Poèmes de ce thème
Musique
Charles Baudelaire
La Musique
La Musique souvent me prend comme une mer 1 Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaéte éther, Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l’immense gouffre Me bercent.
D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !
Les Fleurs du Ma/, Spleen et ïdéal
Sous un plafond de brume ou dans un vaéte éther, Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l’immense gouffre Me bercent.
D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !
Les Fleurs du Ma/, Spleen et ïdéal
Henri Michaux
Le grand Violon
Mon violon est un grand violon-girafe;
j’en joue à l’escalade,
bondissant dans ses râles,
au galop sur ses cordes sensibles et son ventre affamé aux désirs épais,
que personne jamais ne satisfera,
sur son grand cœur de bois enchagriné,
que personne jamais ne comprendra.
Mon violon-girafe, par nature, a la plainte basse et importante, façon tunnel,
l’air accablé et bondé de soi, comme l’ont les gros poissons gloutons des hautes profondeurs
mais avec, au bout, un air de tête et d’espoir quand même,
d’envolée, de flèche, qui ne cédera jamais.
Rageur, m’engouffrant dans ses plaintes, dans un amas de tonnerres nasillards,
j’en emporte comme par surprise
tout à coup de tels accents de panique ou de bébé blessé, perçants, déchirants,
que moi-même, ensuite, je me retourne sur lui, inquiet, pris de remords, de désespoir,
et de je ne sais quoi, qui nous unit, tragique, et nous sépare.
j’en joue à l’escalade,
bondissant dans ses râles,
au galop sur ses cordes sensibles et son ventre affamé aux désirs épais,
que personne jamais ne satisfera,
sur son grand cœur de bois enchagriné,
que personne jamais ne comprendra.
Mon violon-girafe, par nature, a la plainte basse et importante, façon tunnel,
l’air accablé et bondé de soi, comme l’ont les gros poissons gloutons des hautes profondeurs
mais avec, au bout, un air de tête et d’espoir quand même,
d’envolée, de flèche, qui ne cédera jamais.
Rageur, m’engouffrant dans ses plaintes, dans un amas de tonnerres nasillards,
j’en emporte comme par surprise
tout à coup de tels accents de panique ou de bébé blessé, perçants, déchirants,
que moi-même, ensuite, je me retourne sur lui, inquiet, pris de remords, de désespoir,
et de je ne sais quoi, qui nous unit, tragique, et nous sépare.
Victor Segalen
Pierre musicale
Voici le lieu où ils se reconnurent, les amants amoureux de la flûte inégale;
Voici la table où ils se réjouirent l’époux habile et la fille enivrée;
Voici l’estrade où ils s’aimaient par les tons essentiels,
Au travers du métal des cloches, de la peau dure des silex tintants,
A travers les cheveux du luth, dans la rumeur des tambours, sur le dos du tigre de bois creux,
Parmi l’enchantement des paons au cri clair, des grues à l’appel bref, du phénix au parler inouï.
Voici le faîte du palais sonnant que Mou-Koung, le père, dressa pour eux comme un socle,
Et voilà, – d’un envol plus suave que phénix, oiselles et paons, – voilà l’espace où ils ont pris essor.
O
Qu’on me touche: toutes ces voix vivent dans ma pierre musicale.
Voici la table où ils se réjouirent l’époux habile et la fille enivrée;
Voici l’estrade où ils s’aimaient par les tons essentiels,
Au travers du métal des cloches, de la peau dure des silex tintants,
A travers les cheveux du luth, dans la rumeur des tambours, sur le dos du tigre de bois creux,
Parmi l’enchantement des paons au cri clair, des grues à l’appel bref, du phénix au parler inouï.
Voici le faîte du palais sonnant que Mou-Koung, le père, dressa pour eux comme un socle,
Et voilà, – d’un envol plus suave que phénix, oiselles et paons, – voilà l’espace où ils ont pris essor.
O
Qu’on me touche: toutes ces voix vivent dans ma pierre musicale.