BEATA
Avant qu’une fois encore les deux moitiés de l’unit se divisent,
Et que la nuit se rompe par le milieu qui est commune aux morts et aux vivants !
Avant que la nuit de nouveau nous abandonne, pleine de ceux qui nous sont chers,
Et que cessant de remplir nos demeures, elle reflue de nouveau et nous quitte comme une terre dont l’eau s’exprime !
Et toi qui m’as quittée, adieu une fois encore !
Avant que tu reviennes de nouveau te présenter sur le miroir de mon âme,
Comme les dieux sous le diaphragme au plus profond de la bête ont placé le foie poli et brillant que les sacrificateurs interrogent !
À présent c’est le moment de la lutte entre la lumière et l’ombre et ce monde solide tressaille et semble saisi d’ivresse !
Tout remue et chancelle et se transforme et semble danser,
Et sur les plaines chatoyantes se peignent des images démesurées. Voici le monde plus rouge que la caverne des Cabires
Et le torrent des ombres descend le long de la paroi.
Tout se meut ! c’est la Création qui reprend contact avec elle-même et le mot d’ordre à l’infini se propage et se multiplie !
C’est l’immense procession autour de nous qui se remet en ordre avant qu’à pleins bords elle recommence à passer !
Et je vois de mes yeux autour de moi ma prison qui coule et qui s’en va ! Je suis l’hôte de ce fleuve ininterrompu. (Et dirai-je que tout s’en va ou que tout revient vers nous ?)
Et qu’il est facile en plein courant d’être détaché et de ne tenir à rien ! Avant que le temps recommence,
Avant que l’ombre de nouveau, cherchant sa place, revienne se poser sur notre corps comme la flamme sur le flambeau !
Que le soleil de ce monde triomphe, nous refusons d’être pénétrés,
Et refoulés, acculés, nous lui opposons cette invincible paroi,
Afin que, nous-mêmes d’un côté et de l’autre les flammes de la Forge,
Toutes choses dessus se peignent et l’image de ce qui nous regarde.
Jusqu’à ce que nos ténèbres et celles qui grandissent à l’Orient de nouveau
Courent au-devant l’une de l’autre et que la première vague de cette sombre marée ébranle de nouveau la barque !
Jusqu’à ce que la mer de nouveau fasse défaut sous ma quille !
Ah ! pas plus moelleusement une vieille nef au piège de quelque Célèbe n’épousera la borne occulte sous la mer
Que toute mon âme d’avance ne se prête à ce choc ténébreux !
Ah ! il est plus malaisé pour l’âme que pour le corps de mourir et de trouver sa fin !
Où finit le corps sinon où l’autre corps à lui se fait sentir ?
Où finit le son sinon à l’oreille qui lui est accordée ? où le parfum, ailleurs que dans le cœur qui l’aspire ?
Et où finit ma voix ; sinon
À ces deux voix fondues que le jour va disjoindre,
Les vôtres, mes sœurs ?
Et où finit la femme sinon dans l’âme prédestinée et ce port qui la contient de tous côtés
De l’époux qui d’être ailleurs ne lui laisse aucune liberté ?
Salut de nouveau, o toi qui m’as quittée !
Jadis au bord de ce fleuve d’Égypte, en ce temps de nos noces,
En ces jours d’un temps étrange et plus long que les dieux nous ont comptés et mesurés,
Tu me disais : « O visage dans les ténèbres ! double et funèbre iris !
Laisse-moi regarder tes yeux ! Laisse-moi lire ces choses qui se peignent sur le mur de ton âme et que toi-même ne connais pas !
Est-il vrai que je vais mourir ? dis, ne suis-je donc autre chose que cette présence précaire et misérable ? est-ce dans le temps que je t’ai épousée ?
Trois fois le papillon blanc n’aura pas palpité dans le rayon de cette lune Sarrazine
Que déjà je me suis dispersé !
Ne suis-je pas autre chose que cette main que tu veux saisir et ce poids un instant sur ta couche ?
La nuit passe, le jour revient, Beata ! »
Et je répondais : « Qu’importe le jour ? Éteins cette lumière !
Éteins promptement cette lumière qui ne me permet de voir que ton visage ! »
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