Poèmes de ce thème
Saisons (printemps, été, automne, hiver)
Agrippa d'Aubigné
Le printemps
Vous qui pillez l’émail de ces couleurs,
Friandes mains qui amenez les fraises,
Que de tourments se cachent sous vos aises,
Que de serpents se coulent sur les fleurs !
J’étais plongée en l’océan d’aimer,
Je me noyais au fleuve Achérontide,
J’épans au bord ma robe toute humide
Et sacrifie au grand Dieu de la mer.
Fermez l’oreille aux mortelles douceurs,
Amans, nochers, n’écoutez les Sirènes.
Ma peine fut d’avoir ouï leurs peines
Et ma douleur d’entendre leurs douleurs.
A l’escler viollant de ta face divine,
N’estant qu’homme mortel, ta celeste beaulté
Me fist goutter la mort, la mort et la ruyne
Pour de nouveau venir à l’immortalité.
Ton feu divin brusla mon essence mortelle,
Ton celleste m’esprit et me ravit aux Cieulx,
Ton âme estait divine et la mienne fut telle :
Deesse, tu me mis au ranc des aultres Dieux.
Ma bouche osa toucher la bouche cramoysie
Por cœiller sans la mort l’immortelle beaulté,
J'ay vescu de nectar, j’ay sucsé l’ambroysie,
Savourant le plus doux de la divinité.
. . . . . .
Friandes mains qui amenez les fraises,
Que de tourments se cachent sous vos aises,
Que de serpents se coulent sur les fleurs !
J’étais plongée en l’océan d’aimer,
Je me noyais au fleuve Achérontide,
J’épans au bord ma robe toute humide
Et sacrifie au grand Dieu de la mer.
Fermez l’oreille aux mortelles douceurs,
Amans, nochers, n’écoutez les Sirènes.
Ma peine fut d’avoir ouï leurs peines
Et ma douleur d’entendre leurs douleurs.
A l’escler viollant de ta face divine,
N’estant qu’homme mortel, ta celeste beaulté
Me fist goutter la mort, la mort et la ruyne
Pour de nouveau venir à l’immortalité.
Ton feu divin brusla mon essence mortelle,
Ton celleste m’esprit et me ravit aux Cieulx,
Ton âme estait divine et la mienne fut telle :
Deesse, tu me mis au ranc des aultres Dieux.
Ma bouche osa toucher la bouche cramoysie
Por cœiller sans la mort l’immortelle beaulté,
J'ay vescu de nectar, j’ay sucsé l’ambroysie,
Savourant le plus doux de la divinité.
. . . . . .
Alfred de Musset
A la mi-carême (extraits)
I
Le carnaval s’en va, les roses vont éclore ;
Sur les flancs des coteaux déjà court le gazon.
Cependant du plaisir la frileuse saison
Sous ses grelots légers rit et voltige encore,
Tandis que, soulevant les voiles de l’aurore,
Le Printemps inquiet paraît à l’horizon.
II
Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire,
Bien que le laboureur le craigne justement ;
L’univers y renaît ; il est vrai que le vent,
La pluie et le soleil s’y disputent l’empire.
Qu’y faire ? Au temps des fleurs, le monde est un enfant ;
C’eâ sa première larme et son premier sourire.
III
C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir
L’anémone sauvage aux corolles tremblantes.
Les femmes et les fleurs appellent le zéphyr ;
Et du fond des boudoirs les belles indolentes,
Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,
Sous les vieux marronniers commencent à venir.
IV
C’est alors que les bals, plus joyeux et plus rares,
Prolongent plus longtemps leurs dernières fanfares ;
A ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur,
La valseuse se livre avec plus de langueur ;
Les yeux sont plus hardis, les lèvres moins avares,
La lassitude enivre, et l’amour vient au cœur.
V
S’il est vrai qu’ici-bas l’adieu de ce qu’on aime
Soit un si doux chagrin qu’on en voudrait mourir,
C’est dans le mois de mars, c’est à la mi-carême
Qu’au sortir d’un souper un enfant du plaisir
Sur la valse et l’amour devrait faire un poème.
Et saluer gaîment ses dieux prêts à partir.
VI
Mais qui saura chanter tes pas pleins d’harmonie,
Et tes secrets divins, du vulgaire ignorés,
Belle Nymphe allemande aux brodequins dorés ?
O Muse de la valse ! ô fleur de poésie !
Où sont, de notre temps, les buveurs d’ambroisie
Dignes de s’étourdir dans tes bras adorés ?
Le carnaval s’en va, les roses vont éclore ;
Sur les flancs des coteaux déjà court le gazon.
Cependant du plaisir la frileuse saison
Sous ses grelots légers rit et voltige encore,
Tandis que, soulevant les voiles de l’aurore,
Le Printemps inquiet paraît à l’horizon.
II
Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire,
Bien que le laboureur le craigne justement ;
L’univers y renaît ; il est vrai que le vent,
La pluie et le soleil s’y disputent l’empire.
Qu’y faire ? Au temps des fleurs, le monde est un enfant ;
C’eâ sa première larme et son premier sourire.
III
C’est dans le mois de mars que tente de s’ouvrir
L’anémone sauvage aux corolles tremblantes.
Les femmes et les fleurs appellent le zéphyr ;
Et du fond des boudoirs les belles indolentes,
Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,
Sous les vieux marronniers commencent à venir.
IV
C’est alors que les bals, plus joyeux et plus rares,
Prolongent plus longtemps leurs dernières fanfares ;
A ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur,
La valseuse se livre avec plus de langueur ;
Les yeux sont plus hardis, les lèvres moins avares,
La lassitude enivre, et l’amour vient au cœur.
V
S’il est vrai qu’ici-bas l’adieu de ce qu’on aime
Soit un si doux chagrin qu’on en voudrait mourir,
C’est dans le mois de mars, c’est à la mi-carême
Qu’au sortir d’un souper un enfant du plaisir
Sur la valse et l’amour devrait faire un poème.
Et saluer gaîment ses dieux prêts à partir.
VI
Mais qui saura chanter tes pas pleins d’harmonie,
Et tes secrets divins, du vulgaire ignorés,
Belle Nymphe allemande aux brodequins dorés ?
O Muse de la valse ! ô fleur de poésie !
Où sont, de notre temps, les buveurs d’ambroisie
Dignes de s’étourdir dans tes bras adorés ?
Arthur Rimbaud
O saisons, ô châteaux…
O saisons, ô châteaux,
Quelle âme est sans défauts ?
O saisons, ô châteaux,
J’ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n’élude.
O vive lui, chaque fois
Que chante son coq gaulois.
Mais ! je n’aurai plus d’envie,
Il s’est chargé de ma vie.
Ce Charme ! il prit âme et corps,
Et dispersa tous efforts.
Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu’elle fuie et vole !
O saisons, ô châteaux !
Quelle âme est sans défauts ?
O saisons, ô châteaux,
J’ai fait la magique étude
Du Bonheur, que nul n’élude.
O vive lui, chaque fois
Que chante son coq gaulois.
Mais ! je n’aurai plus d’envie,
Il s’est chargé de ma vie.
