Nuits d’hiver

Nuits d’hiver! quel bastringue allume
Sa lanterne sur le mur?
Un quinquet, sous le plafond, fume.
Amour, que tu es amer!

Ce n’est pas le rouge des bouches,
Ni le cerne bleu des yeux,
Ni cette musique aigre-douce…
Sais-je encor ce que je veux!

Vous dansez, collés l’un à l’autre,
En extase et malheureux.
Je vous cherche comme des mortes
Dont on m’aurait séparé.

Est-ce vous, Ô filles perdues,
Qui n’aimez que le plaisir
Et qui, dans les bals de banlieue,
Sanglotez et frémissez ?..

La mort sourit à qui l’appelle
Et s’approche, en grimaçant…
Dehors, celle qu’on assassine
Pleure et se dit innocente.

N’écoutez pas le sang qui crie
Sur le gras pavé des rues.
Ici dansez bien à l’abri…
Vous n’avez pas entendu.

Nuits d’hiver! Le vent bat la flamme
Qui vacille sur le mur.
Filles folles, ô cœur d’apaches,
Couples ramassés et purs,

Tout, parmi ce bastringue louche,
Vous invite et vous sourit…
Mêlez la valse qui chaloupe
Et l’ordure au paradis.
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