Acte II
[…]
chœur
Disons adieu, mes compagnes,
À nos chétives campagnes,
Où le Jourdain doux coulant
Va sur le sable ondelant.
Adieu terre plantureuse,
Naguère si populeuse,
Terre promise du ciel,
Toute ondoyante de miel.
Adieu Siloé, fontaine
Dont la douce eau se pourmène
Dans le canal de Cédron,
Serpentant à l’environ.
Adieu coteaux et vallées,
Adieu rives désolées,
Adieu verdureux Hébron,
Vieil territoire d’Éfron.
Sur toi montagnette sainte,
Le bon Abram fit sa plainte,
Comme il fit sur toi Béthel,
Fumer son premier autel.
Adieu Cité, renommée
Sur les cités d’Idumée,
Que jadis un Roi conquit
Du Jébuséen, qu’il vainquit.
Et vous, naguère édifice
Le plus rare en artifice,
Et en ornements divers
Qu’il fût temple en l’univers.
Las ! nous vous laissons, pauvrettes,
De ces barbares sujettes,
Qui nous traînent inhumains
En des Royaumes lointains :
Où faudra que notre vie
À leur vouloir asservie,
Languisse éternellement
En déplorable tourment.
Car comme aurions-nous courage,
Étant en un tel servage,
Le cœur serré de douleurs,
De donner trêve à nos pleurs ?
Quand nous ne pouvons tant faire,
Qu’il puisse à notre âme plaire
De chanter à l’Éternel
Un cantique solennel ?
Et qu’adeulés nous souvienne
Sur la rive assyrienne,
Des innombrables bienfaits
Que sa bonté nous a faits ?
Et crains qu’en même oubliance
Ne tombe la souvenance,
Avecques l’affection
Que nous devons à Sion.
Si est-ce que pourtant, si est-ce
Qu’il ne faut que la tristesse,
Bien que dure, ait le pouvoir
De nous tirer du devoir :
Ainsi quelque grand que puisse être
Notre malheur, reconnaître
Que nous le méritons bien,
Et que Dieu veut notre bien.
Faut invoquer sa clémence,
Avoir du mal repentance,
Et ferme propos en soi
De vivre selon sa loi.
Élever vers lui la face,
Avoir recours à sa grâce
Qui est promise à celui
Qui met son attente en lui.
Sus donc prions-le captives,
Sur ces infidèles rives,
Qu’il veuille après son courroux
Se ressouvenir de nous.
chœur
Disons adieu, mes compagnes,
À nos chétives campagnes,
Où le Jourdain doux coulant
Va sur le sable ondelant.
Adieu terre plantureuse,
Naguère si populeuse,
Terre promise du ciel,
Toute ondoyante de miel.
Adieu Siloé, fontaine
Dont la douce eau se pourmène
Dans le canal de Cédron,
Serpentant à l’environ.
Adieu coteaux et vallées,
Adieu rives désolées,
Adieu verdureux Hébron,
Vieil territoire d’Éfron.
Sur toi montagnette sainte,
Le bon Abram fit sa plainte,
Comme il fit sur toi Béthel,
Fumer son premier autel.
Adieu Cité, renommée
Sur les cités d’Idumée,
Que jadis un Roi conquit
Du Jébuséen, qu’il vainquit.
Et vous, naguère édifice
Le plus rare en artifice,
Et en ornements divers
Qu’il fût temple en l’univers.
Las ! nous vous laissons, pauvrettes,
De ces barbares sujettes,
Qui nous traînent inhumains
En des Royaumes lointains :
Où faudra que notre vie
À leur vouloir asservie,
Languisse éternellement
En déplorable tourment.
Car comme aurions-nous courage,
Étant en un tel servage,
Le cœur serré de douleurs,
De donner trêve à nos pleurs ?
Quand nous ne pouvons tant faire,
Qu’il puisse à notre âme plaire
De chanter à l’Éternel
Un cantique solennel ?
Et qu’adeulés nous souvienne
Sur la rive assyrienne,
Des innombrables bienfaits
Que sa bonté nous a faits ?
Et crains qu’en même oubliance
Ne tombe la souvenance,
Avecques l’affection
Que nous devons à Sion.
Si est-ce que pourtant, si est-ce
Qu’il ne faut que la tristesse,
Bien que dure, ait le pouvoir
De nous tirer du devoir :
Ainsi quelque grand que puisse être
Notre malheur, reconnaître
Que nous le méritons bien,
Et que Dieu veut notre bien.
Faut invoquer sa clémence,
Avoir du mal repentance,
Et ferme propos en soi
De vivre selon sa loi.
Élever vers lui la face,
Avoir recours à sa grâce
Qui est promise à celui
Qui met son attente en lui.
Sus donc prions-le captives,
Sur ces infidèles rives,
Qu’il veuille après son courroux
Se ressouvenir de nous.