Connaissance de dieu
Consolateur! quand j’allais ramener le soir
Sur mon visage pour m’éteindre avec ma race,
Une musique m’éveilla. C’était le vent
Qui chantait dans mes os : ou peut-être la terre
Otée du four et que pénètre le serein
Craquelant la chaleur du sol. Ainsi des siècles
Se plaignent-ils quand on défourne des tombeaux
Couvés par les déserts d’une brilante Asie,
Les vases des Empires morts. Si je suspends
La harpe de David dans les saules, je vois
Le roi danser autour de l’arche : et quand le Livre
S’ouvre aux commandements du vent, voici gémir
Jérémie sur Moab comme une flite. Aucune
Parole grande ne se meurt. Je sais alors
Que le verbe est la seule éternité : promesse
D’âme, et qu’un jour viendront des hommes en esprit
Fondés sur la très sire assise du langage,
Qui prieront à visage ouvert sans se cacher
Honteux, derrière leur chapeau
Car si le chant
Kst obscur, et la voix du Baptiste enrouée,
C’est que ’homme de lourde argile n’est poreux
Que par blessure, et non saisi d’égale flamme :
Tous parlent, mais bien peu savent chanter. Leur âme
Est rare comme l’air prisonnier des murs :
Rien ne porte le son au-delà de lui-même,
Le poète a les pierres seules pour écho.
Mais ils respirent cette voix s’ils ne l’entendent,
Et quelque jour des poumons d’homme connaîtront
Que la Parole était leur souffle, aussi commune
Que l’air ou le soleil sur la peau nue. Ce jour
Verra la terre s’arrêter comme la roue
Du potier quand le vase a reçu forme. Et Toi
Consolateur! Tu saisiras dans ton brasier
De Pentecéte l’Ame unique de ce monde,
Tous les hommes en un seul Verbe réunis
Un seul temple votif, un seul sépulcre vide
Un seul vase où fera libation l’Esprit.
BABEL, IV, Commencement de homme.
Sur mon visage pour m’éteindre avec ma race,
Une musique m’éveilla. C’était le vent
Qui chantait dans mes os : ou peut-être la terre
Otée du four et que pénètre le serein
Craquelant la chaleur du sol. Ainsi des siècles
Se plaignent-ils quand on défourne des tombeaux
Couvés par les déserts d’une brilante Asie,
Les vases des Empires morts. Si je suspends
La harpe de David dans les saules, je vois
Le roi danser autour de l’arche : et quand le Livre
S’ouvre aux commandements du vent, voici gémir
Jérémie sur Moab comme une flite. Aucune
Parole grande ne se meurt. Je sais alors
Que le verbe est la seule éternité : promesse
D’âme, et qu’un jour viendront des hommes en esprit
Fondés sur la très sire assise du langage,
Qui prieront à visage ouvert sans se cacher
Honteux, derrière leur chapeau
Car si le chant
Kst obscur, et la voix du Baptiste enrouée,
C’est que ’homme de lourde argile n’est poreux
Que par blessure, et non saisi d’égale flamme :
Tous parlent, mais bien peu savent chanter. Leur âme
Est rare comme l’air prisonnier des murs :
Rien ne porte le son au-delà de lui-même,
Le poète a les pierres seules pour écho.
Mais ils respirent cette voix s’ils ne l’entendent,
Et quelque jour des poumons d’homme connaîtront
Que la Parole était leur souffle, aussi commune
Que l’air ou le soleil sur la peau nue. Ce jour
Verra la terre s’arrêter comme la roue
Du potier quand le vase a reçu forme. Et Toi
Consolateur! Tu saisiras dans ton brasier
De Pentecéte l’Ame unique de ce monde,
Tous les hommes en un seul Verbe réunis
Un seul temple votif, un seul sépulcre vide
Un seul vase où fera libation l’Esprit.
BABEL, IV, Commencement de homme.
Commentaires (0)
Se connecter
pour publier un commentaire.
Pas encore de commentaires. Soyez le premier à commenter.