Ce Charme ! il prit âme et corps,
Et dispersa tous efforts.
Que comprendre à ma parole ?
Il fait qu’elle fuie et vole !
O saisons, ô châteaux !
Charles Baudelaire
Chant d’automne
Bientôt nous plongeons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
J’écoute en frémissant chaque branche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? — C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
J’écoute en frémissant chaque branche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? — C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
Charles d'Orléans
Le temps a laissé son manteau
Le temps a quitté son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Pour revêtir la broderie
Du soleil qui luit, clair et beau.
Il n’y a bête ni oiseau
Qui ne chante ou crie dans sa langue :
« Le temps a quitté son manteau
De vent, de froidure et de pluie ! »
Rivière, source et ruisseau portent,
Pour coquette livrée, des gouttes
D’argent d’un ouvrage d’orfèvre ;
Chacun prend de nouveaux habits :
Le temps a quitté son manteau.
De vent, de froidure et de pluie,
Pour revêtir la broderie
Du soleil qui luit, clair et beau.
Il n’y a bête ni oiseau
Qui ne chante ou crie dans sa langue :
« Le temps a quitté son manteau
De vent, de froidure et de pluie ! »
Rivière, source et ruisseau portent,
Pour coquette livrée, des gouttes
D’argent d’un ouvrage d’orfèvre ;
Chacun prend de nouveaux habits :
Le temps a quitté son manteau.
Charles d'Orléans
Les fourriers d’Été sont venus
Les fourriers d’Été sont venus
Pour appareiller son logis,
Et ont fait tendre ses tapis,
De fleurs et verdure tissus.
En étendant tapis velus,
De vert herbe par le pays,
Les fourriers d’Été sont venus.
Cœurs d’ennui piéça morfondus,
Dieu merci, sont sains et jolis ;
Allez-vous-en, prenez pays,
Hiver, vous ne demeurez plus ;
Les fourriers d’Été sont venus !
Pour appareiller son logis,
Et ont fait tendre ses tapis,
De fleurs et verdure tissus.
En étendant tapis velus,
De vert herbe par le pays,
Les fourriers d’Été sont venus.
Cœurs d’ennui piéça morfondus,
Dieu merci, sont sains et jolis ;
Allez-vous-en, prenez pays,
Hiver, vous ne demeurez plus ;
Les fourriers d’Été sont venus !
Émile Verhaeren
Les Heures claires
Le beau jardin fleuri de flammes
Qui nous semblait le double ou le miroir
Du jardin clair que nous portions dans l’âme,
S’immobilise en un gel d’or, ce soir.
Un grand silence blanc est descendu s’asseoir
Là-bas, aux horizons de marbre,
Vers où s’en vont, par défilés, les arbres
Avec leur ombre immense et bleue
Et régulière, à côté d’eux.
Aucun souffle de vent, aucune haleine,
Les grands voiles du froid
Se déplient seuls, de plaine en plaine,
Sur des marais d’argent ou des routes en croix.
Les étoiles paraissent vivre.
Comme l’acier, brille le givre
A travers l’air translucide et glacé.
De clairs métaux, pulvérisés
A l’infini, semblent neiger
De la pâleur d’une lune de cuivre.
Tout est scintillement dans l’immobilité.
Et c’est l’heure divine, où l’esprit est hanté
Par ces mille regards que projette sur terre,
Vers les hasards de l’humaine misère,
La bonne et pure et inchangeable éternité.
Qui nous semblait le double ou le miroir
Du jardin clair que nous portions dans l’âme,
S’immobilise en un gel d’or, ce soir.
Un grand silence blanc est descendu s’asseoir
Là-bas, aux horizons de marbre,
Vers où s’en vont, par défilés, les arbres
Avec leur ombre immense et bleue
Et régulière, à côté d’eux.
Aucun souffle de vent, aucune haleine,
Les grands voiles du froid
Se déplient seuls, de plaine en plaine,
Sur des marais d’argent ou des routes en croix.
Les étoiles paraissent vivre.
Comme l’acier, brille le givre
A travers l’air translucide et glacé.
De clairs métaux, pulvérisés
A l’infini, semblent neiger
De la pâleur d’une lune de cuivre.
Tout est scintillement dans l’immobilité.
Et c’est l’heure divine, où l’esprit est hanté
Par ces mille regards que projette sur terre,
Vers les hasards de l’humaine misère,
La bonne et pure et inchangeable éternité.
Francis Carco
Nuits d’hiver
Nuits d’hiver! quel bastringue allume
Sa lanterne sur le mur?
Un quinquet, sous le plafond, fume.
Amour, que tu es amer!
Ce n’est pas le rouge des bouches,
Ni le cerne bleu des yeux,
Ni cette musique aigre-douce…
Sais-je encor ce que je veux!
Vous dansez, collés l’un à l’autre,
En extase et malheureux.
Je vous cherche comme des mortes
Dont on m’aurait séparé.
Est-ce vous, Ô filles perdues,
Qui n’aimez que le plaisir
Et qui, dans les bals de banlieue,
Sanglotez et frémissez ?..
La mort sourit à qui l’appelle
Et s’approche, en grimaçant…
Dehors, celle qu’on assassine
Pleure et se dit innocente.
N’écoutez pas le sang qui crie
Sur le gras pavé des rues.
Ici dansez bien à l’abri…
Vous n’avez pas entendu.
Nuits d’hiver! Le vent bat la flamme
Qui vacille sur le mur.
Filles folles, ô cœur d’apaches,
Couples ramassés et purs,
Tout, parmi ce bastringue louche,
Vous invite et vous sourit…
Mêlez la valse qui chaloupe
Et l’ordure au paradis.
Sa lanterne sur le mur?
Un quinquet, sous le plafond, fume.
Amour, que tu es amer!
Ce n’est pas le rouge des bouches,
Ni le cerne bleu des yeux,
Ni cette musique aigre-douce…
Sais-je encor ce que je veux!
Vous dansez, collés l’un à l’autre,
En extase et malheureux.
Je vous cherche comme des mortes
Dont on m’aurait séparé.
Est-ce vous, Ô filles perdues,
Qui n’aimez que le plaisir
Et qui, dans les bals de banlieue,
Sanglotez et frémissez ?..
La mort sourit à qui l’appelle
Et s’approche, en grimaçant…
Dehors, celle qu’on assassine
Pleure et se dit innocente.
N’écoutez pas le sang qui crie
Sur le gras pavé des rues.
Ici dansez bien à l’abri…
Vous n’avez pas entendu.
Nuits d’hiver! Le vent bat la flamme
Qui vacille sur le mur.
Filles folles, ô cœur d’apaches,
Couples ramassés et purs,
Tout, parmi ce bastringue louche,
Vous invite et vous sourit…
Mêlez la valse qui chaloupe
Et l’ordure au paradis.
Francis Jammes
Viens, je te mettrai des boucles d’oreilles…
Viens, je te mettrai des boucles d’oreilles
de cerises
et je te montrerai les longues treilles
où volent des merles bleus et des grives.
Viens, c’est la saison des grandes chaleurs
et des fleurs
Sur les fossés poudreux les carottes blanches
poussent : il y a encor deux ou trois pervenches.
