Élégie sur la mort de ronsard
. . . . . .
Si verrez-vous le fleuve où tout le monde arrive,
Et payrez le denier
Que prend pour nous passer jusques à l’autre rive
L’avare nautonier.
Que ne ressemblons-nous aux vagueuses rivieres
Qui ne changent de cours ?
Ou au branle éternel des ondes marinieres,
Qui reflotent toujours ?
Et n’est-ce pas pitié que ces roches pointues,
Qui semblent depiter,
De vents, de flots, d’oraige et de foudres batues,
L’ire de Jupiter,
Vivent incessamment, incessamment demeurent
Dans leurs membres pierreux,
Et que des hommes, tels que ce grand Ronsard, meurent
Par un sort rigoureux ?
O destin lamentable ! un homme qui approche
De la divinité
Est ravy de ce monde, et le front d’une roche
Dure en éternité.
Adieu, mon cher Ronsard ; l’abeille en votre tombe
Face tousjour son miel ;
Que le baume arabic à tout jamais y tombe,
Et la manne du ciel.
. . . . . .
Vous errez maintenant aux campaignes d’Elise,
A l’ombre des vergers,
Où chargent en tout tems, asseurez de la bise,
Les jaunes orengers,
Où les prés sont toujours tapissez de verdure,
Les vignes de raisins,
Et les petits oyseaus gasouillans au murmure
Des ruisseaux cristalins.
Là le cèdre gommeus odoreusement sue,
Et l’arbre du Liban,
Et l’ambre, et Myrrhe, au lit de son père receue
Pleure le long de l’an.
En grand’foule accourus autour de vous se pressent
Les héros anciens,
Qui boyvent le nectar, d’ambrosie se paissent
Aux bords Elisiens.
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Si verrez-vous le fleuve où tout le monde arrive,
Et payrez le denier
Que prend pour nous passer jusques à l’autre rive
L’avare nautonier.
Que ne ressemblons-nous aux vagueuses rivieres
Qui ne changent de cours ?
Ou au branle éternel des ondes marinieres,
Qui reflotent toujours ?
Et n’est-ce pas pitié que ces roches pointues,
Qui semblent depiter,
De vents, de flots, d’oraige et de foudres batues,
L’ire de Jupiter,
Vivent incessamment, incessamment demeurent
Dans leurs membres pierreux,
Et que des hommes, tels que ce grand Ronsard, meurent
Par un sort rigoureux ?
O destin lamentable ! un homme qui approche
De la divinité
Est ravy de ce monde, et le front d’une roche
Dure en éternité.
Adieu, mon cher Ronsard ; l’abeille en votre tombe
Face tousjour son miel ;
Que le baume arabic à tout jamais y tombe,
Et la manne du ciel.
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Vous errez maintenant aux campaignes d’Elise,
A l’ombre des vergers,
Où chargent en tout tems, asseurez de la bise,
Les jaunes orengers,
Où les prés sont toujours tapissez de verdure,
Les vignes de raisins,
Et les petits oyseaus gasouillans au murmure
Des ruisseaux cristalins.
Là le cèdre gommeus odoreusement sue,
Et l’arbre du Liban,
Et l’ambre, et Myrrhe, au lit de son père receue
Pleure le long de l’an.
En grand’foule accourus autour de vous se pressent
Les héros anciens,
Qui boyvent le nectar, d’ambrosie se paissent
Aux bords Elisiens.
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