Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille.

Ta douleur, Du Perier, sera donc eternelle,
Et les tristes discours
Que je te met en l’esprit l’amitié paternelle
L’augmenteront tousjours !

Le malheur de ta fille au tombeau descenduë
Par un commun trespas,
Est-ce quelque dedale où ta raison perduë
Ne se retreuve pas ?

Je sçay de quels appas son enfance estoit pleine,
Et n’ay pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mespris.

Mais elle estoit du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin,
Et rose elle a vescu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.

Puis quand ainsi seroit, que selon ta priere,
Elle auroit obtenu
D'avoir en cheveux blancs terminé sa carriere,
Qu’en fust-il advenu ?

Penses-tu que, plus vieille, en la maison celeste
Elle eust eu plus d’accueil ?
Ou qu’elle eust moins senti la poussiere funeste
Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon Du Périer, aussi-tost que la Parque
Oste l’ame du corps,
L’âge s’évanoüit au deçà de la barque,
Et ne suit point les morts.

Tithon n’a plus les ans qui le firent cigale,
Et Pluton aujourd’huy,
Sans égard du passé, les mérités égale
D’Archemore et de luy.

Ne te lasse donc plus d’inutiles complaintes,
Mais sage à l’advenir,
Aime une ombre comme ombre, et de cendres esteintes
Esteins le souvenir.
. . . . . .

De moy, desja deux fois d’une pareille foudre
Je me suis vu perclus,
Et deux fois la raison m’a si bien fait resoudre
Qu’il ne m’en souvient plus.

Non qu’il ne me soit grief que la tombe possede
Ce qui me fut si cher ;
Mais en un accident qui n’a point de remede,
Il n’en faut point chercher.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles :
On a beau la prier,
La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses loix,
Et la garde qui veille aux barrieres du Louvre
N’en défend point nos rois.

De murmurer contr’elle et perdre patience,
Il est mal à propos :
Vouloir ce que Dieu veut est la seule science
Qui nous met en repos.
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