Dans le fond des bois frais les oiseaux crient.
Le ciel cuit.
Dans les mares, il y a des joncs longs,
et les grenouilles grises font des bonds.
Dans les endroits chauds et frais, vois les sources
qui sont douces.
Dans le terrain rouge, ou bien sur la mousse
elles coulent près des abeilles rousses.
de cerises
et je te montrerai les longues treilles
où volent des merles bleus et des grives.
Viens, c’est la saison des grandes chaleurs
et des fleurs
Sur les fossés poudreux les carottes blanches
poussent : il y a encor deux ou trois pervenches.
Dans le fond des bois frais les oiseaux crient.
Le ciel cuit.
Dans les mares, il y a des joncs longs,
et les grenouilles grises font des bonds.
Dans les endroits chauds et frais, vois les sources
qui sont douces.
Dans le terrain rouge, ou bien sur la mousse
elles coulent près des abeilles rousses.
Francis Ponge
Végétation
La pluie ne forme pas les seuls traits d’union entre le sol et les cieux: il en existe d’une autre sorte, moins intermittents et beaucoup mieux tramés, dont le vent si fort qu’il l’agite n’emporte pas le tissu. S’il réussit parfois dans une certaine saison à en détacher peu de choses, qu’il s’efforce alors de réduire dans son tourbillon, l’on s’aperçoit à la fin du compte qu’il n’a rien dissipé du tout.
A y regarder de plus près, l’on se trouve alors à l’une des mille portes d’un immense laboratoire, hérissé d’appareils hydrauliques multiformes, tous beaucoup plus compliqués que les simples colonnes de la pluie et doués d’une originale perfection: tous à la fois cornues, filtres, siphons, alambics.
Ce sont ces appareils que la pluie rencontre justement d’abord, avant d’atteindre le sol. Ils la reçoivent dans une quantité de petits bols, disposés en foule à tous les niveaux d’une plus ou moins grande profondeur, et qui se déversent les uns dans les autres jusqu’à ceux du degré le plus bas, par qui la terre enfin est directement ramoitie.
Ainsi ralentissent-ils l’ondée à leur façon, et en gardent-ils longtemps l’humeur et le bénéfice au sol après la disparition du météore. A eux seuls appartient le pouvoir de faire briller au soleil les formes de la pluie, autrement dit d’exposer sous le point de vue de la joie les raisons aussi religieusement admises, qu’elles furent par la tristesse précipitamment formulées. Curieuse occupation, énigmatiques caractères.
Ils grandissent en stature à mesure que la pluie tombe; mais avec plus de régularité, plus de discrétion; et, par une sorte de force acquise, même alors qu’elle ne tombe plus. Enfin, l’on retrouve encore de l’eau dans certaines ampoules qu’ils forment et qu’ils portent avec une rougissante affectation, que l’on appelle leurs fruits.
Telle est, semble-t-il, la fonction physique de cette espèce de tapisserie à trois dimensions à laquelle on a donné le nom de végétation pour d’autres caractères qu’elle présente et en particulier pour la sorte de vie qui l’anime… Mais j’ai voulu d’abord insister sur ce point: bien que la faculté de réaliser leur propre synthèse et de se produire sans qu’on les en prie (voire entre les pavés de la Sorbonne), apparente les appareils végétatifs aux animaux, c’est-à-dire à toutes sortes de vagabonds, néanmoins en beaucoup d’endroits à demeure ils forment un tissu, et ce tissu appartient au monde comme l’une de ses assises.
(1906– )
Volumes: Chants d’ombre 1945, Hosties noires 1948, Chants pour Naët 1949, Ethiopiques 1956, Nocturnes 1961, Lettres d’hivernage 1973, etc.
A y regarder de plus près, l’on se trouve alors à l’une des mille portes d’un immense laboratoire, hérissé d’appareils hydrauliques multiformes, tous beaucoup plus compliqués que les simples colonnes de la pluie et doués d’une originale perfection: tous à la fois cornues, filtres, siphons, alambics.
Ce sont ces appareils que la pluie rencontre justement d’abord, avant d’atteindre le sol. Ils la reçoivent dans une quantité de petits bols, disposés en foule à tous les niveaux d’une plus ou moins grande profondeur, et qui se déversent les uns dans les autres jusqu’à ceux du degré le plus bas, par qui la terre enfin est directement ramoitie.
Ainsi ralentissent-ils l’ondée à leur façon, et en gardent-ils longtemps l’humeur et le bénéfice au sol après la disparition du météore. A eux seuls appartient le pouvoir de faire briller au soleil les formes de la pluie, autrement dit d’exposer sous le point de vue de la joie les raisons aussi religieusement admises, qu’elles furent par la tristesse précipitamment formulées. Curieuse occupation, énigmatiques caractères.
Ils grandissent en stature à mesure que la pluie tombe; mais avec plus de régularité, plus de discrétion; et, par une sorte de force acquise, même alors qu’elle ne tombe plus. Enfin, l’on retrouve encore de l’eau dans certaines ampoules qu’ils forment et qu’ils portent avec une rougissante affectation, que l’on appelle leurs fruits.
Telle est, semble-t-il, la fonction physique de cette espèce de tapisserie à trois dimensions à laquelle on a donné le nom de végétation pour d’autres caractères qu’elle présente et en particulier pour la sorte de vie qui l’anime… Mais j’ai voulu d’abord insister sur ce point: bien que la faculté de réaliser leur propre synthèse et de se produire sans qu’on les en prie (voire entre les pavés de la Sorbonne), apparente les appareils végétatifs aux animaux, c’est-à-dire à toutes sortes de vagabonds, néanmoins en beaucoup d’endroits à demeure ils forment un tissu, et ce tissu appartient au monde comme l’une de ses assises.
(1906– )
Volumes: Chants d’ombre 1945, Hosties noires 1948, Chants pour Naët 1949, Ethiopiques 1956, Nocturnes 1961, Lettres d’hivernage 1973, etc.
François Cheng
C’est le premier jour du printemps…
C’est le premier jour du printemps,
Tu longes le mur d’un jardin.
Une branche fleurie qui dépasse
Te murmure à l’oreille : « passe outre ! »
Tu longes le mur d’un jardin.
Une branche fleurie qui dépasse
Te murmure à l’oreille : « passe outre ! »
François Coppée
Paysage d’hiver
L’allée est droite et longue, et sur le ciel d’hiver
Se dressent hardiment les grands arbres de fer,
Vieux ormes dépouillés dont le sommet se touche.
Tout au bout, le soleil, large et rouge, se couche.
A l’horizon, il va plonger dans un moment.
Pas un oiseau. Parfois un lointain craquement
Dans les taillis déserts de la forêt muette ;
Et là-bas, cheminant, la noire silhouette,
Sur le globe empourpré qui fond comme un lingot,
D’une vieille à bâton, ployant sous son fagot.
Se dressent hardiment les grands arbres de fer,
Vieux ormes dépouillés dont le sommet se touche.
Tout au bout, le soleil, large et rouge, se couche.
A l’horizon, il va plonger dans un moment.
