Ode a michel de l’hopital chancelier de france
Strophe I
Errant par les champs de la Grâce
Qui peint mes vers de ses couleurs,
Sus les bords Dirceans j’amasse
L’eslite des plus belles fleurs,
A fin qu’en pillant, je façonne
D’une laborieuse main
La rondeur de ceste couronne
Trois fois torse d’un ply Thebain,
Pour orner le haut de la gloire
Du plus heureux mignon des Dieux,
Qui ça bas ramena des Cieux
Les filles qu’enfanta Memoire.
Antistrophe
Memoire, Royne d’Eleuthere,
Par neuf baisers qu’elle receut
De Jupiter qui la fist mere,
D’un seul coup neuf filles conceut.
Mais quand la Lune vagabonde
Eut courbé douze fois en rond,
Pour r’enflamer l’obscur du monde,
La double voûte de son front,
Memoire, de douleur outrée,
Dessous Olympe se coucha,
Et criant Lucine, accoucha
De neuf filles d’une ventrée,
Épode
En qui respandit le Ciel
Une musique immortelle,
Comblant leur bouche nouvelle
Du jus d’un Attique miel,
Et à qui vrayment aussi
Les vers furent en souci,
Les vers dont flattez nous sommes,
A fin que leur doux chanter
Peust doucement enchanter
Le soin des Dieux et des hommes.
Strophe II
Aussi tost que leur petitesse,
Courant avec les pas du Temps,
Eut d’une rampante vistesse
Touché la borne de sept ans,
Un sang naturel, qui commande
De voir ses parens, vint saisir
Le cœur de ceste jeune bande,
Chatouillé d’un noble désir,
Si qu’elles, mignardant leur mere,
Neuf et neuf bras furent pliant
Autour de son col, la priant
De voir la face de leur pere.
Antistrophe
Memoire, impatiente d’aise,
Délaçant leur petite main,
L’une apres l’autre les rebaise,
Et les presse contre son sein.
Hors des poumons à lente peine
Une parole luy montoit,
De souspirs allaigrement pleine
Tant l’affection l’agitoit,
Pour avoir desja cognoissance
Combien ses filles auront d’heur,
Ayant de près veu la grandeur
Du Dieu qui planta leur naissance.
Épode
Apres avoir relié
D’un tortis de violettes
Et d’un cerne de fleurettes
L’or de leur chef délié,
Apres avoir proprement
Troussé leur accoutrement,
Marcha loin devant sa trope,
Et la hastant jour et nuit,
D’un pied dispos, la conduit
Jusqu’au rivage Æthiope.
Strophe III
Ces vierges encore nouvelles,
Et mal-apprises au labeur,
Voyant le front des eaux cruelles,
S’effroyerent d’une grand’peur,
Et toutes pencherent arriere,
Tant elles s’alloyent esmouvant,
Ainsi qu’au bord d’une riviere
Un jonc se penche sous le vent.
Mais leur mere, non estonnée
De voir leur sein qui haletoit,
Pour les asseurer les flatoit
De ceste parole empennée :
Antistrophe
« Courage, mes filles, dit-elle,
Et filles de ce Dieu puissant,
Qui seul en sa main immortelle
Soutient le foudre rougissant.
Ne craignez point les vagues creuses
De l’eau qui bruit profondement,
Sur qui vos chansons doucereuses
Auront un jour commandement ;
Mais forcez-moy ces longues rides,
Et ne vous souffrez decevoir,
Que votre pere n’alliez voir
Dessous ces Royaumes humides. »
Épode
Disant ainsi, d’un plein saut
Toute dans les eaux s’allonge,
Comme un Cygne qui se plonge
Quand il voit l’aigle d’enhaut,
Ou ainsi que l’arc des Cieux
Qui d’un grand tour spacieux
Tout d’un coup en la mer glisse,
Quand Junon haste ses pas
Pour aller porter là bas
Un message à sa nourrice.
Strophe IV
Elles adonc, voyant la trace
De leur mere, qui ja sondoit
Le creux du plus humide espace,
Qu’à coup de bras elle fendoit,
A chef baissé sont devalées,
Penchant bas la teste et les yeux
Dans le sein des plaines salées.
L’eau qui jallit jusques aux cieux,
Grondant sus elles se regorge,
Et frisant deçà et delà
Mille tortis, les avala
Dedans le goufre de sa gorge.
