Rutebeuf

Rutebeuf

1245–1285 · a vécu 40 ans FR FR

n. 1245, Champagne · m. 1285

La complainte de Rutebeuf

[…]
Que sont devenus mes amis
qui m’étaient si intimes
et si chers ?
Je crois qu’ils sont bien rares :
faute de les avoir entretenus,
je les ai perdus.
Ces amis m’ont maltraité
car jamais, tant que Dieu m’a assailli
de tous côtés,
je n’en vis un seul chez moi.
Je crois que le vent les a dispersés,
l’amitié est morte :
ce sont amis que vent emporte
et il ventait devant ma porte ;
aussi furent-ils emportés
si bien que jamais personne ne me consola
ni ne m’apporta un peu de son bien.
Voici la leçon que j’en tire :
le peu qu’on a, un ami le prend,
tandis qu’on se repent trop tard
d’avoir dissipé
sa fortune pour se faire des amis,
car on ne les trouve pas décidés à vous aider
en tout ou en partie.
[…]
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Poèmes

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La complainte de Rutebeuf

[…]
Que sont devenus mes amis
qui m’étaient si intimes
et si chers ?
Je crois qu’ils sont bien rares :
faute de les avoir entretenus,
je les ai perdus.
Ces amis m’ont maltraité
car jamais, tant que Dieu m’a assailli
de tous côtés,
je n’en vis un seul chez moi.
Je crois que le vent les a dispersés,
l’amitié est morte :
ce sont amis que vent emporte
et il ventait devant ma porte ;
aussi furent-ils emportés
si bien que jamais personne ne me consola
ni ne m’apporta un peu de son bien.
Voici la leçon que j’en tire :
le peu qu’on a, un ami le prend,
tandis qu’on se repent trop tard
d’avoir dissipé
sa fortune pour se faire des amis,
car on ne les trouve pas décidés à vous aider
en tout ou en partie.
[…]

La complainte rutebeuf

Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?
Je crois qu’ils sont trop clair semés,
Ils ne furent pas bien semés
Et sont faillis.
De tels amis m’ont mal bailli,
Car dès que Dieu m’eut assailli
De maint côté,
N’en vis un seul en mon hôtel.
Je crois, le vent les a ôtés,
L’amour est morte,
Ce sont amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte.
. . . . . .

La grièche d’hiver

Au temps où arbres se défeuillent
Et qu’il ne reste en branches feuille
Qui n’aille à terre,
Pour la pauvreté qui m’atterre,
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d’hiver,
Beaucoup me sont changés les vers
Et mon dit commence divers,
De pauvre histoire.
Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donnés, le roi de gloire,
Et pauvre rente
Et froid au cul quand bise vente.
Le vent me vient, le vent m’évente
Et très souvent
Plusieurs fois je sens trop le vent.
La Grièche en ses dés me vend
Ce que me livre.
Bien me paye, bien me délivre :
Pour un sou me rend une livre
De pauvreté.
Toujours à elle suis livré,
Toujours l’accès m’est accordé.
Ah ! le riche homme !
Je ne dors que le premier somme,
De mon avoir ne sais la somme :
N’y en a point.
Dieu me fait le temps tout à point.
Noire mouche en été me point,
En hiver blanche.
Je suis tel l’oiseau sur la branche.
En hiver pleure et me lamente
Et me défeuille ainsi que l’ente
Au premier gel.
En moi n’y a venin ni fiel.
Ne me reste rien sous le ciel :
Tout va sa voie.
. . . . . .

La Griesche d’hiver

… Ainsi suis comme l’osière franche
Ou comme l’oiseau sur la branche :
En été chante,
En hiver pleure et me lamente,
Et me défeuille ainsi comme l’ente
Au premier gel.
En moi n’a ni venin ni fiel :
Il ne me reste rien sous ciel,
Tout va sa voie.
Les enviaux que je savais
M’ont avoyé tout que j’avais
Et fourvoyé,
Et hors de voie dévoyé.
Fols enviaux ai envoyés,
Or m’en souvient.
Or vois-je bien, tout va, tout vient ;
Tout, venir, tout aller convient,
Fors que bienfait ;
Les dés que les détiers ont faits
M’ont de ma robe tout défait ;
Les dés m’occient,
Les dés m’aguettent et épient,
Les dés m’’assaillent et défient,
Pesant pour moi.

La mort rutebeuf

. . . . . .
Tardif serai au repentir.
Las ! moi ; onques ne sut sentir
Mon fol cœur ce qu’est repentance
Ni à bien faire consentir !
A moi il vous faut compatir
Car justes même auront doutance.
J’ai toujours engraissé ma panse
Du bien d’autrui, d’autrui substance.
Je serai clerc du mieux mentir
Si je dis : « C’est par ignorance
Car ne sais ce qu’est pénitence »
Cela ne me peut garantir.

Garantir ! En quelle manière ?
Ne me fit Dieu bonté entière,
Qui me donna sens et savoir,
Et me fit à sa forme fière ?
Encor me fit bonté plus chère :
Pour moi voulut mort recevoir.
Sens me donna de décevoir
L’ennemi qui me veut avoir
Et mettre en sa prison dernière,
Là d’où nul ne se peut ravoir :
Pour prière ni pour avoir,
N’en vois nul qui revienne arrière.
. . . . . .

La pauvreté rutebeuf

Je ne sais par où je commence
Tant ai de matière abondance
Pour parler de ma pauvreté.
Pour Dieu vous prie, ô roi de France,
Que me donniez quelque chevance,
Si ferez trop grand charité.
J’ai vécu de bien emprunté
Qu’on m’a confié ou prêté,
Si que ne trouve plus créance :
On me sait pauvre et endetté.
Et vous hors du royaume étiez
En qui j’avais mis m’espérance.
. . . . . .

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