Pas un oiseau. Parfois un lointain craquement
Dans les taillis déserts de la forêt muette ;
Et là-bas, cheminant, la noire silhouette,
Sur le globe empourpré qui fond comme un lingot,
D’une vieille à bâton, ployant sous son fagot.
Gérard de Nerval
Dans les bois ! ! !
Au printemps l’oiseau naît et chante :
N’avez-vous pas ouï sa voix ?…
Elle est pure, simple et touchante
La voix de l’oiseau – dans les bois !
L’été, l’oiseau cherche l’oiselle ;
Il aime – et n’aime qu’une fois !
Qu’il est doux, paisible et fidèle
Le nid de l’oiseau – dans les bois !
Puis quand vient l’automne brumeuse,
Il se tait… avant les temps froids.
Hélas ! qu’elle doit être heureuse
La mort de l’oiseau – dans les bois !
N’avez-vous pas ouï sa voix ?…
Elle est pure, simple et touchante
La voix de l’oiseau – dans les bois !
L’été, l’oiseau cherche l’oiselle ;
Il aime – et n’aime qu’une fois !
Qu’il est doux, paisible et fidèle
Le nid de l’oiseau – dans les bois !
Puis quand vient l’automne brumeuse,
Il se tait… avant les temps froids.
Hélas ! qu’elle doit être heureuse
La mort de l’oiseau – dans les bois !
Germain Nouveau
Fin d’automne
C’est le soir, au jardin du Luxembourg ; les portes
Vont se fermer ; le jour qui meurt à l’horizon
Semble un dernier adieu de la douce saison ;
Le pied foule un tapis mourant de feuilles mortes.
La nuit lente descend ; on entend s’apaiser
Des passants attardés les pas et les murmures ;
Les groupes, sur leur socle, au milieu des ramures,
Pour conjurer le froid échangent un baiser.
Car voici que l’Hiver s’avance, triste et sombre!
Vous allez être seuls, ô pauvres marbres nus!
Les amoureux discrets, à vous tous bien connus,
Ne viendront de longtemps s’abriter à votre ombre.
Un brouillard gris et fin sestompe dans les airs ;
Le mystère se fait dans les mornes allées
Que hanteront bientôt les bises désolées ;
Les moineaux sont partis et les bancs sont déserts.
Oh! le triste retour des saisons enrhumées !
Déjà sur votre épaule un frisson vient courir ;
Déjà le cœur se serre, et, comme pour s’ouvrir,
Aspire au chaud parfum des chambres bien fermées.
Vont se fermer ; le jour qui meurt à l’horizon
Semble un dernier adieu de la douce saison ;
Le pied foule un tapis mourant de feuilles mortes.
La nuit lente descend ; on entend s’apaiser
Des passants attardés les pas et les murmures ;
Les groupes, sur leur socle, au milieu des ramures,
Pour conjurer le froid échangent un baiser.
Car voici que l’Hiver s’avance, triste et sombre!
Vous allez être seuls, ô pauvres marbres nus!
Les amoureux discrets, à vous tous bien connus,
Ne viendront de longtemps s’abriter à votre ombre.
Un brouillard gris et fin sestompe dans les airs ;
Le mystère se fait dans les mornes allées
Que hanteront bientôt les bises désolées ;
Les moineaux sont partis et les bancs sont déserts.
Oh! le triste retour des saisons enrhumées !
Déjà sur votre épaule un frisson vient courir ;
Déjà le cœur se serre, et, comme pour s’ouvrir,
Aspire au chaud parfum des chambres bien fermées.
Guillaume Apollinaire
Aubade chantée à Lætare un an passé
C’est le printemps viens-t-en Pâquette
Te promener au bois joli
Les poules dans la cour caquètent
L’aube au ciel fait de roses plis
L’amour chemine à ta conquête
Mars et Vénus sont revenus
Ils s’embrassent à bouches folles
Devant des sites ingénus
Où sous les roses qui feuillolent
De beaux dieux roses dansent nus
Viens ma tendresse est la régente
De la floraison qui paraît
La nature est belle et touchante
Pan sifflote dans la forêt
Les grenouilles humides chantent
Beaucoup de ces dieux ont péri
C’est sur eux que pleurent les saules
Le grand Pan l’amour Jésus-Christ
Sont bien morts et les chats miaulent
Dans la cour je pleure à Paris
Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d’esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes
L’amour est mort j’en suis tremblant
J’adore de belles idoles
Les souvenirs lui ressemblant
Comme la femme de Mausole
Je reste fidèle et dolent…
……………………………………………
Mais en vérité je l’attends
Avec mon cœur avec mon âme
Et sur le pont des Reviens-t-en
Si jamais revient cette femme
Je lui dirai Je suis content
Mon cœur et ma tête se vident
Tout le ciel s’écoule par eux
O mes tonneaux des Danaïdes
Comment faire pour être heureux
Comme un petit enfant candide
J’e ne veux jamais l’oublier
Ma colombe ma blanche rade
O marguerite exfoliée
Mon île au loin ma Désirade
Ma rose mon giroflier…
Malheur dieu pâle aux yeux d’ivoire
Tes prêtres fous t’ont-ils paré
Tes victimes en robe noire
Ont-elles vainement pleuré
Malheur dieu qu’il ne faut pas croire
Et toi qui me suis en rampant
Dieu de mes dieux morts en automne
Tu mesures combien d’empans
J’ai droit que la terre me donne
O mon ombre ô mon vieux serpent
Au soleil parce que tu l’aimes
Je t’ai menée souviens-t-en bien
Ténébreuse épouse que j’aime
Tu es à moi en n’étant rien
O mon ombre en deuil de moi-même
L’hiver est mort tout enneigé
On a brûlé les ruches blanches
Dans les jardins et les vergers
Les oiseaux chantent sur les branches
Le printemps clair l’avril léger
……………………………………………
Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
Ton cours vers d’autres nébuleuses
Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
À sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons
Destins destins impénétrables
Rois secoués par la folie
Et ces grelottantes étoiles
De fausses femmes dans vos lits
Aux déserts que l’histoire accable
Luitpold le vieux prince régent
Tuteur de deux royautés folles
Sanglote-t-il en y songeant
Quand vacillent les lucioles
Mouches dorées de la Saint-Jean
Près d’un château sans châtelaine
La barque aux barcarols chantants
Sur un lac blanc et sous l’haleine
Des vents qui tremblent au printemps
Voguait cygne mourant sirène
Un jour le roi dans l’eau d’argent
Se noya puis la bouche ouverte
Il s’en revint en surnageant
Sur la rive dormir inerte
Face tournée au ciel changeant
Juin ton soleil ardente lyre
Brûle mes doigts endoloris
Triste et mélodieux délire
J’erre à travers mon beau Paris
Sans avoir le cœur d’y mourir
Les dimanches s’y éternisent
Et les orgues de Barbarie
Y sanglotent dans les cours grises
Les fleurs aux balcons de Paris
Penchent comme la tour de Pise
Soirs de Paris ivres du gin
Flambant de l’électricité
Les tramways flux verts sur l’échine
Musiquent au long des portées
De rails leur folie de machines
Les cafés gonflés de fumée
Crient tout l’amour de leurs tziganes
De tous leurs siphons enrhumés
De leurs garçons vêtus d’un pagne
Vers toi toi que j’ai tant aimée
Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d’esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes
Te promener au bois joli
Les poules dans la cour caquètent
L’aube au ciel fait de roses plis
L’amour chemine à ta conquête
Mars et Vénus sont revenus
Ils s’embrassent à bouches folles
