Charles Le Quintrec

Charles Le Quintrec

1926–2008 · a vécu 82 ans FR FR

n. 1926-03-14, Plescop · m. 2008-11-14, Lorient

Ce monde ancien

Cette ici le pays des pluies et des chataignes
Le bocage bourru du vent et du hibou
Ah les arbres, les feux feuillus de leurs prunelles!
J’étais enfant, je commandais a tous les ciels
Et la nuit m’attachait a la herse des houx.

La lune avait un vieux visage de victime
On rencontrait des loups, des lépreux en chemin
Une clochette au cou, une chaine aux chevilles,
Ils s’en allaient mourir en des pays païens
Et les bergers roulaient chandelles de résine
Pour éclairer le purgatoire des défunts.

Il y avait de longs oiseaux sur les labours
Des flaques d’eau dans les sillons depuis septembre
Je voulais quitter mon village pour toujours
Ne plus garder moutons et vaches dans la lande
Et je n’entendais plus les bombardes du bourg...
Ma paroisse priait le ciel chaste de l’aube
Les paysans savaient parler a leurs poulains

C’est ici l’arrière-pays d’avant la faute
Ou Dieu vient chaque jour boire un verre en voisin
J’y retrouve la paix capitale du pain
Et amour haletant des étoiles qui sautent.
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Poèmes

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Ce monde ancien

Cette ici le pays des pluies et des chataignes
Le bocage bourru du vent et du hibou
Ah les arbres, les feux feuillus de leurs prunelles!
J’étais enfant, je commandais a tous les ciels
Et la nuit m’attachait a la herse des houx.

La lune avait un vieux visage de victime
On rencontrait des loups, des lépreux en chemin
Une clochette au cou, une chaine aux chevilles,
Ils s’en allaient mourir en des pays païens
Et les bergers roulaient chandelles de résine
Pour éclairer le purgatoire des défunts.

Il y avait de longs oiseaux sur les labours
Des flaques d’eau dans les sillons depuis septembre
Je voulais quitter mon village pour toujours
Ne plus garder moutons et vaches dans la lande
Et je n’entendais plus les bombardes du bourg...
Ma paroisse priait le ciel chaste de l’aube
Les paysans savaient parler a leurs poulains

C’est ici l’arrière-pays d’avant la faute
Ou Dieu vient chaque jour boire un verre en voisin
J’y retrouve la paix capitale du pain
Et amour haletant des étoiles qui sautent.

Dans ce long paysage

Dans ce long paysage où l’été se résigne
J’ai plaisir à te prendre aux noces des sentiers
Tu ris. Ta robe est entrouverte et je devine
Ta peau pareille à la pulpe des peupliers
Dans ce long paysage ou gitent les gibiers
L’homme que je serai, passe par ta poitrine.

Ne parle pas. Ta bouche est capable du cri
Les belettes nous voient, les blaireaux nous écoutent
Sous les terrestres pommiers du paradis
Les poissons planent haut, les reptiles redoutent
Quelque piège d’amour au creux des éboulis
Et ton corps de panique en plainte se déplie...

Je t’imagine entre la lune et les ténèbres
Plus pâle et déja plus humaine, mon aimée
Tu te raidis pour mieux me mordre, tu t’apprétes
A redire les vieux mots de la volupté
Tes longues jambes nues, parmi les hautes herbes,
Me sont autant de délices que de dangers.

L’oiseau lent des sommets s’*échappe de ma bible
Il a l’aile meurtrie et la patte blessée
Je te vois, je te veux... De grace, aime-moi vite!
Je veux ton corps et ton àme pour les sauver
Dans ce pays de Paque, ou Dieu vient d’arriver
Pour l’amour de l’Amour, les vivants ressuscitent.

