L’hylas
. . . . . .
Tandis qu’Hylas, jeune, gaillard et brusque,
Aux blanches mains, à la longue perruque,
Au beau visage, à l’œil noir et serain,
Prist une cruche aux deux anses d’airain,
Et seul entra dans la forest prochaine,
Pour chercher l’eau d’une belle fontaine.
Comme il alloit, les freres qui avoyent
Ailes au dos, amoureux, le suivoyent,
Volant sur luy, pour baiser sa chair blanche ;
Il destournoit l’embusche d’une branche,
Marchant tousjours pour soudain retourner
Avant qu’Hercule n’arrivast disner.
Il nourris soit l’enfant pour tel office ;
En ce seul fait il luy faisoit service,
Car en mangeant Hercule ne beuvoit
Que la seule eau dont l’enfant l’abreuvoit,
Ny Telamon, comme fortune assemble
Deux grans amis en une table ensemble.
C’est un tresor que la bonne Amitié,
Quand un ami retrouve sa moitié.
Or cest enfant, comme son pied le meine,
Dans la forest ombreuse se pourmeine,
Errant par tout, ains qu’aviser le bord
De la fontaine où l’attendoit la mort.
. . . . . .
Ceste fontaine estoit tout-à-l’entour
Riche d’esmail et de fleurs, que l’Amour
De corps humain fist changer en fleurettes
Peintes du teint des pâlies amourettes :
Le lis sauvage, et la rose, et l’œillet,
Le roux souci, l’odorant serpoullet,
Le bleu glayeul, les hautes gantelées,
La pasquerette aux feuilles piolées,
La giroflée et le passe-velours,
Et le narcis qui ne vit que deux jours,
Et ceste fleur que l’avril renouvelle,
Et qui du nom des Satyres s’appelle…
. . . . . .
Un chesne large ombrageoit l’onde noire ;
Faunes, Sylvains n’y venoyent jamais boire,
Ains de bien loin s’enfuyoient esbahis ;
Maison sacrée aux Nymphes du païs,
Et au Printemps, qui de sa douce haleine
Embasmoit l’air, les forests et la plaine,
Que les pasteurs en frayeur honoroyent,
Et de bouquets les rives decoroyent.
Un ombre lent par petite secousse
Erroit dessus, ainsi que le vent pousse,
Pousse et repousse, et pousse sur les eaux
L'entrelassure ombreuse des rameaux.
Là meinte source en bouillons sablonneuse,
Faisant jallir meinte conque perleuse,
Peindoit les bords de passemens divers,
De gravois gris, rouges, jaunes et pers.
Là carolloyent à tresses descoifées
De main à main les Nymphes et les Fées,
Foulant des pieds les herbes d’alentour,
Puis dessous l’eau se cachoyent tout le jour.
. . . . . .
Tandis Hylas de la gauche s’appuye
Dessus le bord, de l’autre tient la buye,
Qu'à front panché laisse tomber en l’eau ;
L'eau qui s’engouffre au ventre du vaisseau,
Fist un grand bruit ; en-ce-pendant Printine,
Ardante au cœur d’une telle rapine,
Sa gauche main finement approcha,
Et du garçon le col elle accrocha ;
Coup dessus coup le baise et le rebaise
En l’attirant, à fin que plus à l’aise
Sa pesanteur l’emportast contre-bas ;
Puis de la dextre elle happa le bras
Dont il tenoit le vaisseau, et s’efforce
De le tirer sous l’onde à toute force.
Hylas crioit et resistoit en vain ;
Dedans le gouffre il tomba tout soudain.
. . . . . .
Tandis qu’Hylas, jeune, gaillard et brusque,
Aux blanches mains, à la longue perruque,
Au beau visage, à l’œil noir et serain,
Prist une cruche aux deux anses d’airain,
Et seul entra dans la forest prochaine,
Pour chercher l’eau d’une belle fontaine.
Comme il alloit, les freres qui avoyent
Ailes au dos, amoureux, le suivoyent,
Volant sur luy, pour baiser sa chair blanche ;
Il destournoit l’embusche d’une branche,
Marchant tousjours pour soudain retourner
Avant qu’Hercule n’arrivast disner.
Il nourris soit l’enfant pour tel office ;
En ce seul fait il luy faisoit service,
Car en mangeant Hercule ne beuvoit
Que la seule eau dont l’enfant l’abreuvoit,
Ny Telamon, comme fortune assemble
Deux grans amis en une table ensemble.
C’est un tresor que la bonne Amitié,
Quand un ami retrouve sa moitié.
Or cest enfant, comme son pied le meine,
Dans la forest ombreuse se pourmeine,
Errant par tout, ains qu’aviser le bord
De la fontaine où l’attendoit la mort.
. . . . . .
Ceste fontaine estoit tout-à-l’entour
Riche d’esmail et de fleurs, que l’Amour
De corps humain fist changer en fleurettes
Peintes du teint des pâlies amourettes :
Le lis sauvage, et la rose, et l’œillet,
Le roux souci, l’odorant serpoullet,
Le bleu glayeul, les hautes gantelées,
La pasquerette aux feuilles piolées,
La giroflée et le passe-velours,
Et le narcis qui ne vit que deux jours,
Et ceste fleur que l’avril renouvelle,
Et qui du nom des Satyres s’appelle…
. . . . . .
Un chesne large ombrageoit l’onde noire ;
Faunes, Sylvains n’y venoyent jamais boire,
Ains de bien loin s’enfuyoient esbahis ;
Maison sacrée aux Nymphes du païs,
Et au Printemps, qui de sa douce haleine
Embasmoit l’air, les forests et la plaine,
Que les pasteurs en frayeur honoroyent,
Et de bouquets les rives decoroyent.
Un ombre lent par petite secousse
Erroit dessus, ainsi que le vent pousse,
Pousse et repousse, et pousse sur les eaux
L'entrelassure ombreuse des rameaux.
Là meinte source en bouillons sablonneuse,
Faisant jallir meinte conque perleuse,
Peindoit les bords de passemens divers,
De gravois gris, rouges, jaunes et pers.
Là carolloyent à tresses descoifées
De main à main les Nymphes et les Fées,
Foulant des pieds les herbes d’alentour,
Puis dessous l’eau se cachoyent tout le jour.
. . . . . .
Tandis Hylas de la gauche s’appuye
Dessus le bord, de l’autre tient la buye,
Qu'à front panché laisse tomber en l’eau ;
L'eau qui s’engouffre au ventre du vaisseau,
Fist un grand bruit ; en-ce-pendant Printine,
Ardante au cœur d’une telle rapine,
Sa gauche main finement approcha,
Et du garçon le col elle accrocha ;
Coup dessus coup le baise et le rebaise
En l’attirant, à fin que plus à l’aise
Sa pesanteur l’emportast contre-bas ;
Puis de la dextre elle happa le bras
Dont il tenoit le vaisseau, et s’efforce
De le tirer sous l’onde à toute force.
Hylas crioit et resistoit en vain ;
Dedans le gouffre il tomba tout soudain.
. . . . . .
Commentaires (0)
Se connecter
pour publier un commentaire.
Pas encore de commentaires. Soyez le premier à commenter.