Maurice Fombeure

Maurice Fombeure

1906–1981 · a vécu 74 ans FR FR

n. 1906-09-23, Jardres · m. 1981-01-01, La Verrière

Automne

Automne, automne, automne, oh,
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,

Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —

Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,

Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours...

Automne, automne, automne, oh,
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.

La poix des matins des soirs,
Jeux brutaux et têtes-béches,
Le morne ennui des dortoirs,
Les souliers et les bobéches.
Automne, automne, oh, chenu!
Mon cœur se fond d’amertume!
Les bois, les taillis sont nus
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Poèmes

3

Automne

Automne, automne, automne, oh,
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,

Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —

Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,

Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours...

Automne, automne, automne, oh,
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.

La poix des matins des soirs,
Jeux brutaux et têtes-béches,
Le morne ennui des dortoirs,
Les souliers et les bobéches.
Automne, automne, oh, chenu!
Mon cœur se fond d’amertume!
Les bois, les taillis sont nus

Le retour du sergent

Le sergent s’en revient de guerre,
Les pieds gonflés, sifflant du nez,
Le sergent s’en revient de guerre

Trouver l’âge de ce village

Autour des sentiers blancs, le sommeil de la mer,
Autour des tamaris le sommeil et l’amour,
Risque en alexandrins ces rixes, ces paresses,
Le sommeil de la mort sur la plage des jours.

Au coucher du soleil, mon village écarlate,
La mairie à la chaux puis le curé dodu,
Un jardin fou criblé d’oiseaux, de mille-pattes
Et l’église écoutant ses orgues suspendues.

Le bruit clair des lavoirs et le bruit sourd des sources.
Sur la place, un tilleul aveugle et répandu
Un chariot que la lune attelle à la grande Ourse
Et saint Eloi, patron des forgerons perdus.

Mon lit où la mort prend la forme du sommeil,
Disperse les songes assoupis sous mon toit,
Où je dors toujours seul et toujours avec toi
Car tu es sur ma vie comme une étoile blanche.

Au fond des prunelliers mon village éternel
Au bord de ta forêt, déchiré par l’orée
Au bas d’un doux ciel clos cravaché d’hirondelles,
Je t’aime mon village éternel, éternel,

Tes fumées tremblent dans mon cœur,
Tes volets s’ouvrent dans mes yeux ;
Je t’aime mon village innocent et joyeux
Où la vie fait un doux bruit d’ailes.

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