit projeté dans mon œil
mon oignon de tulipe dans le cerveau
ma gazelle égarée dans un cinéma des boulevards
ma cassette de soleil mon fruit de volcan
mon rire d’étang caché où vont se noyer les prophètes distraits
mon inondation de cassis mon papillon de morille
ma cascade bleue comme une lame de fond qui fait le printemps
mon revolver de corail dont la bouche m’attire comme l’œil d’un puits
scintillant
glacé comme le miroir où tu contemples la fuite des oiseaux-mouches de ton regard
perdu dans une exposition de blanc encadrée de momies
je t’aime
Benjamin Péret
Les odeurs de l’amour
S’il est un plaisir
c’est bien celui de faire l’amour
le corps entouré de ficelles
les yeux clos par des lames de rasoir
Elle s’avance comme un lampion
Son regard la précède et prépare le terrain
Les mouches expirent comme un beau soir
Une banque fait faillite
entraînant une guerre d’ongles et de dents
c’est bien celui de faire l’amour
le corps entouré de ficelles
les yeux clos par des lames de rasoir
Elle s’avance comme un lampion
Son regard la précède et prépare le terrain
Les mouches expirent comme un beau soir
Une banque fait faillite
entraînant une guerre d’ongles et de dents
Bernard de Ventadour
Mon cœur est si plein de joie…
Mon cœur est si plein de joie
Qu’il trompe Nature.
Le frimas, qu’est-il pour moi ?
Blanche fleur, jaune, vermeille.
Plus il vente, plus il pleut
Plus je suis heureux.
Ma valeur grandit aussi
Et mon chant s’épure.
Mon cœur est tant amoureux
Tant pris de joie douce
Que gelée me semble fleur,
Et neige verdure.
Je puis aller sans habits,
Nu dans ma chemise,
Car me garde pur amour
De la froide bise.
Mais est fou qui sans mesure
Passe la raison.
J’ai donc souci de moi-même
Dès lors que je prie
D’amour vrai la toute belle
Dont j’espère tout,
Car pour un pareil trésor
Je donnerais Pise !
Elle me refuse amitié
Mais je garde foi,
Car d’elle au moins j’ai gagné
La joie de la voir.
Et tant d’aise est dans mon cœur
Que séparé d’elle
Je ne pense qu’au bonheur
De la retrouver.
Mon cœur est près d’Amour
Toute en sa présence,
Mais hélas mon corps est loin,
Bien loin d’elle, en France.
Je garde bonne espérance
(Qui m’aide bien peu)
Car mon âme hélas balance
Comme nef en mer.
Du souci qui me harcèle
Comment m’abriter ?
La nuit venue il me jette
Au bas de mon lit.
J’endure plus de chagrins
Que Tristan l’amant
Qui souffrit mille tourments
Pour Yseut la blonde.
Ah Dieu ! que ne suis-je oiseau !
J’ouvrirais mes ailes
Et j’irais à travers nuit
Jusqu’à sa maison.
Bonne dame si joyeuse
Votre amant se meurt
Mon cœur sera tôt fendu
Si mon mal s’obstine.
Madame, je joins les mains,
Je vous prie d’amour.
Beau corps aux fraîches couleurs
Grand mal vous me faites !
Mon messager, va et cours
Dis à dame belle
Que je souffre à cause d’elle
Le mal des martyrs.
Qu’il trompe Nature.
Le frimas, qu’est-il pour moi ?
Blanche fleur, jaune, vermeille.
Plus il vente, plus il pleut
Plus je suis heureux.
Ma valeur grandit aussi
Et mon chant s’épure.
Mon cœur est tant amoureux
Tant pris de joie douce
Que gelée me semble fleur,
Et neige verdure.
Je puis aller sans habits,
Nu dans ma chemise,
Car me garde pur amour
De la froide bise.
Mais est fou qui sans mesure
Passe la raison.
J’ai donc souci de moi-même
Dès lors que je prie
D’amour vrai la toute belle
Dont j’espère tout,
Car pour un pareil trésor
Je donnerais Pise !
Elle me refuse amitié
Mais je garde foi,
Car d’elle au moins j’ai gagné
La joie de la voir.
Et tant d’aise est dans mon cœur
Que séparé d’elle
Je ne pense qu’au bonheur
De la retrouver.
Mon cœur est près d’Amour
Toute en sa présence,
Mais hélas mon corps est loin,
Bien loin d’elle, en France.
Je garde bonne espérance
(Qui m’aide bien peu)
Car mon âme hélas balance
Comme nef en mer.
Du souci qui me harcèle
Comment m’abriter ?
La nuit venue il me jette
Au bas de mon lit.
J’endure plus de chagrins
Que Tristan l’amant
Qui souffrit mille tourments
Pour Yseut la blonde.
