La grièche d’hiver

Au temps où arbres se défeuillent
Et qu’il ne reste en branches feuille
Qui n’aille à terre,
Pour la pauvreté qui m’atterre,
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d’hiver,
Beaucoup me sont changés les vers
Et mon dit commence divers,
De pauvre histoire.
Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donnés, le roi de gloire,
Et pauvre rente
Et froid au cul quand bise vente.
Le vent me vient, le vent m’évente
Et très souvent
Plusieurs fois je sens trop le vent.
La Grièche en ses dés me vend
Ce que me livre.
Bien me paye, bien me délivre :
Pour un sou me rend une livre
De pauvreté.
Toujours à elle suis livré,
Toujours l’accès m’est accordé.
Ah ! le riche homme !
Je ne dors que le premier somme,
De mon avoir ne sais la somme :
N’y en a point.
Dieu me fait le temps tout à point.
Noire mouche en été me point,
En hiver blanche.
Je suis tel l’oiseau sur la branche.
En hiver pleure et me lamente
Et me défeuille ainsi que l’ente
Au premier gel.
En moi n’y a venin ni fiel.
Ne me reste rien sous le ciel :
Tout va sa voie.
. . . . . .
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