Devant des sites ingénus
Où sous les roses qui feuillolent
De beaux dieux roses dansent nus
Viens ma tendresse est la régente
De la floraison qui paraît
La nature est belle et touchante
Pan sifflote dans la forêt
Les grenouilles humides chantent
Beaucoup de ces dieux ont péri
C’est sur eux que pleurent les saules
Le grand Pan l’amour Jésus-Christ
Sont bien morts et les chats miaulent
Dans la cour je pleure à Paris
Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d’esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes
L’amour est mort j’en suis tremblant
J’adore de belles idoles
Les souvenirs lui ressemblant
Comme la femme de Mausole
Je reste fidèle et dolent…
……………………………………………
Mais en vérité je l’attends
Avec mon cœur avec mon âme
Et sur le pont des Reviens-t-en
Si jamais revient cette femme
Je lui dirai Je suis content
Mon cœur et ma tête se vident
Tout le ciel s’écoule par eux
O mes tonneaux des Danaïdes
Comment faire pour être heureux
Comme un petit enfant candide
J’e ne veux jamais l’oublier
Ma colombe ma blanche rade
O marguerite exfoliée
Mon île au loin ma Désirade
Ma rose mon giroflier…
Malheur dieu pâle aux yeux d’ivoire
Tes prêtres fous t’ont-ils paré
Tes victimes en robe noire
Ont-elles vainement pleuré
Malheur dieu qu’il ne faut pas croire
Et toi qui me suis en rampant
Dieu de mes dieux morts en automne
Tu mesures combien d’empans
J’ai droit que la terre me donne
O mon ombre ô mon vieux serpent
Au soleil parce que tu l’aimes
Je t’ai menée souviens-t-en bien
Ténébreuse épouse que j’aime
Tu es à moi en n’étant rien
O mon ombre en deuil de moi-même
L’hiver est mort tout enneigé
On a brûlé les ruches blanches
Dans les jardins et les vergers
Les oiseaux chantent sur les branches
Le printemps clair l’avril léger
……………………………………………
Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
Ton cours vers d’autres nébuleuses
Les démons du hasard selon
Le chant du firmament nous mènent
À sons perdus leurs violons
Font danser notre race humaine
Sur la descente à reculons
Destins destins impénétrables
Rois secoués par la folie
Et ces grelottantes étoiles
De fausses femmes dans vos lits
Aux déserts que l’histoire accable
Luitpold le vieux prince régent
Tuteur de deux royautés folles
Sanglote-t-il en y songeant
Quand vacillent les lucioles
Mouches dorées de la Saint-Jean
Près d’un château sans châtelaine
La barque aux barcarols chantants
Sur un lac blanc et sous l’haleine
Des vents qui tremblent au printemps
Voguait cygne mourant sirène
Un jour le roi dans l’eau d’argent
Se noya puis la bouche ouverte
Il s’en revint en surnageant
Sur la rive dormir inerte
Face tournée au ciel changeant
Juin ton soleil ardente lyre
Brûle mes doigts endoloris
Triste et mélodieux délire
J’erre à travers mon beau Paris
Sans avoir le cœur d’y mourir
Les dimanches s’y éternisent
Et les orgues de Barbarie
Y sanglotent dans les cours grises
Les fleurs aux balcons de Paris
Penchent comme la tour de Pise
Soirs de Paris ivres du gin
Flambant de l’électricité
Les tramways flux verts sur l’échine
Musiquent au long des portées
De rails leur folie de machines
Les cafés gonflés de fumée
Crient tout l’amour de leurs tziganes
De tous leurs siphons enrhumés
De leurs garçons vêtus d’un pagne
Vers toi toi que j’ai tant aimée
Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d’esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes
Guillaume Apollinaire
Automne
Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise
Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises
Et son bœuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux
Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un cœur que l’on brise
Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises
Guillaume Apollinaire
Automne Malade
Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers
Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé
Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé
Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers
Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé
Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé
Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Guillaume de Machaut
En mai, quand renaît le printemps
En mai, quand renaît le printemps,
Que l’herbe pousse, drue et nouvelle,
Que les bois verdissent, que les arbres sont en fleurs,
Et que tout se réjouit
De la douceur du renouveau,
Lorsque les oisillons mènent grand bruit,
L’autre jour, je m’ébattais
Dans un très beau pré verdoyant,
Tout seul, et d’assez bon matin,
Lorsque j’aperçus un petit jardin,
Situé à côté d’un verger ;
J’y entrai sans tarder,
Car la porte de ce verger si verdoyant
Était entrouverte.
Quand je fus à l’intérieur, j’eus grand plaisir
À entendre les oisillons
Qui chantaient si mélodieusement ;
Ils s’employaient tant à chanter
Que l’espace tout entier retentissait
Des sons qui sortaient de leur gorge.
La matinée était si douce et si harmonieuse
Que jamais plus je n’en connus d’aussi délicieuse,
Ni ne vis d’endroit tellement parfait.
J’allai de-ci de-là, à loisir,
Jusqu’à parvenir en un lieu écarté
Où il y avait des pierres, des rochers,
Et des fourrés de broussailles,
Là, je vis un buisson d’épines,
Plein de ronces, de racines,
Et de toutes sortes de piquants,
Qui se mêlaient au buisson.
Il était très vert, touffu, robuste,
Et il s’était entièrement hérissé
D’un si grand nombre d’épines
Que jamais depuis aucun être humain
N’en vit, je crois, sur un buisson,
Une telle quantité.
Et il était si habilement ceint d’une haie
Que jamais, de mon existence,
Je ne vis de haie, petite ou grande,
Exécutée avec plus de soin ni de précision.
Car Nature l’avait ainsi réalisée
Du mieux qu’elle savait le faire.
Je l’examinai longuement,
Et finis par voir très clairement
Qu’au milieu se trouvait une rose
Si merveilleusement enclose,
Que j’échouai plus de cinq cents fois
Avant que de pouvoir la toucher ;
Je fis maintes tentatives,
Mais mes efforts restèrent inutiles,
À cause des épines blessantes
Et des ronces qui l’entouraient.
Je ne parvins à aucun moment à l’approcher
Au point de pouvoir l’atteindre.
Je n’avais sur moi ni couteau, ni épée,
Ni gant, ni moufle, ni quoi que ce fût
Qui m’eût permis d’entailler
Ou de franchir ce buisson pour prendre la rose,
Mais, en vérité, si j’avais eu des gants,
Je ne les aurais jamais mis à cette fin,
Et cette fleur, jamais je ne l’aurais tenue
Autrement qu’à main nue.
Il est juste, à présent, que je vous en conte
Davantage sur cette rose ;
Elle était si belle, à vrai dire,
Qu’on ne saurait l’imaginer,
Car l’harmonie qui en émanait
Embellissait tout le parc :
Sa couleur qui resplendissait
Illuminait la matinée,
Et sa douceur adoucissait
Tous les maux d’amour et les guérissait,
Aussi la désirais-je si violemment
Que je ne saurais vous le dire.