Ah Dieu ! que ne suis-je oiseau !
J’ouvrirais mes ailes
Et j’irais à travers nuit
Jusqu’à sa maison.
Bonne dame si joyeuse
Votre amant se meurt
Mon cœur sera tôt fendu
Si mon mal s’obstine.
Madame, je joins les mains,
Je vous prie d’amour.
Beau corps aux fraîches couleurs
Grand mal vous me faites !
Mon messager, va et cours
Dis à dame belle
Que je souffre à cause d’elle
Le mal des martyrs.
Bernard de Ventadour
Mon cœur est si plein de joie…
Mon cœur est si plein de joie
Qu’il trompe Nature.
Le frimas, qu’est-il pour moi ?
Blanche fleur, jaune, vermeille.
Plus il vente, plus il pleut
Plus je suis heureux.
Ma valeur grandit aussi
Et mon chant s’épure.
Mon cœur est tant amoureux
Tant pris de joie douce
Que gelée me semble fleur,
Et neige verdure.
Je puis aller sans habits,
Nu dans ma chemise,
Car me garde pur amour
De la froide bise.
Mais est fou qui sans mesure
Passe la raison.
J’ai donc souci de moi-même
Dès lors que je prie
D’amour vrai la toute belle
Dont j’espère tout,
Car pour un pareil trésor
Je donnerais Pise !
Elle me refuse amitié
Mais je garde foi,
Car d’elle au moins j’ai gagné
La joie de la voir.
Et tant d’aise est dans mon cœur
Que séparé d’elle
Je ne pense qu’au bonheur
De la retrouver.
Mon cœur est près d’Amour
Toute en sa présence,
Mais hélas mon corps est loin,
Bien loin d’elle, en France.
Je garde bonne espérance
(Qui m’aide bien peu)
Car mon âme hélas balance
Comme nef en mer.
Du souci qui me harcèle
Comment m’abriter ?
La nuit venue il me jette
Au bas de mon lit.
J’endure plus de chagrins
Que Tristan l’amant
Qui souffrit mille tourments
Pour Yseut la blonde.
Ah Dieu ! que ne suis-je oiseau !
J’ouvrirais mes ailes
Et j’irais à travers nuit
Jusqu’à sa maison.
Bonne dame si joyeuse
Votre amant se meurt
Mon cœur sera tôt fendu
Si mon mal s’obstine.
Madame, je joins les mains,
Je vous prie d’amour.
Beau corps aux fraîches couleurs
Grand mal vous me faites !
Mon messager, va et cours
Dis à dame belle
Que je souffre à cause d’elle
Le mal des martyrs.
Qu’il trompe Nature.
Le frimas, qu’est-il pour moi ?
Blanche fleur, jaune, vermeille.
Plus il vente, plus il pleut
Plus je suis heureux.
Ma valeur grandit aussi
Et mon chant s’épure.
Mon cœur est tant amoureux
Tant pris de joie douce
Que gelée me semble fleur,
Et neige verdure.
Je puis aller sans habits,
Nu dans ma chemise,
Car me garde pur amour
De la froide bise.
Mais est fou qui sans mesure
Passe la raison.
J’ai donc souci de moi-même
Dès lors que je prie
D’amour vrai la toute belle
Dont j’espère tout,
Car pour un pareil trésor
Je donnerais Pise !
Elle me refuse amitié
Mais je garde foi,
Car d’elle au moins j’ai gagné
La joie de la voir.
Et tant d’aise est dans mon cœur
Que séparé d’elle
Je ne pense qu’au bonheur
De la retrouver.
Mon cœur est près d’Amour
Toute en sa présence,
Mais hélas mon corps est loin,
Bien loin d’elle, en France.
Je garde bonne espérance
(Qui m’aide bien peu)
Car mon âme hélas balance
Comme nef en mer.
Du souci qui me harcèle
Comment m’abriter ?
La nuit venue il me jette
Au bas de mon lit.
J’endure plus de chagrins
Que Tristan l’amant
Qui souffrit mille tourments
Pour Yseut la blonde.
Ah Dieu ! que ne suis-je oiseau !
J’ouvrirais mes ailes
Et j’irais à travers nuit
Jusqu’à sa maison.
Bonne dame si joyeuse
Votre amant se meurt
Mon cœur sera tôt fendu
Si mon mal s’obstine.
Madame, je joins les mains,
Je vous prie d’amour.
Beau corps aux fraîches couleurs
Grand mal vous me faites !
Mon messager, va et cours
Dis à dame belle
Que je souffre à cause d’elle
Le mal des martyrs.