Antistrophe
En cent façons, de mains ouvertes
Et de pieds voutez en deux pars,
Sillonnoyent les campagnes vertes
De leurs bras vaguement espars.
Comme le plomb, dont la secousse
Traine le filet jusqu’au fond,
L’extreme desir qui les pousse,
Avalle contre-bas leur front,
Tousjours sondant ce vieil repaire
Jusques aux portes du chasteau
De l’Ocean, qui dessous l’eau
Donnoit un festin à leur pere.
Épode
De ce Palais eternel,
Brave en colonnes hautaines
Sourdoyent de mille fontaines
Le vif sourgeon perennel.
Là pendoit sous le portail
Lambrissé de verd esmail
Sa charrette vagabonde,
Qui le roule d’un grand tour,
Soit de nuict ou soit de jour,
Deux fois tout au rond du monde.
Strophe V
Là sont par la Nature encloses
Au fond de cent mille vaisseaux
Les semences de toutes choses,
Eternelles filles des eaux.
Là les Tritons chassant les fleuves,
Sous la terre les escouloyent
Aux canaux de leurs rives neuves,
Puis de rechef les r’appelloyent.
Là ceste troupe est arrivée
Desur le poinct : qu’on desservoit,
Et que desja Portonne avoit
La première nape levée.
Antistrophe
Phebus, du milieu de la table,
Pour resjouyr le front des Dieux,
Matioit sa voix delectable
A son archet melodieux,
Quand l’œil du Pere qui prend garde
Sus un chacun, se costoyant
A l’escart des autres, regarde
Ce petit troupeau flamboyant,
De qui l’honneur, le port, la grace
Qu’empreint sur le front il portoit,
Publioit assez qu’il sortoit
De l’heureux tige de sa race.
Épode
Luy qui debout se dressa,
Et de plus près les œillade
Les serrant d’une accollade
Mille fois les caressa,
Tout esgayé de voir peint
Dedans les traits de leur teint
Le naïf des graces siennes.
Puis pour son hoste esjouïr
Les chansons voulut ouïr
De ces neuf Musiciennes.
. . . . . .
Errant par les champs de la Grâce
Qui peint mes vers de ses couleurs,
Sus les bords Dirceans j’amasse
L’eslite des plus belles fleurs,
A fin qu’en pillant, je façonne
D’une laborieuse main
La rondeur de ceste couronne
Trois fois torse d’un ply Thebain,
Pour orner le haut de la gloire
Du plus heureux mignon des Dieux,
Qui ça bas ramena des Cieux
Les filles qu’enfanta Memoire.
Antistrophe
Memoire, Royne d’Eleuthere,
Par neuf baisers qu’elle receut
De Jupiter qui la fist mere,
D’un seul coup neuf filles conceut.
Mais quand la Lune vagabonde
Eut courbé douze fois en rond,
Pour r’enflamer l’obscur du monde,
La double voûte de son front,
Memoire, de douleur outrée,
Dessous Olympe se coucha,
Et criant Lucine, accoucha
De neuf filles d’une ventrée,
Épode
En qui respandit le Ciel
Une musique immortelle,
Comblant leur bouche nouvelle
Du jus d’un Attique miel,
Et à qui vrayment aussi
Les vers furent en souci,
Les vers dont flattez nous sommes,
A fin que leur doux chanter
Peust doucement enchanter
Le soin des Dieux et des hommes.
Strophe II
Aussi tost que leur petitesse,
Courant avec les pas du Temps,
Eut d’une rampante vistesse
Touché la borne de sept ans,
Un sang naturel, qui commande
De voir ses parens, vint saisir
Le cœur de ceste jeune bande,
Chatouillé d’un noble désir,
Si qu’elles, mignardant leur mere,
Neuf et neuf bras furent pliant
Autour de son col, la priant
De voir la face de leur pere.
Antistrophe
Memoire, impatiente d’aise,
Délaçant leur petite main,
L’une apres l’autre les rebaise,
Et les presse contre son sein.
Hors des poumons à lente peine
Une parole luy montoit,
De souspirs allaigrement pleine
Tant l’affection l’agitoit,
Pour avoir desja cognoissance
Combien ses filles auront d’heur,
Ayant de près veu la grandeur
Du Dieu qui planta leur naissance.
