La saussaie
. . . . . .
Là je me lave et les mains et la face :
Puis me contemple en l’eau par quelque espace
Couché sus l’herbe. Et quand ma soif m’altère,
J’espuise à coup de leur eau fresche et clere
Dens ma main creuse, et en beuvant leur prie,
Que tout ainsi, qu’à eux, Amour me rye :
Ou que leur eau de leur amour coulpable
Puisse assoupir mon feu intolerable.
Et celà fait, je m’esbas par la plaine,
Ou çà, et là vagabond me pourmaine
Seul avec moy, qui de rien ne me chault.
Et à Mydi pour éviter le chauld
Tost je me renge en la verte Saulsaye,
Que pas à pas je mesure, et m’esgaye
A regarder par admiration
De mainte fleur naïve et proprelette.
Et les voyant si fort je me delecte,
Que mon plein sein une à une en amasse,
Puis je choisis quelque umbrageuse place
Près du rivage, et ce neantmoins seure
Pour me garder de la poignant’ morsure
D’aucune fiere, et oultrageuse beste.
Lors, je respans mes fleurs dessoubs ma teste,
En attendant qu’à dormir me convie
Le son de l’eau murmurant, comme pluye,
Qui lentement sur les arbres descend :
Ou comme autour de ces estangz on sent
Le vent souef parmi les cannes bruire.
Le soir venu je m’en revois desduire
Du long de l’eau par les preaux herbus,
Lors que les rayz du tresardant Phebus
Sont abaissez. Et sur la nuict paoureuse
Je me retire en la vallee umbreuse
Soubs quelque roc pendant et caverneux,
Qui point ne soit moiste, ny espineux,
Ou sur ces peaux estendu à l’envers
Je voy du Ciel les mouvements divers,
Et le discours de la Lune croissante
S’elle sera proufitable, ou nuisante,
Contemplant tout selon mon rude sens
Jusques à tant, que ravir je me sens
Par le sommeil en paisible séjour
Sans pensement jusqu’à l’aube du jour,
Qu’elle blanchit, et vers le Matin monte.
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Là je me lave et les mains et la face :
Puis me contemple en l’eau par quelque espace
Couché sus l’herbe. Et quand ma soif m’altère,
J’espuise à coup de leur eau fresche et clere
Dens ma main creuse, et en beuvant leur prie,
Que tout ainsi, qu’à eux, Amour me rye :
Ou que leur eau de leur amour coulpable
Puisse assoupir mon feu intolerable.
Et celà fait, je m’esbas par la plaine,
Ou çà, et là vagabond me pourmaine
Seul avec moy, qui de rien ne me chault.
Et à Mydi pour éviter le chauld
Tost je me renge en la verte Saulsaye,
Que pas à pas je mesure, et m’esgaye
A regarder par admiration
De mainte fleur naïve et proprelette.
Et les voyant si fort je me delecte,
Que mon plein sein une à une en amasse,
Puis je choisis quelque umbrageuse place
Près du rivage, et ce neantmoins seure
Pour me garder de la poignant’ morsure
D’aucune fiere, et oultrageuse beste.
Lors, je respans mes fleurs dessoubs ma teste,
En attendant qu’à dormir me convie
Le son de l’eau murmurant, comme pluye,
Qui lentement sur les arbres descend :
Ou comme autour de ces estangz on sent
Le vent souef parmi les cannes bruire.
Le soir venu je m’en revois desduire
Du long de l’eau par les preaux herbus,
Lors que les rayz du tresardant Phebus
Sont abaissez. Et sur la nuict paoureuse
Je me retire en la vallee umbreuse
Soubs quelque roc pendant et caverneux,
Qui point ne soit moiste, ny espineux,
Ou sur ces peaux estendu à l’envers
Je voy du Ciel les mouvements divers,
Et le discours de la Lune croissante
S’elle sera proufitable, ou nuisante,
Contemplant tout selon mon rude sens
Jusques à tant, que ravir je me sens
Par le sommeil en paisible séjour
Sans pensement jusqu’à l’aube du jour,
Qu’elle blanchit, et vers le Matin monte.
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