Bernard de Ventadour
Nuit et jour je médite
Nuit et jour je médite et pense et veille
Plains et soupire et puis m’apaise ;
Quand mieux m’advient j’en retire peine,
Mais une bonne attente m’éveille
Dont mes chagrins s’apaisent,
Fol, pourquoi dire que j’en retire du mal :
Car si noble amour me l’envoie
Que l’envoi seul m’est un gain.
Que ma Dame ne s’émerveille
Si je lui demande son amour et un baiser,
Contre la folie dont je parle
Ce sera gente merveille
Si elle m’accole et me baise,
Dieu puisse-t-on se récrier déjà
(« Ah, tel vous vois et tel vous ai vu! »)
Pour le bonheur que l’on voit en moi!
Noble amour, je me fais votre compagnon
Car ce n’est ni promesse ni sort
Mais ce qui plaît à votre grâce
(Dieu je le crois m’en gratifie)
Que si noble amour soit mon sort.
Ah! Dame, par pitié vous prie
Qu’ayez pitié de votre ami
Qui vous demande grâce si doucement !
Bernart demande grâce à sa Dame
Qui si doucement lui fait grâce
Et si je ne la vois d’ici peu
Je ne crois pas que je la verrai de longtemps.
Plains et soupire et puis m’apaise ;
Quand mieux m’advient j’en retire peine,
Mais une bonne attente m’éveille
Dont mes chagrins s’apaisent,
Fol, pourquoi dire que j’en retire du mal :
Car si noble amour me l’envoie
Que l’envoi seul m’est un gain.
Que ma Dame ne s’émerveille
Si je lui demande son amour et un baiser,
Contre la folie dont je parle
Ce sera gente merveille
Si elle m’accole et me baise,
Dieu puisse-t-on se récrier déjà
(« Ah, tel vous vois et tel vous ai vu! »)
Pour le bonheur que l’on voit en moi!
Noble amour, je me fais votre compagnon
Car ce n’est ni promesse ni sort
Mais ce qui plaît à votre grâce
(Dieu je le crois m’en gratifie)
Que si noble amour soit mon sort.
Ah! Dame, par pitié vous prie
Qu’ayez pitié de votre ami
Qui vous demande grâce si doucement !
Bernart demande grâce à sa Dame
Qui si doucement lui fait grâce
Et si je ne la vois d’ici peu
Je ne crois pas que je la verrai de longtemps.
Blaise Cendrars
Le ventre de ma mère
C’est mon premier domicile
Il était tout arrondi
Bien souvent je m’imagine
Ce que je pouvais bien être.
Les pieds sur ton cœur maman
Les genoux tout contre ton foie
Les mains crispées au canal
Qui aboutissait à ton ventre
Le dos tordu en spirale
Les oreilles pleines les yeux vides
Tout recroquevillé tendu
La tête presque hors de ton corps
Mon crâne à ton orifice
Je jouis de ta santé
De la chaleur de ton sang
Des étreintes de papa
Bien souvent un feu hybride
Électrisait mes ténèbres
Un choc au crâne me détendait
Et je ruais sur ton cœur
Le grand muscle de ton vagin
Se resserrait alors durement
‘Je me laissais douloureusement faire
Et tu m’inondais de ton sang
Mon front est encore bosselé
De ces bourrades de mon père
Pourquoi faut-il se laisser faire
Ainsi à moitié étranglé ?
Si j’avais pu ouvrir la bouche
Je t’aurais mordu
Si j’avais pu déjà parler
j’aurais dit :
Merde, je ne veux pas vivre!
Il était tout arrondi
Bien souvent je m’imagine
Ce que je pouvais bien être.
Les pieds sur ton cœur maman
Les genoux tout contre ton foie
Les mains crispées au canal
Qui aboutissait à ton ventre
Le dos tordu en spirale
Les oreilles pleines les yeux vides
Tout recroquevillé tendu
La tête presque hors de ton corps
Mon crâne à ton orifice
Je jouis de ta santé
De la chaleur de ton sang
Des étreintes de papa
Bien souvent un feu hybride
Électrisait mes ténèbres
Un choc au crâne me détendait
Et je ruais sur ton cœur
Le grand muscle de ton vagin
Se resserrait alors durement
‘Je me laissais douloureusement faire
Et tu m’inondais de ton sang
Mon front est encore bosselé
De ces bourrades de mon père
Pourquoi faut-il se laisser faire
Ainsi à moitié étranglé ?
Si j’avais pu ouvrir la bouche
Je t’aurais mordu
Si j’avais pu déjà parler
j’aurais dit :
Merde, je ne veux pas vivre!
Blaise Cendrars
Tu es plus belle que le ciel et la mer
Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises
Il y a l’air il y a le vent
Les montagnes l’eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l’œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t’aime
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises
Il y a l’air il y a le vent
Les montagnes l’eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l’œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t’aime