Enfin, je fis tant d’efforts,
Que, de mes deux mains, brutalement,
Je rompis la haie et le buisson,
J’en ressentis alors maints frissons,
Car je fus tellement égratigné
Par les ronces et di déchiré par les épines,
Que j’avais plus de cinquante plaies,
Voire, plus de soixante.
Néanmoins, je la cueillis,
Tout au cœur de l’épais buisson,
Si bien que j’emportai la rose,
Ce qui me fit grand plaisir.
Je vais maintenant vous dire ce qui m’arrive alors :
Toutes les fois – non pas deux mais plus de vingt –
Que lui faisais toucher
Mes plaies, je guérissais,
Tant elle était bonne et douée de vertu,
Douce, plaisante et gracieuse ;
C’est ainsi que je conquis la rose,
En serviteur, tout sien, fidèle et dévoué.
Qu’il plaise à Dieu que je la protège,
Et que je veille si bien sur elle
Que son pouvoir jamais ne décline,
Car, certes, pour tout l’Empire,
Non, par ma foi, pour tout le vaste monde,
En réponse à sa bonté pure et nette,
Je n’envisagerais ni ne chercherais rien
Que paix, honneur et joie complète
Que je garderai pour elle, autant que je pourrai,
Comme mon cœur, aussi longtemps que je vivrai.
Explicit le « Dit de la Rose »
Que l’herbe pousse, drue et nouvelle,
Que les bois verdissent, que les arbres sont en fleurs,
Et que tout se réjouit
De la douceur du renouveau,
Lorsque les oisillons mènent grand bruit,
L’autre jour, je m’ébattais
Dans un très beau pré verdoyant,
Tout seul, et d’assez bon matin,
Lorsque j’aperçus un petit jardin,
Situé à côté d’un verger ;
J’y entrai sans tarder,
Car la porte de ce verger si verdoyant
Était entrouverte.
Quand je fus à l’intérieur, j’eus grand plaisir
À entendre les oisillons
Qui chantaient si mélodieusement ;
Ils s’employaient tant à chanter
Que l’espace tout entier retentissait
Des sons qui sortaient de leur gorge.
La matinée était si douce et si harmonieuse
Que jamais plus je n’en connus d’aussi délicieuse,
Ni ne vis d’endroit tellement parfait.
J’allai de-ci de-là, à loisir,
Jusqu’à parvenir en un lieu écarté
Où il y avait des pierres, des rochers,
Et des fourrés de broussailles,
Là, je vis un buisson d’épines,
Plein de ronces, de racines,
Et de toutes sortes de piquants,
Qui se mêlaient au buisson.
Il était très vert, touffu, robuste,
Et il s’était entièrement hérissé
D’un si grand nombre d’épines
Que jamais depuis aucun être humain
N’en vit, je crois, sur un buisson,
Une telle quantité.
Et il était si habilement ceint d’une haie
Que jamais, de mon existence,
Je ne vis de haie, petite ou grande,
Exécutée avec plus de soin ni de précision.
Car Nature l’avait ainsi réalisée
Du mieux qu’elle savait le faire.
Je l’examinai longuement,
Et finis par voir très clairement
Qu’au milieu se trouvait une rose
Si merveilleusement enclose,
Que j’échouai plus de cinq cents fois
Avant que de pouvoir la toucher ;
Je fis maintes tentatives,
Mais mes efforts restèrent inutiles,
À cause des épines blessantes
Et des ronces qui l’entouraient.
Je ne parvins à aucun moment à l’approcher
Au point de pouvoir l’atteindre.
Je n’avais sur moi ni couteau, ni épée,
Ni gant, ni moufle, ni quoi que ce fût
Qui m’eût permis d’entailler
Ou de franchir ce buisson pour prendre la rose,
Mais, en vérité, si j’avais eu des gants,
Je ne les aurais jamais mis à cette fin,
Et cette fleur, jamais je ne l’aurais tenue
Autrement qu’à main nue.
Il est juste, à présent, que je vous en conte
Davantage sur cette rose ;
Elle était si belle, à vrai dire,
Qu’on ne saurait l’imaginer,
Car l’harmonie qui en émanait
Embellissait tout le parc :
Sa couleur qui resplendissait
Illuminait la matinée,
Et sa douceur adoucissait
Tous les maux d’amour et les guérissait,
Aussi la désirais-je si violemment
Que je ne saurais vous le dire.
Enfin, je fis tant d’efforts,
Que, de mes deux mains, brutalement,
Je rompis la haie et le buisson,
J’en ressentis alors maints frissons,
Car je fus tellement égratigné
Par les ronces et di déchiré par les épines,
Que j’avais plus de cinquante plaies,
Voire, plus de soixante.
Néanmoins, je la cueillis,
Tout au cœur de l’épais buisson,
Si bien que j’emportai la rose,
Ce qui me fit grand plaisir.
Je vais maintenant vous dire ce qui m’arrive alors :
Toutes les fois – non pas deux mais plus de vingt –
Que lui faisais toucher
Mes plaies, je guérissais,
Tant elle était bonne et douée de vertu,
Douce, plaisante et gracieuse ;
C’est ainsi que je conquis la rose,
En serviteur, tout sien, fidèle et dévoué.
Qu’il plaise à Dieu que je la protège,
Et que je veille si bien sur elle
Que son pouvoir jamais ne décline,
Car, certes, pour tout l’Empire,
Non, par ma foi, pour tout le vaste monde,
En réponse à sa bonté pure et nette,
Je n’envisagerais ni ne chercherais rien
Que paix, honneur et joie complète
Que je garderai pour elle, autant que je pourrai,
Comme mon cœur, aussi longtemps que je vivrai.
Explicit le « Dit de la Rose »
Jean-Antoine de Baïf
Tout s’échauffe d’amour : et la terre amoureuse
Tout s’échauffe d’amour : et la terre amoureuse
Pour plaire au beau Soleil prend sa robe odoureuse
De fleurons damassee : aux vignes le bourgeon
Defourre le grapeau de son tendre coton :
Et l’herbe par les chams reverdit arosee
En ses brins vigoureux de la douce rosee :
De la manne du ciel le doux sucre dessant
Dessus les arbres verds, les fueilles blanchissant.
Puis quand dedans le Cancre il aura faict entree
Pour passer au Lyon et dans la Vierge Astree,
La Cigale enrouee assise par les bois
Choquant ses ailerons crie d’une aigre voix :
La verdure jaunist, et Ceres espiee
Trebuchera bien tost par javelle ciee
Sous l’outeron hasté, pour emplir le grenier,
De ses presens dorez au joyeux mestayer.
Lors le gay pastoureau dessous un frais ombrage
Retire son bestail, contre l’ardente rage
Du fievreux Syrien, près le bruyant ruisseau
Qui de la vive source amene sa claire eau,
Là, remplissant de vent sa douce chalemie,
Va joüer sa chanson de l’amour de s’amie,
Autant pour adoucir l’ennuyeuse chaleur
Come pour rafreschir la flamme de son cœur.
