Avant que l’or ne fete...
Dans les profondes salles que ne peuple plus rien
Quw’il y ait un feu blanc!
Une bouche soudain comme une brebis fraîche!
Un oracle incanté par les vents de la mer
Qui veille aux fêtes pures de la foudre et du sel,
— A n’enfouir la parole au fond des vases mortes,
Dans le caillage noir,
Comme les crabes d’ouest quand la marée descend!
Ce souffle étroit éteint la lumière du sacre.
Ce désir sur les dents de n’inventer qu’acides
Pour atteindre un mystére aussitét consumé
N’est pas de nos matins ni des matins du dieu.
L’étable transparente attend les grands béliers
Qui traversent la neige.
Exercice de l’identité
Dans quelle eau de nuit, dans quel corps secret
m’en aller de moi, m’en aller d’ici,
dans quelle eau de feu, dans quel corps d’Ailleurs
m’en aller sans moi du mal de la Terre,
aller incanter celui que je suis ?
Qui a lu mes mains, qui a lu les signes
que de grands soleils ont tracés sur moi,
qui me rend mon sang, qui m’en dit le nombre,
qui connaît le nom que j’ai dans le Christ
et ouvre ma chair et transmue la mort ?
Car venu d’ailleurs je m’en vais ailleurs,
je m’en vais vers l’Ouest, je vais vivre la
ou celui qui aime est celui qui sait,
où celui qui sait est celui qui aime,
je m’en vais de moi pour étre avec moi.
Celui qui me fut, celui qui sera
n’est issu du dieu, n’a quitté la Mère
que pour étre en moi la vigne unifiante,
que pour que je sois la vigne unifiée
et les raisins mars et la tour qui brile.
j’ai tant traversé de planètes mortes
et tant de cogs noirs et dans tant de soifg
que j’entre aux pays de feuilles et d’anges
ou sont les Chanteurs, oi est le Corps Blanc
dont la profondeur ne s’épuise pas.
Et j’entre en amour, et j’entre en esprit
dans les pays d’air, les pays fluides
du troisième jour qui naît sur la mer,
et j entre dans lor, et j’entre dans l’arbre
des pays qui sont et qui ne sont pas.
Et je suis moi-même et je suis un autre
dans un corps nouveau, dans un corps ancien,
et je suis celui de lune et d’oiseaux
le même en mystére, un autre en mémoire
que le coeur de Jean sur le cœur du Roi.
MÉTAMORPHOSE DU MONDE, Points et
Contrepoints, 1951.
Méduses
Méduses sous la mer sont éclats d’astres roses.
Etoiles sous la terre ont enchanté le sang.
Le sang s’est souvenu de ses métamorphoses.
Et les poulpes dans l’air sont les soleils du sang.
FABLE, 1952.
O corps pétrifiés
O corps pétrifiés dans la dernière mort,
corps qui vous étes seuls scellés et condamnés
a n’étre plus sans Dieu que l’absence des corps,
que des corps interdits, que des corps étrangers,
que des corps de refus refusés à la vie,
ô grands corps descendus dans votre éternité
hors de la vigne mire et du seul corps qui lie
pour n’avoir fait de vous que des corps possédés,
que des corps investis du terrible pouvoir
de diviser la chair, la lumière et le monde,
corps maintenant pareils à des corps sans espoir,
à cette nuit de corps que plus rien ne féconde
et pour qui même Dieu, Père, ne peut plus rien,
corps absolus, corps séparés des corps vivants,
corps fixés dans la mort, corps sans eau et sans pain,
voici que maintenant vous n’avez plus de sens,
voici que vous dormez d’un sommeil infini,
de l’effrayante paix d’un sommeil sans amour
comme des arbres morts et des corps sans esprit,
voici que vous dormez comme des corps si lourds,
voici que vous dormez d’un sommeil si profond
que vous ne voyez plus le Père qui vous voit,
Plus bas que la foret
Soil n’y a dans le fleuve
Une parole rouge,
Un oracle a part
— Le sel brilera!
O fêtes cachées
Dans le Siou-Blanc (1)
Vous nommez des sources d’avant le silence,
— Mais les bois sont vides
Et l’eau divisée.
Je ne connais les iles
Ni les oiseaux de juin qui habitent plus bas
que la forêt visible
Sinon par transparence des prophéties de nuit
Et de ce seul amour qui jusque dans la mort
Par quelle mort aussi,
Par quelle absence sainte
Révèle sa présence.