Mais l’aigle de patmos...
Mais l’aigle de Patmos, oi est-il? La chouette
Chuinte des hymnes sur sa tombe. On a rogné
Les ailes de ton Livre et cloué le lutrin
Qui jadis avait forme d’ange. De ta chaire
Pendent par grappes des vampires. Quand tes clercs
Discourent, il se fait un remous d’ailes molles
Comme un chuchillement spongieux de paroles
Et des chauve-souris s’abattent d’oi montaient
Les colombes de feu sur les siècles. L’échine
Des Ames sous vos mains d’eunuques onctueux
Moutonne, et leur troupeau bêle d’aise
Mais qui
N’aurait honte a leur vue d’être une Ame? L’esprit,
Lion que vous frisez en vain comme une agnelle
Etripe vos propos laineux : voici le sang
Qui coule. Vous n’en saviez plus l’odeur, ministres
D’un culte dont le vin chichement mesuré
Ne saoule plus d’un saint délire. Il faudra boire
Ce sang et son odeur de chaos, abreuver
Vos brebis à la plaie du monde, baptiser
Dans les entrailles du martyre vos témoins,
Ou bien crever auprès de vos calices vides,
Comme des rats dans un tabernacle scellé.
Certes nous n’avons plus de prêtres parmi nous,
Ils ont laissé leur Dieu s’aigrir dans leur peau rance
Et nous, dans ce désert qui boucane nos cœurs
La soif est notre enfer, — notre Ciel! Quand le feu
De la damnation nous tisse de ses fibres
Ce feu qui d’un grand Non surcharge le soleil
Ce seul orgueil que nous gardions celui de croire
Que né du Rien ’homme y retourne librement,
Se nomme Dieu contre nous-mêmes et louange
En nous plus haut qu’au temps des cathédrales : nous
Qui n’avons plus assez de foi pour cimenter
Deux pierres en ton Nom qui n’est plus qu’une idole
Nous bâtissons de flamme atroce et de refus
De feu grégeois bralant la barque de l’Apétre
Une Kglise, une nef dont la voile et le vent
Seront l’aigle qui s’ouvre aux futurs comme un Livre.
Nous ne le lirons pas, qu’importe ? I] nous suffit
Que l’aigle monte de nos cendres et se tienne
Comme un miroir devant ta Face, illuminant
Ta gloire d’un éclat qui la nie et lavive
Concentrant ton amour que son cœur réfléchit
Jusques au cœur de ton absence à forme d’homme,
Abîme de ta mort, creuset de ton Esprit!
BABEL, IV, Commencement de homme.
Chuinte des hymnes sur sa tombe. On a rogné
Les ailes de ton Livre et cloué le lutrin
Qui jadis avait forme d’ange. De ta chaire
Pendent par grappes des vampires. Quand tes clercs
Discourent, il se fait un remous d’ailes molles
Comme un chuchillement spongieux de paroles
Et des chauve-souris s’abattent d’oi montaient
Les colombes de feu sur les siècles. L’échine
Des Ames sous vos mains d’eunuques onctueux
Moutonne, et leur troupeau bêle d’aise
Mais qui
N’aurait honte a leur vue d’être une Ame? L’esprit,
Lion que vous frisez en vain comme une agnelle
Etripe vos propos laineux : voici le sang
Qui coule. Vous n’en saviez plus l’odeur, ministres
D’un culte dont le vin chichement mesuré
Ne saoule plus d’un saint délire. Il faudra boire
Ce sang et son odeur de chaos, abreuver
Vos brebis à la plaie du monde, baptiser
Dans les entrailles du martyre vos témoins,
Ou bien crever auprès de vos calices vides,
Comme des rats dans un tabernacle scellé.
Certes nous n’avons plus de prêtres parmi nous,
Ils ont laissé leur Dieu s’aigrir dans leur peau rance
Et nous, dans ce désert qui boucane nos cœurs
La soif est notre enfer, — notre Ciel! Quand le feu
De la damnation nous tisse de ses fibres
Ce feu qui d’un grand Non surcharge le soleil
Ce seul orgueil que nous gardions celui de croire
Que né du Rien ’homme y retourne librement,
Se nomme Dieu contre nous-mêmes et louange
En nous plus haut qu’au temps des cathédrales : nous
Qui n’avons plus assez de foi pour cimenter
Deux pierres en ton Nom qui n’est plus qu’une idole
Nous bâtissons de flamme atroce et de refus
De feu grégeois bralant la barque de l’Apétre
Une Kglise, une nef dont la voile et le vent
Seront l’aigle qui s’ouvre aux futurs comme un Livre.
Nous ne le lirons pas, qu’importe ? I] nous suffit
Que l’aigle monte de nos cendres et se tienne
Comme un miroir devant ta Face, illuminant
Ta gloire d’un éclat qui la nie et lavive
Concentrant ton amour que son cœur réfléchit
Jusques au cœur de ton absence à forme d’homme,
Abîme de ta mort, creuset de ton Esprit!
BABEL, IV, Commencement de homme.
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