La saussaie
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Là je me lave et les mains et la face :
Puis me contemple en l’eau par quelque espace
Couché sus l’herbe. Et quand ma soif m’altère,
J’espuise à coup de leur eau fresche et clere
Dens ma main creuse, et en beuvant leur prie,
Que tout ainsi, qu’à eux, Amour me rye :
Ou que leur eau de leur amour coulpable
Puisse assoupir mon feu intolerable.
Et celà fait, je m’esbas par la plaine,
Ou çà, et là vagabond me pourmaine
Seul avec moy, qui de rien ne me chault.
Et à Mydi pour éviter le chauld
Tost je me renge en la verte Saulsaye,
Que pas à pas je mesure, et m’esgaye
A regarder par admiration
De mainte fleur naïve et proprelette.
Et les voyant si fort je me delecte,
Que mon plein sein une à une en amasse,
Puis je choisis quelque umbrageuse place
Près du rivage, et ce neantmoins seure
Pour me garder de la poignant’ morsure
D’aucune fiere, et oultrageuse beste.
Lors, je respans mes fleurs dessoubs ma teste,
En attendant qu’à dormir me convie
Le son de l’eau murmurant, comme pluye,
Qui lentement sur les arbres descend :
Ou comme autour de ces estangz on sent
Le vent souef parmi les cannes bruire.
Le soir venu je m’en revois desduire
Du long de l’eau par les preaux herbus,
Lors que les rayz du tresardant Phebus
Sont abaissez. Et sur la nuict paoureuse
Je me retire en la vallee umbreuse
Soubs quelque roc pendant et caverneux,
Qui point ne soit moiste, ny espineux,
Ou sur ces peaux estendu à l’envers
Je voy du Ciel les mouvements divers,
Et le discours de la Lune croissante
S’elle sera proufitable, ou nuisante,
Contemplant tout selon mon rude sens
Jusques à tant, que ravir je me sens
Par le sommeil en paisible séjour
Sans pensement jusqu’à l’aube du jour,
Qu’elle blanchit, et vers le Matin monte.
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Microcosme au lecteur
Le vain travail de voir divers païs
Aporte estime à qui vagabond erre,
Combien qu’il perde à changer ciel, et terre,
Ses meilleurs jours du tems larron trahis :
Ce tems perdu peut aux plus esbahis
Gaigner encor son merite, et acquerre
Son loyer deu, que mieux peuvent conquerre
Veille, et labeur d’oisiveté haïs.
Ainsi errant dessous ce cours Solaire
Tardif je tasche inutile à te plaire
Ne mendiant de toi autre faveur.
Ainsi le Lys jà flestri refleuronne,
Et le Figuier regette sur l’Autonne
Son second fruict, mais vert, et sans saveur.
Moins je le voy...
Moins je la voy, certes plus je la hays :
Plus je la hays, et moins elle me fasche.
Plus je l’estime, et moins compte j’en fais :
Plus je la fuys, plus veulx qu’elle me sache.
En un moment deux divers traictz me lasche
Amour et hayne, ennuy avec plaisir.
Forte est l’amour, qui lors me vient saisir,
Quand hayne vient, et vengeance me crie :
Ainsi me faict hayr mon vain desir
Celle pour qui mon cœur tousjours me prie.
Qui cuyderoit du milieu de tant d’Anges
Qui cuyderoit du milieu de tant d’Anges
Trop plus parfaictz, que plusieurs des haultz cieulx,
Amour parfaire aultrepart ses vendanges,
Voire en Hyver, qui jà pernicieux
Va dépeuplant les champs delicieux,
De sa fureur faisant premier essay.
Et qu’il soit vray, et comme je le scay :
Constrainct : je suis d’un grand desir extresme
Venir au lieu, non ou je te laissay,
Mais, t’y laissant je m’y perdis moymesme.
Si doulcement le venin de tes yeulx
Si doulcement le venin de tes yeulx
Par mesme lieu aux fonz du cœur entra,
Que sans douleur le desir soucyeux
De liberté tout seul il rencontra.
Mais, l’occupant, peu à peu, penetra,
Où l’Ame libre en grand seurté vivoit :
Alors le sang, qui d’elle charge avoit,
Les membres laisse et fuit au profond Puys,
Voulant cacher le feu que chascun voit,
Lequel je couvre, et celer ne le puis.
Si le desir, image de la chose
Si le desir, image de la chose
Que plus on ayme, est du cœur le miroir,
Qui tousjours fait par memoire apparoir
Celle où l’esprit de ma vie repose,
A quelle fin mon vain vouloir propose
De m’esloingner de ce qui plus me suyt?
Plus fuit le Cerf, et plus on le poursuyt,
Pour mieulx le rendre aux rhetz de servitude :
Plus je m’absente et plus le mal s’ensuyt
De ce doulx bien, Dieu de l’amaritude.
Tant je l’aymay, qu’en elle encor je vis
Tant je l’aymay, qu’en elle encor je vis :
Et tant la vy, que, maulgre moy, je l’ayme.
Le sens, et l’âme y furent tant ravis,
Que par l’Œil fault que le cœur la desayme.
Est-il possible en ce degré suprême
Que fermeté son oultrepas révoque ?
Tant fut la flamme en nous deux réciproque,
Que mon feu luict, quand le sien clair m’appert
Mourant le sien, le mien tost se suffoque.
Et ainsi elle, en se perdant, me pert.
Toute doulceur d’Amour est destrempée
Toute doulceur d’Amour est destrempée
De fiel amer, et de mortel venin,
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