Pour plaire au beau Soleil prend sa robe odoureuse
De fleurons damassee : aux vignes le bourgeon
Defourre le grapeau de son tendre coton :
Et l’herbe par les chams reverdit arosee
En ses brins vigoureux de la douce rosee :
De la manne du ciel le doux sucre dessant
Dessus les arbres verds, les fueilles blanchissant.
Puis quand dedans le Cancre il aura faict entree
Pour passer au Lyon et dans la Vierge Astree,
La Cigale enrouee assise par les bois
Choquant ses ailerons crie d’une aigre voix :
La verdure jaunist, et Ceres espiee
Trebuchera bien tost par javelle ciee
Sous l’outeron hasté, pour emplir le grenier,
De ses presens dorez au joyeux mestayer.
Lors le gay pastoureau dessous un frais ombrage
Retire son bestail, contre l’ardente rage
Du fievreux Syrien, près le bruyant ruisseau
Qui de la vive source amene sa claire eau,
Là, remplissant de vent sa douce chalemie,
Va joüer sa chanson de l’amour de s’amie,
Autant pour adoucir l’ennuyeuse chaleur
Come pour rafreschir la flamme de son cœur.
Joachim Du Bellay
Du retour du printemps
De l’hyver la triste froydure
Va sa rigueur adoucissant,
Et des eaux l’ecorce tant dure
Au doulx zephire amolissant.
Les oyzeaux par les boys
Ouvrent à cete foys
Leurs gosiers etreciz,
Et plus soubz durs glassons
Ne sentent les poissons
Leurs manoirs racourciz.
La froide humeur des montz chenuz
Enfle deja le cours des fleuves,
Deja les cheveux sont venuz
Aux forestz si longuement veufves.
La terre au ciel riant
Va son teint variant
De mainte couleur vive :
Le ciel (pour luy complaire)
Orne sa face claire
De grand’ beauté nayve.
Venus ose ja sur la brune
Mener danses gayes et cointes
Aux pasles rayons de la lune,
Ses Grâces aux Nymphes bien jointes.
Maint Satyre outraigeux,
Par les boys umbraigeux,
Ou du haut d’un rocher,
(Quoy que tout brusle et arde)
Etonné les regarde,
Et n’en ose approcher.
. . . . . .
Va sa rigueur adoucissant,
Et des eaux l’ecorce tant dure
Au doulx zephire amolissant.
Les oyzeaux par les boys
Ouvrent à cete foys
Leurs gosiers etreciz,
Et plus soubz durs glassons
Ne sentent les poissons
Leurs manoirs racourciz.
La froide humeur des montz chenuz
Enfle deja le cours des fleuves,
Deja les cheveux sont venuz
Aux forestz si longuement veufves.
La terre au ciel riant
Va son teint variant
De mainte couleur vive :
Le ciel (pour luy complaire)
Orne sa face claire
De grand’ beauté nayve.
Venus ose ja sur la brune
Mener danses gayes et cointes
Aux pasles rayons de la lune,
Ses Grâces aux Nymphes bien jointes.
Maint Satyre outraigeux,
Par les boys umbraigeux,
Ou du haut d’un rocher,
(Quoy que tout brusle et arde)
Etonné les regarde,
Et n’en ose approcher.
. . . . . .
Jules Laforgue
Complainte de l’automne monotone
Automne, automne, adieux de l’Adieu!
La tisane bout, noyant mon feu;
Le vent s’*époumonne
A reverdir la biche où mon grand ceeur tisonne.
Est-il de vrais yeux ?
Nulle ne songe à m’aimer un peu.
Milieux aptéres,
Ou sans divans ;
Regards levants,
Deuils solitaires,
La tisane bout, noyant mon feu;
Le vent s’*époumonne
A reverdir la biche où mon grand ceeur tisonne.
Est-il de vrais yeux ?
Nulle ne songe à m’aimer un peu.
Milieux aptéres,
Ou sans divans ;
Regards levants,
Deuils solitaires,
Jules Laforgue
L’Hiver qui vient
Blocus sentimental! Messageries du Levant!…
Oh, tombée de la pluie! Oh! tombée de la nuit,
Oh! le vent!…
La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année,
Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées!…
D’usines…
On ne peut plus s’asseoir, tous les bancs sont mouillés;
Crois-moi, c’est bien fini jusqu’à l’année prochaine,
Tant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,
Et tant les cors ont fait ton ton, ont fait ton taine!…
Ah, nuées accourues des côtes de la Manche,
Vous nous avez gâté notre dernier dimanche.
Il bruine;
Dans la forêt mouillée, les toiles d’araignées
Ploient sous les gouttes d’eau, et c’est leur ruine.
Soleils plénipotentiaries des travaux en blonds Pactoles
Des spectacles agricoles,
Où êtes-vous ensevelis?
Ce soir un soleil fichu gît au haut du coteau
Gît sur le flanc, dans les genêts, sur son manteau,
Un soleil blanc comme un crachat d’estaminet
Sur une litière de jaunes genêts
De jaunes genêts d’automne.
Et les cors lui sonnent!
Qu’il revienne…
Qu’il revienne à lui!
Taïaut! Taïaut! et hallali!
O triste antienne, as-tu fini!…
Et font les fous!…
Et il gît là, comme une glande arrachée dans un cou,
Et il frissonne, sans personne!…
Allons, allons, et hallali!
C’est l’Hiver bien connu qui s’amène;
Oh! les tournants des grandes routes,
Et sans petit Chaperon Rouge qui chemine!…
Oh! leurs ornières des chars de l’autre mois,
Montant en don quichottesques rails
Vers les patrouilles des nuées en déroute
Que le vent malmène vers les transatlantiques bercails!…
Accélérons, accélérons, c’est la saison bien connue, cette fois.
Et le vent, cette nuit, il en a fait de belles!
O dégâts, ô nids, ô modestes jardinets!
Mon cœur et mon sommeil: ô échos des cognées!…
Tous ces rameaux avaient encor leurs feuilles vertes,
Les sous-bois ne sont plus qu’un fumier de feuilles mortes;
Feuilles, folioles, qu’un bon vent vous emporte
Vers les étangs par ribambelles,
Ou pour le feu du garde-chasse,
Ou les sommiers des ambulances
Pour les soldats loin de la France.
C’est la saison, c’est la saison, la rouille envahit les masses,
La rouille ronge en leurs spleens kilométriques
Les fils télégraphiques des grandes routes où nul ne passe.
Les cors, les cors, les cors – mélancoliques!…
Mèlancoliques!…
S’en vont, changeant de ton,
Changeant de ton et de musique,
Ton ton, ton taine, ton ton!…
Les cors, les cors, les cors!…
S’en sont allés au vent du Nord.
Je ne puis quitter ce ton: que d’échos!…
C’est la saison, c’est la saison, adieu vendanges!…
Voici venir les pluies d’une patience d’ange,
Adieu vendanges, et adieu tous les paniers,
Tous les paniers Watteau des bourrées sous les marronniers,
C’est la toux dans les dortoirs du lycée qui rentre,
C’est la tisane sans le foyer,
La phtisie pulmonaire attristant le quartier,
Et toute la misère des grands centres.
