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Poèmes de ce thème

Science et raison

Jacques Peletier du Mans

Jacques Peletier du Mans

A ceux qui blament les mathématiques

Tant plus je vois que vous blâmez
Sa noble discipline
Plus à l’aimer vous enflammez
Ma volonté incline.

Car ce qui a moins de suivants,
D’autant plus il est rare,
Et est la chose entre vivants
Dont on est plus avare.

Il n’est pas en votre puissance
Qu’y soyez adonnés ;
Car le ciel dès votre naissance
Vous en a détournés ;

Ou ayant persuasion
Que tant la peine en coûte,
Est la meilleure occasion
Qui tant vous en dégoûte.

Le ciel orné de tels flambeaux
N’est-il point admirable ?
La notice de corps si beaux
N’est-elle désirable ?

Du céleste ouvrage l’objet,
Si vrai et régulier,
N’est-il sur tout autre sujet
Beau, noble et singulier ?

N’est-ce rien d’avoir pu prévoir
Par les cours ordinaires,
L’éclipse que doit recevoir
L’un des deux Luminaires ?

D’avoir su, par vraies pratiques,
Les aspects calculer ?
Et connaître les Erratiques
Marcher ou reculer ?

Toutefois il n’est jà besoin
Que tant fort je la loue,
Vu que je n’ai vouloir ni soin
Que de ce l’on m’avoue ;

Car que chaut-il à qui l’honore
Qu’elle soit contemnée ?
Science, de cil qui l’ignore,
Est toujours condamnée.

Assez regarde l’indocte homme
Du ciel rond la ceinture,
Mais il s’y connaît ainsi comme
L’aveugle en la peinture.

Celui qui a l’âme ravie
Par les cieux va et passe,
Et soudain voit durant sa vie
D’en haut la terre basse.

Cette science l’homme cueille
Alors qu’il imaginé
La facture et grande merveille
De la ronde machine.

C’est celle par qui mieux s’apprenne
L’immense Déité,
Et qui des athées reprenne
Erreur et vanité.
Pierre de Ronsard

Pierre de Ronsard

Hymne de l’hiver

. . . . . .
Toute Philosophie est en deux divisée,
L’une est aiguë, et vive, et prompte, et advisée,
Qui sans paresse ou peur, d’un vol audacieux,
Abandonne la terre, et se promeine aux Cieux.
Hardis furent les cœurs, qui, les premiers, monterent
Au Ciel, et, d’un grand soin, les Astres affronterent.
Là, sans avoir frayeur des cloistres enflamez
Du monde où tant de corps divers sont enfermez,
Par leur vive vertu s’ouvrirent une entrée,
Et veirent jusqu’au sein la Nature sacrée.
Ils espierent Dieu, puis ils furent apres
Si fiers que de conter aux hommes ses secrets,
Et d’un esprit ardent eurent la cognoissance
De ce qui n’est point né, de ce qui prend naissance,
Et en pillant le Ciel, comme un riche butin,
Mirent dessous leurs pieds Fortune et le Destin.
L’autre Philosophie habite sous la nue
A qui tant seulement ceste terre est cognue
Sans se pousser au Ciel ; le cœur, qui luy defaut,
Ne luy laisse entreprendre un voyage si haut.
Elle a pour son sujet les negoces civiles,
L’equité, la justice et le repos des villes,
Et, au chant de sa lyre, a fait sortir des bois
Les hommes forestiers et leur bailla des lois.
Elle sçait la vertu des herbes et des plantes,
Elle va dessous terre, aux crevasses béantes,
Tirer l’argent et l’or, et chercher de sa main
Le fer qui doit rougir en nostre sang humain.
Puis, à fin que le peuple ignorant ne mesprise
La vérité cognue, apres l’avoir apprise,
D’un voile bien subtil, comme les peintres font
Aux tableaux bien portraits, luy couvre tout le front,
Et laisse seulement, tout au travers du voile,
Paroistre ses rayons comme une belle estoile,
A fin que le vulgaire ait desir de chercher
La couverte beauté, dont il n’ose approcher.
Tel j’ay tracé cest Hymne, imitant l’exemplaire
Des fables d’Hesiode et de celles d’Homere.
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