Vous qui pillez l’émail de ces couleurs,
Friandes mains qui amenez les fraises,
Que de tourments se cachent sous vos aises,
Que de serpents se coulent sur les fleurs !

J’étais plongée en l’océan d’aimer,
Je me noyais au fleuve Achérontide,
J’épans au bord ma robe toute humide
Et sacrifie au grand Dieu de la mer.

Fermez l’oreille aux mortelles douceurs,
Amans, nochers, n’écoutez les Sirènes.
Ma peine fut d’avoir ouï leurs peines
Et ma douleur d’entendre leurs douleurs.

A l’escler viollant de ta face divine,
N’estant qu’homme mortel, ta celeste beaulté
Me fist goutter la mort, la mort et la ruyne
Pour de nouveau venir à l’immortalité.

Ton feu divin brusla mon essence mortelle,
Ton celleste m’esprit et me ravit aux Cieulx,
Ton âme estait divine et la mienne fut telle :
Deesse, tu me mis au ranc des aultres Dieux.

Ma bouche osa toucher la bouche cramoysie
Por cœiller sans la mort l’immortelle beaulté,
J'ay vescu de nectar, j’ay sucsé l’ambroysie,
Savourant le plus doux de la divinité.
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