Mais, lainages, caoutchoucs, pharmacie, rêve,
Rideaux écartés du haut des balcons des grèves
Devant l’océan de toitures des faubourgs,
Lampes, estampes, thé, petits-fours,
Serez-vous pas mes seules amours!…
(Oh! et puis, est-ce que tu connais, outre les pianos,
Le sobre et vespéral mystère hebdomadaire
Des statistiques sanitaires
Dans les journaux?)
Non, non! c’est la saison et la planète falote!
Que l’autan, que l’autan
Effiloche les savates que le Temps se tricote!
C’est la saison, oh déchirements! c’est la saison!
Tous les ans, tous les ans,
J’essaierai en choeur d’en donner la note.
Oh, tombée de la pluie! Oh! tombée de la nuit,
Oh! le vent!…
La Toussaint, la Noël et la Nouvelle Année,
Oh, dans les bruines, toutes mes cheminées!…
D’usines…
On ne peut plus s’asseoir, tous les bancs sont mouillés;
Crois-moi, c’est bien fini jusqu’à l’année prochaine,
Tant les bancs sont mouillés, tant les bois sont rouillés,
Et tant les cors ont fait ton ton, ont fait ton taine!…
Ah, nuées accourues des côtes de la Manche,
Vous nous avez gâté notre dernier dimanche.
Il bruine;
Dans la forêt mouillée, les toiles d’araignées
Ploient sous les gouttes d’eau, et c’est leur ruine.
Soleils plénipotentiaries des travaux en blonds Pactoles
Des spectacles agricoles,
Où êtes-vous ensevelis?
Ce soir un soleil fichu gît au haut du coteau
Gît sur le flanc, dans les genêts, sur son manteau,
Un soleil blanc comme un crachat d’estaminet
Sur une litière de jaunes genêts
De jaunes genêts d’automne.
Et les cors lui sonnent!
Qu’il revienne…
Qu’il revienne à lui!
Taïaut! Taïaut! et hallali!
O triste antienne, as-tu fini!…
Et font les fous!…
Et il gît là, comme une glande arrachée dans un cou,
Et il frissonne, sans personne!…
Allons, allons, et hallali!
C’est l’Hiver bien connu qui s’amène;
Oh! les tournants des grandes routes,
Et sans petit Chaperon Rouge qui chemine!…
Oh! leurs ornières des chars de l’autre mois,
Montant en don quichottesques rails
Vers les patrouilles des nuées en déroute
Que le vent malmène vers les transatlantiques bercails!…
Accélérons, accélérons, c’est la saison bien connue, cette fois.
Et le vent, cette nuit, il en a fait de belles!
O dégâts, ô nids, ô modestes jardinets!
Mon cœur et mon sommeil: ô échos des cognées!…
Tous ces rameaux avaient encor leurs feuilles vertes,
Les sous-bois ne sont plus qu’un fumier de feuilles mortes;
Feuilles, folioles, qu’un bon vent vous emporte
Vers les étangs par ribambelles,
Ou pour le feu du garde-chasse,
Ou les sommiers des ambulances
Pour les soldats loin de la France.
C’est la saison, c’est la saison, la rouille envahit les masses,
La rouille ronge en leurs spleens kilométriques
Les fils télégraphiques des grandes routes où nul ne passe.
Les cors, les cors, les cors – mélancoliques!…
Mèlancoliques!…
S’en vont, changeant de ton,
Changeant de ton et de musique,
Ton ton, ton taine, ton ton!…
Les cors, les cors, les cors!…
S’en sont allés au vent du Nord.
Je ne puis quitter ce ton: que d’échos!…
C’est la saison, c’est la saison, adieu vendanges!…
Voici venir les pluies d’une patience d’ange,
Adieu vendanges, et adieu tous les paniers,
Tous les paniers Watteau des bourrées sous les marronniers,
C’est la toux dans les dortoirs du lycée qui rentre,
C’est la tisane sans le foyer,
La phtisie pulmonaire attristant le quartier,
Et toute la misère des grands centres.
Mais, lainages, caoutchoucs, pharmacie, rêve,
Rideaux écartés du haut des balcons des grèves
Devant l’océan de toitures des faubourgs,
Lampes, estampes, thé, petits-fours,
Serez-vous pas mes seules amours!…
(Oh! et puis, est-ce que tu connais, outre les pianos,
Le sobre et vespéral mystère hebdomadaire
Des statistiques sanitaires
Dans les journaux?)
Non, non! c’est la saison et la planète falote!
Que l’autan, que l’autan
Effiloche les savates que le Temps se tricote!
C’est la saison, oh déchirements! c’est la saison!
Tous les ans, tous les ans,
J’essaierai en choeur d’en donner la note.
Jules Romains
L’automne
Lz monde attendait peut-étre
A la porte du dormeur;
Pas de grace pour les songes
Ni de sortie dérobée !
Mais-voila qu’au lieu d’un maitre
T’accueille une délivrance
Étrange, que le brouillard
A nuitamment préparée.
Toute limite est vapeur,
Toute prison est fumée;
La demeure et le chemin
Sont au pouvoir d’une aurore.
Par l’abîme dont tu doutes
Un homme est poussé vers toi;
Vous glissez l’un contre l’autre
Comme deux astres fuyards.
Et des mouvements ondoient
Au bord de ta solitude,
Ruisselant de cette joie
Qu’ont les créatures neuves.
Mais avant que tu les nommes
Compagnons de ton exil,
Ils replongent d’un bond mol
Dans le limon éternel.
Amour Couleur de Paris, Les Quatre Saisons
A la porte du dormeur;
Pas de grace pour les songes
Ni de sortie dérobée !
Mais-voila qu’au lieu d’un maitre
T’accueille une délivrance
Étrange, que le brouillard
A nuitamment préparée.
Toute limite est vapeur,
Toute prison est fumée;
La demeure et le chemin
Sont au pouvoir d’une aurore.
Par l’abîme dont tu doutes
Un homme est poussé vers toi;
Vous glissez l’un contre l’autre
Comme deux astres fuyards.
Et des mouvements ondoient
Au bord de ta solitude,
Ruisselant de cette joie
Qu’ont les créatures neuves.
Mais avant que tu les nommes
Compagnons de ton exil,
Ils replongent d’un bond mol
Dans le limon éternel.
Amour Couleur de Paris, Les Quatre Saisons
Maurice Fombeure
Automne
Automne, automne, automne, oh,
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,
Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —
Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,
Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours...
Automne, automne, automne, oh,
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.
La poix des matins des soirs,
Jeux brutaux et têtes-béches,
Le morne ennui des dortoirs,
Les souliers et les bobéches.
Automne, automne, oh, chenu!
Mon cœur se fond d’amertume!
Les bois, les taillis sont nus
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,
Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —
Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,
Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours...
Automne, automne, automne, oh,
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.
La poix des matins des soirs,
Jeux brutaux et têtes-béches,
Le morne ennui des dortoirs,
Les souliers et les bobéches.
Automne, automne, oh, chenu!
Mon cœur se fond d’amertume!
Les bois, les taillis sont nus
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