Épode
Apres avoir relié
D’un tortis de violettes
Et d’un cerne de fleurettes
L’or de leur chef délié,
Apres avoir proprement
Troussé leur accoutrement,
Marcha loin devant sa trope,
Et la hastant jour et nuit,
D’un pied dispos, la conduit
Jusqu’au rivage Æthiope.
Strophe III
Ces vierges encore nouvelles,
Et mal-apprises au labeur,
Voyant le front des eaux cruelles,
S’effroyerent d’une grand’peur,
Et toutes pencherent arriere,
Tant elles s’alloyent esmouvant,
Ainsi qu’au bord d’une riviere
Un jonc se penche sous le vent.
Mais leur mere, non estonnée
De voir leur sein qui haletoit,
Pour les asseurer les flatoit
De ceste parole empennée :
Antistrophe
« Courage, mes filles, dit-elle,
Et filles de ce Dieu puissant,
Qui seul en sa main immortelle
Soutient le foudre rougissant.
Ne craignez point les vagues creuses
De l’eau qui bruit profondement,
Sur qui vos chansons doucereuses
Auront un jour commandement ;
Mais forcez-moy ces longues rides,
Et ne vous souffrez decevoir,
Que votre pere n’alliez voir
Dessous ces Royaumes humides. »
Épode
Disant ainsi, d’un plein saut
Toute dans les eaux s’allonge,
Comme un Cygne qui se plonge
Quand il voit l’aigle d’enhaut,
Ou ainsi que l’arc des Cieux
Qui d’un grand tour spacieux
Tout d’un coup en la mer glisse,
Quand Junon haste ses pas
Pour aller porter là bas
Un message à sa nourrice.
Strophe IV
Elles adonc, voyant la trace
De leur mere, qui ja sondoit
Le creux du plus humide espace,
Qu’à coup de bras elle fendoit,
A chef baissé sont devalées,
Penchant bas la teste et les yeux
Dans le sein des plaines salées.
L’eau qui jallit jusques aux cieux,
Grondant sus elles se regorge,
Et frisant deçà et delà
Mille tortis, les avala
Dedans le goufre de sa gorge.
Antistrophe
En cent façons, de mains ouvertes
Et de pieds voutez en deux pars,
Sillonnoyent les campagnes vertes
De leurs bras vaguement espars.
Comme le plomb, dont la secousse
Traine le filet jusqu’au fond,
L’extreme desir qui les pousse,
Avalle contre-bas leur front,
Tousjours sondant ce vieil repaire
Jusques aux portes du chasteau
De l’Ocean, qui dessous l’eau
Donnoit un festin à leur pere.
Épode
De ce Palais eternel,
Brave en colonnes hautaines
Sourdoyent de mille fontaines
Le vif sourgeon perennel.
Là pendoit sous le portail
Lambrissé de verd esmail
Sa charrette vagabonde,
Qui le roule d’un grand tour,
Soit de nuict ou soit de jour,
Deux fois tout au rond du monde.
Strophe V
Là sont par la Nature encloses
Au fond de cent mille vaisseaux
Les semences de toutes choses,
Eternelles filles des eaux.
Là les Tritons chassant les fleuves,
Sous la terre les escouloyent
Aux canaux de leurs rives neuves,
Puis de rechef les r’appelloyent.
Là ceste troupe est arrivée
Desur le poinct : qu’on desservoit,
Et que desja Portonne avoit
La première nape levée.
Antistrophe
Phebus, du milieu de la table,
Pour resjouyr le front des Dieux,
Matioit sa voix delectable
A son archet melodieux,
Quand l’œil du Pere qui prend garde
Sus un chacun, se costoyant
A l’escart des autres, regarde
Ce petit troupeau flamboyant,
De qui l’honneur, le port, la grace
Qu’empreint sur le front il portoit,
Publioit assez qu’il sortoit
De l’heureux tige de sa race.
Épode
Luy qui debout se dressa,
Et de plus près les œillade
Les serrant d’une accollade
Mille fois les caressa,
Tout esgayé de voir peint
Dedans les traits de leur teint
Le naïf des graces siennes.
Puis pour son hoste esjouïr
Les chansons voulut ouïr
De ces neuf Musiciennes.
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