Lettre à son frère
. . . . . .
J’espère toutes fois au ciel.
Il fit que ce troupeau farouche,
Tout prest à devorer Daniel,
Ne trouva ny griffe ny bouche :
C’est le mesme qui fit jadis
Descendre un air de paradis
Dans l’air bruslant de la fournaize
Où les saincts, parmy les chaleurs,
Ne sentirent non plus la braize
Que s’ils eussent foulé des fleurs.
. . . . . .
Je verray ces bois verdissans
Où nos isles et l’herbe fresche
Servent aux troupeaux mugissans
Et de promenoir et de creche.
L’aurore y trouve à son retour
L’herbe qu’ils ont mangé le jour.
Je verray l’eau qui les abreuve,
Et j’oirray plaindre les graviers
Et repartir l’escho du fleuve
Aux injures des mariniers.
. . . . . .
Je verray sur nos grenadiers
Leurs rouges pommes entr’ouvertes,
Où le ciel, comme à ses lauriers,
Garde toujours des fueilles vertes.
Je verray ce touffu jasmin
Qui fait ombre à tout le chemin
D’une assez spacieuse allée,
Et la parfume d’une fleur
Qui conserve dans la gelée
Son odorat et sa couleur.
Je verray refleurir nos prez ;
Je leur verray couper les herbes ;
Je verray quelque temps après
Le paysan couché sur les gerbes ;
Et, comme ce climat divin
Nous est très libéral de vin,
Après avoir rempli la grange,
Je verray du matin au soir,
Comme les flots de la vendange
Escumeront dans le pressoir.
. . . . . .
Ce sont les droicts que mon pays
A meritez de ma naissance,
Et mon sort les auroit trahis
Si la mort m’arrivoit en France.
Non, non, quelque cruel complot
Qui de la Garonne et du Lot
Vueille esloigner ma sepulture,
Je ne dois point en autre lieu
Rendre mon corps à la nature
Ny resigner mon ame à Dieu.
L’esperance me confond point ;
Mes maux ont trop de vehemence,
Mes travaux sont au dernier point :
Il faut que mon repos commence.
Quelle vengeance n’a point pris
Le plus fier de tous ces esprits
Qui s’irritent de ma constance !
Ils m’ont veu, laschement soubmis,
Contrefaire une repentance
De ce que je n’ay point commis.
Ha ! que les cris d’un innocent,
Quelques longs maux qui les exercent,
Trouvent mal aisement l’accent
Dont ces ames de fer se percent !
Leur rage dure un an sur moy
Sans trouver ny raison ny loy
Qui l’appaise ou qui luy resiste.
Le plus juste et le plus chrestien
Croit que sa charité m’assiste
Si sa haine ne me fait rien.
L’enorme suitte de malheurs !
Dois-je donc aux races meurtrieres
Tant de fievres et tant de pleurs,
Tant de respects, tant de prieres,
Pour passer mes nuicts sans sommeil,
Sans feu, sans air et sans soleil,
Et pour mordre icy les murailles !
N’ay-je encore souffert qu’en vain ?
Me dois-je arracher les entrailles
Pour soûler leur dernière faim ?
Derechef, mon dernier appuy,
Toy seul dont le secours me dure,
Et qui seul trouves aujourd’huy
Mon adversité longue et dure,
Rare frere, amy genereux,
Que mon sort le plus malheureux
Picque d’avantage à le suivre,
Achève de me secourir :
Il faudra qu’on me laisse vivre
Après m’avoir fait tant mourir.
J’espère toutes fois au ciel.
Il fit que ce troupeau farouche,
Tout prest à devorer Daniel,
Ne trouva ny griffe ny bouche :
C’est le mesme qui fit jadis
Descendre un air de paradis
Dans l’air bruslant de la fournaize
Où les saincts, parmy les chaleurs,
Ne sentirent non plus la braize
Que s’ils eussent foulé des fleurs.
. . . . . .
Je verray ces bois verdissans
Où nos isles et l’herbe fresche
Servent aux troupeaux mugissans
Et de promenoir et de creche.
L’aurore y trouve à son retour
L’herbe qu’ils ont mangé le jour.
Je verray l’eau qui les abreuve,
Et j’oirray plaindre les graviers
Et repartir l’escho du fleuve
Aux injures des mariniers.
. . . . . .
Je verray sur nos grenadiers
Leurs rouges pommes entr’ouvertes,
Où le ciel, comme à ses lauriers,
Garde toujours des fueilles vertes.
Je verray ce touffu jasmin
Qui fait ombre à tout le chemin
D’une assez spacieuse allée,
Et la parfume d’une fleur
Qui conserve dans la gelée
Son odorat et sa couleur.
Je verray refleurir nos prez ;
Je leur verray couper les herbes ;
Je verray quelque temps après
Le paysan couché sur les gerbes ;
Et, comme ce climat divin
Nous est très libéral de vin,
Après avoir rempli la grange,
Je verray du matin au soir,
Comme les flots de la vendange
Escumeront dans le pressoir.
. . . . . .
Ce sont les droicts que mon pays
A meritez de ma naissance,
Et mon sort les auroit trahis
Si la mort m’arrivoit en France.
Non, non, quelque cruel complot
Qui de la Garonne et du Lot
Vueille esloigner ma sepulture,
Je ne dois point en autre lieu
Rendre mon corps à la nature
Ny resigner mon ame à Dieu.
L’esperance me confond point ;
Mes maux ont trop de vehemence,
Mes travaux sont au dernier point :
Il faut que mon repos commence.
Quelle vengeance n’a point pris
Le plus fier de tous ces esprits
Qui s’irritent de ma constance !
Ils m’ont veu, laschement soubmis,
Contrefaire une repentance
De ce que je n’ay point commis.
Ha ! que les cris d’un innocent,
Quelques longs maux qui les exercent,
Trouvent mal aisement l’accent
Dont ces ames de fer se percent !
Leur rage dure un an sur moy
Sans trouver ny raison ny loy
Qui l’appaise ou qui luy resiste.
Le plus juste et le plus chrestien
Croit que sa charité m’assiste
Si sa haine ne me fait rien.
L’enorme suitte de malheurs !
Dois-je donc aux races meurtrieres
Tant de fievres et tant de pleurs,
Tant de respects, tant de prieres,
Pour passer mes nuicts sans sommeil,
Sans feu, sans air et sans soleil,
Et pour mordre icy les murailles !
N’ay-je encore souffert qu’en vain ?
Me dois-je arracher les entrailles
Pour soûler leur dernière faim ?
Derechef, mon dernier appuy,
Toy seul dont le secours me dure,
Et qui seul trouves aujourd’huy
Mon adversité longue et dure,
Rare frere, amy genereux,
Que mon sort le plus malheureux
Picque d’avantage à le suivre,
Achève de me secourir :
Il faudra qu’on me laisse vivre
Après m’avoir fait tant mourir.
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