La chute des corps

Déchainé dans ma chair où le démon demeure
J’appréhende les pluies qui polissent les pierres
Je vis pour le moment de vivre à contre-cœur
Pour le moment de croire encore à ma misére
Et par les arbres qui circulent sous la terre
Je renonce à la nuit qui remue ses rumeurs.

Je vis, je meurs, je vis... C’est ainsi que j’existe
Je lance sur le monde un Dieu déja sauveur
Déchainé dans ma chair, je l’aime et lui résiste
Soulevé par mon sang, je veux avec ferveur
Une femme moins nue, moins mortelle, moins triste
Que celle qui m’aimait dans les limbes en fleurs.

Déchainé dans ma chair, je me retrouve tel
Que je serai demain dans la chute des choses
Je vis, je me transforme avec amour et j’ose
Prendre a l’arbre les fruits qui flambent au soleil
Kt je cache à la terre où le tumulte règne
Le multiple serpent qui me gagne à sa cause.

Déchainé, divisé souvent contre moi-même
Je sème dans mon sang les poivres, les pollens,
Que l’insecte au ventre vorace a visités
Kt j’écoute en mon corps maintenant mutilé
Le chant charnu d’une Ame a l’affiit de l’été
Qui s’apaise parmi les pulpes qui se prennent.

La saison vegetale

Jambes la saison végétale
Ou l’arbre choisit sa couleur
Par toutes les branches du cœur
J’aime les frondaisons de l’Ame
Un saule au fond d’une rivière
Tremble d’un tronc net et tremblé
Les pommiers purs, les peupliers,
Donnent un ciel à la prière.

Dieu se démène dans l’église
De ce village abandonné
On jurerait un forcené
Qui ne pense qu’a son supplice

Il frappe la croix de son Fils
Et sur l’autel vite embrasé,
Célébré une messe parlée
Avec musique au sacrifice.

Ai-je vécu comme une plante,
Ai-je souffert pour l’oublier ?
Dieu... Je trahis la Trinité
Mais n’en éprouve pas de honte

Je fais amour comme une bête
Et bois parmi les réprouvés
Sans doute suis-je condamné
A dire Dieu sans le connaître ?

Le pardon des oiseaux

Si c’est déja la mort, dites-lui que j’arrive
Je n’ai jamais eu peur de mon dernier matin
Dans le fleuve du Temps qui flotte a la dérive
Je retrouve les litanies des dieux défunts
Et j’entre sans prier dans les de Profundis.

Les voussures du ciel abritent tant d’oiseaux
Tant d’astres vont mourir dans les bois de la biche
Que les cerfs et les daims fuient les forêts en friche
Et l’Ankou se prépare a faucher sur les eaux
Si je dois revenir un jour sur cette rive
Les arbres me suivront vers l’OQuest par troupeaux.

Je suis homme, je sais que la mort me devance
Avec sa robe de ténèbres sur le dos
Je n’ai que mes péchés pour lui prendre sa faulx
Pour la vaincre il me reste une vaine violence
Laissez-moi, je voudrais retrouver mon enfance
Et demander pardon au peuple des oiseaux.
Autrefois, j’écrasais les merles sans colère
Et torturais les rouges-gorges, les mauvis
Les pinsons étouffaient dans mes poches de pierre
Dans mon béret la grive appelait ses petits
Chaque jeudi, j’allais par la joie des jachéres,
Dés l’aurore a l’affat et la fronde en folie.

Aujourd’hui, les oiseaux préparent ma prière
Et me précèdent dans la province des pluies
Si c’est déja la mort, mes amis, dites-lui
Que je croirai toujours au Dieu des scapulaires
Le pardon des oiseaux passe sur mes paupières
Et ame des limons m’ouvre le paradis.

Laissez-moi, je connais mes vivantes victimes
Et ne piégerai plus liévres et passereaux
Devant l’église où les moines chantent matines
Je roule le soleil et le rends aux tombeaux
Et j’entre dans le silence de mes yeux clos
Heureux d’avoir vécu en des temps anonymes.

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