Chaste oyseau, que ton amitié
Fut malheureusement suivie !
Ta mort est digne de pitié,
Comme ta foy digne d’envie.
Que ce précipité tombeau
Qui t’en laissa l’object si beau
Fut cruel à tes destinées !
Si la mort l’eust laissé vieillir,
Tes passions alloient faillir,
Car tout s’esteint par les années.

Mais quoy ! le sort a des revers
Et certains mouvements de haine
Qui demeurent tousjours couverts
Aux yeux de la prudence humaine.
Si, pour fuyr ce repentir,
Ton jugement eut peu sentir
Le jour qui vous devait disjoindre,
Tu n’eusse jamais veu le jour,
Et jamais le traict de l’amour
Ne se fust meslé de te poindre.

Pour avoir aymé ce garçon
Encor après la sepulture,
Ne crains pas le mauvais soupçon
Qui peut blasmer ton adventure :
Les courages des vertueux
Peuvent d’un vœu respectueux
Aymer toutes beautez sans crime,
Comme, donnant à tes amours
Ce chaste et ce commun discours,
Mon cœur n’a point passé ma rime.

Certains critiques curieux
En trouvent les mœurs offensées ;
Mais leurs soupçons injurieux
Sont les crimes de leurs pensées :
Le dessein de la chasteté
Prend une honneste liberté,
Et franchit les sottes limites
Que prescrivent les imposteurs
Qui, sous des robes de docteurs,
Ont des ames de sodomites.

Le Ciel nous donne la beauté
Pour une marque de sa grace :
C’est par où la divinité
Marque tousjours un peu sa trace.
Tous les objets les mieux formez
Doivent être les mieux aimez,
Si ce n’est qu’une ame maline,
Esclave d’un corps vicieux,
Combatte les faveurs des Cieux
Et demente son origine.

O que le desir aveuglé
Où l’ame du brutal aspire
Est loin du mouvement reglé
Dont le cœur vertueux souspire !
Que ce feu que nature a mis
Dans le cœur de deux vrais amis
A des ravissements estranges !
Nature a fondé cest amour :
Ainsi les yeux aiment le jour,
Ainsi le Ciel aime les anges.

Ainsi, malgré ces tristes bruits
Et leur imposture cruelle,
Thyrsis et moi goustons les fruits
D’une amitié chaste et fidelle.
Rien ne sépare nos désirs,
Ny nos ennuis ny nos plaisirs ;
Nos influences enlassées
S’estreignent d’un mesme lien,
Et mes sentimens ne sont rien
Que le miroir de ses pensées.
. . . . . .
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