Arion églogue sur le trépas de feu monsieur le dauphin
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Donc pour plourer une si grande perte
J’habiteray ceste terre deserte,
Ou ce mien corps de peu, à peu, mourra,
Et avec moy seulement demourra
Pour compaignon sus ceste triste rive,
Ung doulx languir jusqu’à la mort tardive.
Blason du sourcil
Sourcil tractif en voûte fléchissant
Trop plus qu’ébène, ou jayet noircissant.
Haut forgeté pour ombrager les yeux,
Quand ils font signe, ou de mort ou de mieux.
Sourcil qui rend peureux les plus hardis,
Et courageux les plus accouardis.
Sourcil qui fait l’air clair obscur soudain,
Quand il froncit par ire, ou par dédain,
Et puis le rend serein, clair et joyeux
Quand il est doux, plaisant et gracieux.
Sourcil qui chasse et provoque les nues
Selon que sont ses archées tenues.
Sourcil assis au lieu haut pour enseigne
Par qui le cœur son vouloir nous enseigne
Nous découvrant sa profonde pensée :
Ou soit de paix, ou de guerre offensée.
Sourcil, non pas sourcil, mais un sous-ciel
Qui est le dixième et superficiel,
Où l’on peut voir deux étoiles ardentes,
Lesquelles sont de son arc dépendantes,
Étincelant plus souvent et plus clair
Qu’en été chaud un bien soudain éclair.
Sourcil qui fait mon espoir prospérer,
Et tout à coup me fait désespérer.
Sourcil sur qui amour prit le portrait
Et le patron de son arc, qui attrait
Hommes et dieux à son obéissance,
Par triste mort et douce jouissance.
Ô sourcil brun sous tes noires ténèbres
J’ensevelis en désirs trop funèbres
Ma liberté et ma dolente vie,
Qui doucement par toi me fut ravie.
De la clere unde yssant hors Cytharée
De la clere unde yssant hors Cytharée,
Parmy Amours d’aymer non resolue,
En volupté non encor esgarée,
Mais de pensée, et de faict impolue,
Lors que Prognes le beau Printemps salue,
Et la Mer calme aux ventz plus ne s’irrite,
Entre plusieurs veit une marguerite
Dans sa Coquille, et la prenant j’eslys
Ceste, dit elle, en prys, lustre, et merite,
Pour decorer (un temps viendra) le Lys.
Délie
L’Aube éteignait Étoiles à foison,
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Horizon
Des monts cornus dorait les hautes cimes.
Lors du profond des ténébreux Abîmes,
Où mon penser par ses fâcheux ennuis
Me fait souvent percer les longues nuits,
Je révoquai à moi l’âme ravie :
Qui, desséchant mes larmoyants conduits,
Me fait clair voir le Soleil de ma vie…
L’ardent désir du haut bien désiré,
Qui aspirait à cette fin heureuse,
À de l’ardeur si grand feu attiré,
Que le corps vif est jà poussière Ombreuse :
Et de ma vie, en ce point malheureuse
Pour vouloir tout à son bien condescendre,
Et de mon être, ainsi réduit en cendre
Ne m’est resté, que ces deux signes-ci :
L’œil larmoyant pour piteuse te rendre,
La bouche ouverte à demander merci…
Comme des rais du soleil gracieux
Se paissent fleurs durant la Primevère,
Je me recrée aux rayons de ses yeux,
Et loin, et près autour d’eux persévère.
Si que le Cœur, qui en moi la révère,
La me fait voir en celle même essence
Que ferait l’Œil par sa belle présence,
Que tant j’honore et que tant je poursuis :
Parquoi de rien ne me nuit son absence,
Vu qu’en tous lieux, malgré moi, je la suis…
Tu te verras ton ivoire crêper
Par l’outrageuse, et tardive Vieillesse.
Lors sans pouvoir en rien participer
D’aucune joie, et humaine liesse,
Je n’aurai eu de ta verte jeunesse,
Que la pitié n’a su à soi ployer,
Ni du travail, qu’on m’a vu employer
À soutenir mes peines éphémères,
Comme Apollon, pour mérité loyer,
Sinon rameaux, et feuilles très amères…
De toi la douce et fraîche souvenance
Du premier jour qu’elle m’entra au cœur,
Avec ta haute et humble contenance,
Et ton regard d’Amour même vainqueur,
Y dépeignit par sa vive liqueur
Ton effigie au vif tant ressemblante,
Que depuis, l’Âme étonnée et tremblante
De jour l’admire, et la prie sans cesse :
Et sur la nuit tacite et sommeillante,
Quand tout repose, encor moins elle cesse.
En toy le vis.
En toy je vis, où que tu sois absente :
En moy je meurs, où que soye present.
Tant loing sois tu, tousjours tu es presente :
Pour pres que soye, encores suis je absent.
Et si nature oultragee se sent
De me veoir vivre en toy trop plus, qu’en moy :
Le hault povoir qui, ouvrant sans esmoy,
Infuse l’ame en ce mien corps passible,
La prevoyant sans son essence en soy,
En toy l’estend, comme en son plus possible.
Fait paresseux en ma longue esperance
Fait paresseux en ma longue esperance,
Avec le Corps l’Esprit est tant remis,
Que l’un ne sent sa mortelle souffrance,
Et l’aultre moins congnoit ses ennemys.
Parquoy je ignore, estant d’espoir demis,
Si ce mien vivre est vitupere, ou los,
Mais je scay bien, que pour estre forclos
De ta mercy, de mon bien tu me prives :
Et par celà tu veulx, que le mal clos
Vive en l’obscur de mes tristes Archives.
L’aigle volant plus loing qu’oncques ne fit
L’aigle volant plus loing qu’oncques ne fit,
Cuydoit r’entrer en son Empire antique :
Passa la Mer, ou asses tost deffit
Un nouveau Monstre en ce pays d’Aphrique :
Puis print son vol droict au Soleil Gallique,
Duquel l’ardeur ne vive, ne mourante,
Mais en son chault modéré demourante,
Et s’attrempant, peu à peu lentement
La transmua en une Austruche errante,
Qui vole bas, et fuit legerement.
L’Aulbe estaingnoit Estoilles à foison
L’Aulbe estaingnoit Estoilles à foison,
Tirant le jour des régions infimes,
Quand Apollo montant sur l’Orison
Des montz cornuz doroit les haultes cymes.
Lors du profond des tenebreux Abysmes,
Ou mon penser par ses fascheux ennuyz
Me fait souvent percer les longues nuictz,
Je revoquay à moy l’ame ravie :
Qui, dessechant mes larmoyants conduictz,
Me feit cler veoir le Soleil de ma vie.
La blanche Aurore à peine finyssoit
La blanche Aurore à peine finyssoit
D’orner son chef d’or luisant, et de roses,
Quand mon Esprit, qui du tout perissoit
Au fons confus de tant diverses choses,
Revint à moy soubz les Custodes closes
Pour plus me rendre envers Mort invincible.
Mais toy, qui as (toy seule) le possible
De donner heur à ma fatalité,
Tu me seras la Myrrhe incorruptible
Contre les vers de ma mortalité.
La Mort pourra m’oster et temps, et heure
La Mort pourra m’oster et temps, et heure,
Voire encendrir la mienne arse despouille :
Mais qu’elle face, en fin que je ne vueille
Te desirer, encor que mon feu meure ?
Si grand povoir en elle ne demeure.
Tes fiers desdaingz, toute ta froide essence,
Ne feront point, me nyant ta presence,
Qu’en mon penser audacieux ne vive,
Qui, maulgré Mort, et maulgré toute absence,
Te represente à moy trop plus, que vive.